Au bout des escaliers d'une maison divisée en appartements du centre-ville de Moncton, Annie-Flore attend derrière la porte. Je cogne et une jolie femme au pieds nus, habillée en habit de sport blanc qui fait ressortir sa peau noire, m'invite à entrer dans son nouvel appartement quasi vide. Elle installe une deuxième chaise à la table de sa cuisine aux murs vides, où la peinture blanche neutralise l'atmosphère. Elle prépare de la tisane au citron et nous commençons à discuter de sa nouvelle ville, Moncton, où elle habite depuis deux mois.
Annie-Flore Batchiellilys est originaire du Gabon, où sa carrière comme chanteuse a commencé. Elle a ensuite déménagé à Paris, où elle demeurait avant de s'installer à Moncton.
Qu'est-ce qui t'amène à Moncton? «Je suis tombée en amour avec les êtres en Acadie lorsque je suis venue visiter Moncton, il y a 6 ans.» Elle continue en disant à quel point elle apprécie la culture acadienne et le fait que les Acadiens y attachent de l'importance. «L'histoire de l'Université de Moncton me touche vraiment.» Elle mentionne qu'elle a découvert qui était Louis J. Robichaud et qu'elle admire que la conviction et la foi d'un homme ait fait une différence dans le monde où l'on vit. Ses yeux se sont illuminés en parlant de la beauté qu'elle remarque chez de jeunes enfants lorsqu'ils chantent des chansons folkloriques au lieu des chansons populaires d'aujourd'hui. Elle s'est mise à chanter pendant quelques secondes. «La langue ici est la même que la mienne, même si la culture est différente.»
Mais, sûrement remarques-tu que ton accent est différent. D'un ton rigolo, elle répond : «Qu'est-ce que tu dis là? Je n'ai pas d'accent, c'est vous qui avez un accent!» Elle rit et mentionne qu'elle commence à s'ajuster aux mots que les Acadiens utilisent. «J'aurai l'Acadie dans mon caddie», dit-elle avec un sourire sincère. «Caddie?», demandai-je. «Je pense que vous appelez ça chariot, ici», répondit-elle.
Quel genre de musique chantes-tu? «Ma musique, c'est la musique métis de différentes cultures. L'avenir, c'est le métissage. Ma musique, elle a plusieurs couleurs et elle s'appelle l'humain ou… le cœur.» Elle mentionne qu'elle a 38 ans et qu'elle a deux enfants métis, un garçon de 17 ans et une fille de 12 ans qui sont encore en France. En frottant son ventre qui grossit, elle dit: «Je voulais avoir un autre enfant avant l'âge de quarante.»
Est-ce que tu composes et écris toutes tes chansons? Elle me répond que oui et ajoute qu'il faut de la valeur dans la musique, qu'on ne doit pas chercher à la rendre commerciale. «Comme vous diriez par ici, je gratte la guitare», dit-elle en riant. En 2002, elle a reçu le prix pour meilleur espoir féminin au festival Kora qui a eu lieu en Afrique du Sud. Elle a dit que ce prix était le plus important de tous ceux qu'elle a reçus, car elle a travaillé sur ce disque à sa façon. «Ce prix a donné une reconnaissance à ma conviction et a donné raison à ma foi et ma persévérance.»
Qu'est-ce qui t'inspire pour écrire tes chansons? «Tout. Tout m'inspire. L'unité, l'amour, la paix. La paix, c'est l'essentiel de l'être. L'amour, c'est l'essence de l'être, et l'unité… l'unité, c'est la monnaie d'échange entre êtres. Je fais beaucoup de scène. Je chante pour les êtres, et les êtres, on les rencontre sur scène.» Elle me parle du fait que les maisons de disques peuvent l'abaisser et qu'on doit rester vrai à soi-même. «Un producteur d'une maison de disques m'a dit une fois que je devais cacher mon accent lorsque je chante.»
Mais, c'est toi, ton accent. «Oui, c'est moi, dit-elle avec des yeux à la fois sincères et sérieux. Le Gabon fait partie de moi et il faut être soi-même pour être avec les autres.» Elle a parlé du fait que les humains sont tous pareils à l'intérieur. «Je suis noire. Ma couleur, n'ayez pas peur, c'est Dieu qui m'a protégée du soleil. Quand on enlève la peau, on est tous pareils. On se ressemble tous à l'intérieur.»
Qu'est-ce qui te fait persévérer lorsqu'on te rabaisse, comme le font les maisons de disques parfois? «La foi. Je crois en Dieu et quand tu as la foi, tu as la paix. Parfois il y a de la pluie, mais tu dois toujours être prêt lorsque le soleil sort.»