Deuxième soirée des Hip-Hop Awards placée sous le signe de la diversité. Plusieurs groupes issus de différents pays africains se sont succédé mercredi soir sur la scène de l’Institut culturel et linguistique (ex Ccf). L’assistance étant également d’origines diverses, les rimes et autres tournures vocales ont parlé au public. Un rassemblement sous l’égide du Hip-Hop bienvenu.
Huit groupes. Huit styles différents : du hardcore, du freestyle, du traditionnel, du raggamuffin, du rub-a-dub, des histoires, de l’egotrip. Mais toujours des messages, des revendications et des convictions. La deuxième soirée du festival Hip-Hop Awards organisée à l’Institut culturel et linguistique mercredi soir a tenu ses promesses : réunir différentes formations issues de pays africains divers pour présenter les multiples facettes du rap continental. Le public comptait dans ses rangs plusieurs ressortissants étrangers, et ces derniers ont bien représenté leurs favoris en réagissant aux lyrics de leurs compatriotes.
La soirée a débuté avec un léger retard sur la prestation du groupe gabonais 3fb, un ensemble de trois rappeurs, plus portés sur le Rnb et ses chants langoureux que sur les rimes assassines d’un rap classique. La chorégraphie rodée et les pas cadencés mâtinés de smurf enchantent le public. Les Sénégalais de Chronik2h enchaînent le concert en entrant directement dans la peau énervée d’un Hip-Hop sans artifices. Malheureusement, ce déluge d’énergie n’est pas suivi par l’assistance et la sono connaît quelques déconvenues. «Les sièges, c’est pas fait pour un concert de rap», assène l’un des membre afin de réveiller l’audience, mais le passage du groupe est biaisé par les problèmes techniques. La voix d’un des leurs, rocailleuse à souhait et teintée de sonorités ragga aurait mérité une plus grande audience.
Les difficultés techniques passées, c’est au tour de l’impressionnant Franck Baponga du Gabon de faire son apparition. Traits de peinture sur le visage, chapeau-melon noir et blouson massif, le rappeur, semblable à un adepte du vaudou, détient une présence scénique indéniable. Sur une instru sobre aux rythmes oppressant, Baponga module sa voix à sa guise, passant tantôt du grave le plus féroce au chant mélodieux dans les refrains. Accompagné de Master P, le concert prend une tournure Rub-a-dub, «original raggamuffin style» semble le leitmotiv des deux comparses.
«Rap, réapprendre à parler !» : c’est sous cette bannière vocale que les quatre membres du Negrissime, groupe du Cameroun, plongent l’audience dans un Hip-Hop old school dans ses principes, à savoir, dévoués aux revendications et fortement portés sur les constats désastreux d’un monde à la dérive. Arborant des masques traditionnels, les quatre rappeurs ne sont pas portés non plus sur le vêtement flashy cher à quelques fatigués de l’apparence. Ils portent toges et claquettes, et leurs textes n’en demeurent pas moins incisifs. Certains le qualifieraient de conscient, leur rap prend la forme d’histoire, du conte : pendant que l’un des membres crache quelques vérités au micro, les autres se maintiennent accroupis, en posture d’écoute. «Le bitume pousse ma brousse à bout», expliquent les Negrissime sur un son des plus lourds.
Kajeem, duo composé d’un rudeboy et d’un rappeur issu de la Côte-d’Ivoire, replonge l’Institut culturel et linguistique dans les ambiances d’un Dancehall salvateur. Originaires d’Abidjan, leur message est directement en relation avec les tristes évènements de leur pays. «Dans les actualités, on parle souvent de mon pays, dans le championnat d’Afrique de la connerie», constate Kajeem. Suite à un hymne a cappella sur une dénommée Marie-Jeanne, un enchaînement de riddim jamaïcains vient englober la voix du rudeboy. Un Dj se met en place, pour le plus grand plaisir des amateurs d’un Hip-Hop pur et dur qui ne se conçoit pas sans l’assistance de ce magicien des vinyles. Quelques scratches d’introduction et les deux rappeurs gabonais de Movaizhaleine déboulent à toute vitesse sur scène. Le public attendait en masse le groupe, et ce dernier n’a pas chômé : les instrus sont travaillés, le Dj change souvent et habilement les morceaux. Et les deux rappeurs ont un flow des plus rapides : ils se répondent bien. Notons le passage old school avec un sample de Das Efx, rappeur américain, puissant bien que trop court.
Les béninois d’H2o Assouka, en formation depuis 1990, rappe dans un style particulier. Ce sont les seuls de la soirée à utiliser des tamas et autres percussions pour accompagner leurs morceaux. Paisible, tranquille est leur prestation, le tout s’apparente à un ensemble traditionnel supporté par des textes de paix.
La soirée se clôt sur la prestation plus qu’énergique du Daara-J, la véritable tête d’affiche de la soirée. Les micros reçoivent des salves de rimes à un rythme intenable, Ndongo D, Fada Freddy et Aladji Man exhortent le Ccf à se réveiller. Le Dj entame une session des plus reggae. Le trio se place avec aisance sur les différents riddim et le public commence enfin à se déchaîner. Le spectacle se termine, peut être un peu hâtivement, car l’ambiance générale paraissait dévouée à onduler sur les rythmes jusqu’au bout de la nuit.