A la veille de l'ouverture du 10e sommet de la francophonie à Ouagadougou (Burkina Faso), Reporters sans frontières a demandé jeudi l'application de sanctions contre les pays membres qui violent la liberté de la presse.
RSF cite notamment le cas de la Côte d'Ivoire, "le pays le plus dangereux du monde francophone pour les journalistes". "En un an, aucun journaliste n'est mort en Afrique, sauf en Côte d'Ivoire", souligne l'ONG, en rappelant que "six mois après l'assassinat du correspondant de RFI Jean Hélène par un policier ivoirien, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a disparu après être entré en contact avec des proches du pouvoir".
Depuis le 4 novembre, "à la veille de l'offensive des forces armées ivoiriennes contre les ex-rebelles, la presse ivoirienne a connu une vague de répression sans précédent", note également RSF. "Saccages, incendies criminels, pillages, plusieurs quotidiens indépendants ou d'opposition ont été obligés de cesser leur publication et leurs responsables contraints à la clandestinité pendant quelques jours."
L'organisation relève aussi qu'"en Guinée équatoriale, au Laos, au Rwanda, en Tunisie et au Vietnam, la liberté de la presse n'existe pas". Au Laos et au Vietnam, souligne-t-elle, "la presse est aux ordres de l'Etat-parti. La censure est implacable et la marge de manoeuvre des journalistes extrêmement limitée".
Autre exemple: la Tunisie. "Malgré les promesses et les engagements du président Zine El Abidine Ben Ali, la liberté d'expression n'est toujours pas garantie. La presse indépendante est complètement muselée, les journalistes les plus critiques sont harcelés et la timide ouverture de l'audiovisuel ne permet pas encore de parler d'un réel pluralisme de l'information", souligne RSF.
Reporters sans frontières dénonce par ailleurs l'absence de procès après l'assassinat, il y a six ans, de Norbert Zongo, directeur d'un journal au Burkina Faso, le pays hôte de ce sommet qui doit réunir vendredi et samedi 30 chefs d'Etat et de gouvernement, dont Jacques Chirac. "Le seul inculpé, un haut responsable de la garde présidentielle, coule des jours tranquilles chez lui."
"L'impunité demeure, au Burkina Faso et dans d'autres pays francophones", alors que "dans la déclaration de Beyrouth, adoptée à l'issue du précédent sommet en 2002, les Etats membres s'étaient engagés 'à lutter, à tous les niveaux de la société, contre l'impunité des auteurs de violations des droits de l'homme'", poursuit RSF.
L'ONG réclame une nouvelle fois "des sanctions contre les pays qui violent massivement la liberté d'expression".
"Ces sanctions vont de la réduction des contacts avec l'Etat concerné à sa suspension. Il est urgent, aujourd'hui, d'utiliser ce dispositif. Cela donnerait à la francophonie l'autorité et la crédibilité qui lui manquent en matière de respect des droits de l'Homme", conclut RSF.