Le verdict de Reporters Sans Frontières (RSF) est tombé comme un couperet :
« Les journalistes ont, par ailleurs, fait les frais de la répression systématique de régimes vieillissants et de dirigeants qui s'accrochent au pouvoir. Dans le Cameroun de Paul Biya, le Gabon d'Omar Bongo, la Guinée de Lansana Conté, la Guinée équatoriale d'Obiang Nguema, le Rwanda de Paul Kagame, le Togo de Gnassingbé Eyadéma et le Zimbabwe de Robert Mugabe, la presse est victime de l'immobilisme politique et de l'autoritarisme. Ces chefs d'Etat, toujours plus intolérants envers la presse indépendante ou d'opposition, mettent tout en œuvre pour garder la mainmise sur l'information. » (RSF, Introduction Afrique, Rapport 2004, 3 mai 2004)
Est ainsi confirmée la dérive autoritaire d’Omar Bongo (Voir Rapport 2004- Gabon), juste 2 jours après que le 1 mai, l’organisation américaine Freedom House ait sans équivoque classé le Gabon parmi les pays où il n’existe aucune liberté d’expression au sein des médias (Voir Rapport 2004 Gabon de Freedom House).
Le bâillonnement auquel font face les médias au Gabon n’est que la pointe de l’iceberg qui cache une situation beaucoup plus grave pour le citoyen gabonais plus que jamais confronté à une dictature aux multiples visages :
- Omar Bongo prend en otage les Gabonais en les privant du droit de sortir du pays : La délivrance des passeports au Gabon est un vrai parcours du combattant et n’obtiennent facilement les passeports au Gabon aujourd’hui que les membres du régime ou ceux qui connaissent des gens qui travaillent pour Bongo. Tous les autres Gabonais, surtout ceux soupçonnés de dissidence, en sont systématiquement privés et les formalités d’obtention des passeports sont de plus en plus ridicules : On demande par exemple au citoyen d’acheter un billet d’avion coûtant plus d’un million de Francs CFA pour obtenir un passeport, sans aucune garantie qu’un tel passeport lui sera délivré. C’est là une atteinte grave aux libertés et droits fondamentaux du citoyen vu que le passeport est un document auquel tout citoyen a droit et que son obtention ne saurait faire l’objet de pressions ou de conditions extrêmes. Il est ainsi aberrant de constater que la délivrance des passeports soit centralisée au niveau de Libreville et qu’aucune ambassade gabonaise à l’étranger ne puisse délivrer de passeports à ses citoyens expatriés comme cela se devrait. Omar Bongo utilise cet outil pour empêcher les Gabonais de sortir du pays, ou quand ils sont sortis, de pouvoir les retrouver à tout moment vu qu’ils doivent tous revenir à Libreville pour obtenir leur passeport. La finalité étant évidemment de mieux contrôler leurs opinions politiques et de pouvoir à tout moment les empêcher de ressortir du pays quand ils se montrent gênants pour le régime.
- Omar Bongo fait de l’accession à la vie professionnelle un instrument de chantage. Au Gabon on ne trouve du travail dans l’administration publique que si on jure fidélité au « Mollah Omar », monarque à vie du pays. Sans cela, on est poussé à la mendicité et à de multiples humiliations visant à vous faire craquer et à vous transformer en chantre du roitelet en herbe.
- Les personnes qui, dans l’administration publique, osent se déclarer de l’opposition réelle sont brimées et il leur est clairement signifié qu’elles perdraient leur emploi si elles continuent à proférer des critiques à l’encontre du régime.
- De nombreuses personnes se réclamant de groupes politiques non maîtrisés par le régime sont mises sous surveillance et traquées. Parfois leurs résidences sont saccagées par des brigands envoyés par le régime, dans le but de faire pression sur elles et leur faire abandonner leur combat. C’est ainsi qu’il existe aujourd’hui au Gabon un brigandage politique résultant de l’utilisation directe par le pouvoir de criminels pour brimer, effrayer ou même assassiner des personnes jugées dangereuses pour le régime.
- Les écoutes téléphoniques et le contrôle des communications Internet se sont amplifiés, de même que la surveillance des cybercafés par des espions du régime. Cette surveillance est également accompagnée de menaces contre les propriétaires de cybercafés et de services informatiques, afin de leur interdire de laisser les Gabonais utiliser leurs services à des fins politiques.
Tout cela, aux côtés des souffrances quotidiennes d’un peuple gabonais meurtri économiquement, politiquement, socialement et culturellement, confirme de manière indubitable le retour du Gabon à une dictature pure et dure, une dictature qui de toute évidence veut rétablir le parti unique dans le pays. Les dernières modifications arbitraires de la constitution entérinant le principe de l’élection présidentielle à un tour et rétablissant le mandat présidentiel de 7 ans dans le cadre d’une rééligibilité illimitée, le bâillonnage des libertés d’expression dans les médias et au sein de la population, et la corruption de tous les principaux opposants du pays sont des signes qui ne trompent pas.
Le Gabon, il faut donc le dire, est redevenu un pays sous parti unique et sous dictature. La question qui se pose aux Gabonais aujourd’hui est de savoir s’ils vont accepter de se laisser brimer interminablement par Omar Bongo ou s’ils vont enfin se décider à prendre en main leur destinée en chassant du pouvoir Omar Bongo et sa cour de mercenaires politiques.