Un groupement de titres de la presse privée gabonaise a dénoncé jeudi à Libreville une "dérive autoritaire" de l'organe de régulation des media au Gabon, le Conseil national de la communication (CNC), après une "recrudescence des mises en demeure et suspension de journaux".
"Cette recrudescence nous inquiète. Elle risque de déboucher sur le muselage de la presse, surtout celle qui se veut indépendante", a déclaré le président de l'Association des professionnels de la presse écrite libre (Appel), Norbert Ngoua Mezui, lors d'une conférence de presse.
"Sans se conformer à la loi, le CNC met les organes de presse en demeure, les suspend, quand il ne les interdit pas tout simplement", a-t-il ajouté, en présence de plusieurs directeurs de publication des organes de presse membres de l'Appel, avant de contester les dernières décisions du CNC.
Dernier organe en date visé, l'hebdomadaire privé Le Temps a été suspendu un mois par le CNC mi-décembre, pour non respect de l'obligation de mention de son numéro légal.
"Tous ceux qui lisent Le Temps s'en apercevront vite, le numéro de dépôt légal figure bel et bien dans l'ours à chaque édition", a rétorqué M. Ngoua Mezui.
Il est également revenu sur les cas du quotidien gouvernemental L'Union, mis en demeure début décembre de "respecter le pluralisme d'opinion dans le traitement de l'information politique" et du journal privé Gabon Show, interdit pour des motifs juridiques relatifs à sa création.
Estimant que les allégations contre l'Union n'ont pas été prouvées par le CNC, le président de l'Appel a estimé que la décision contre Gabon Show "relève de l'arbitraire".
Un membre de l'Appel a estimé que ces décisions du CNC relevaient de "l'excès de zèle" de ses membres, plus que d'une volonté politique de la part des autorités gabonaises.
Le CNC n'a pu être joint jeudi après-midi pour commenter ces déclarations.
Organe gouvernemental, le CNC, est composé de neuf membres: trois sont nommés par le chef de l'Etat, trois par le président de l'Assemblée nationale et trois par le président du Sénat. Le chef de l'Etat choisit le président du CNC parmi ces neuf membres.