Un vent chaud d’Harmattan souffle sur la capitale du Burkina Faso. La ville est inondée par d’éclatants rayons solaires qui donnent une couleur particulière à la poussière qui enveloppe très souvent les artères de cette cité si attachante, qui vit à fond la nuit et explose le jour. C’est à croire que les Burkinabé ne dorment jamais. Ici, on croque la vie à pleines dents, comme si on ne se souciait pas du lendemain. Mais détrompez-vous, les citoyens du « pays des hommes intègres » sont des forçats du travail.
Tard dans la nuit, lorsqu’on sillonne la ville en taxi, on est parfois surpris de voir des femmes, parfois d’un âge assez avancé, balayer les rues en raclant le sol et les trottoirs bien éclairés du centre-ville. Et ce qui saute aux yeux, c’est la propreté de cette capitale qui a certainement moins de moyens que Dakar, mais où l’on ne trouve presque pas de tas d’immondices ou de déchets jonchant les rues, comme on le constate malheureusement au Sénégal. Peut-être que cette « frénésie de la propreté » est-elle due aux préparatifs du 10e Sommet de la Francophonie, dont les travaux démarrent le vendredi 26 novembre prochain ?
Le taximan de l’hôtel Indépendance nous a confié que cette traque aux ordures est toujours de rigueur à Ouagadougou. « Les déchets sont ramassés chaque jour, entassés dans des camions et jetés loin, vers la forêt », nous glisse-t-il.
Tous les hôtels affichent le plein
Les principales artères sont pavoisées de drapelets des 56 Etats membres de la grande famille francophone qui se sont donné rendez-vous dans la capitale du cinéma africain pour débattre du thème : « La Francophonie, espace solidaire pour un développement durable ». Vaste programme ! Journalistes, intellectuels, artistes et maires ont devancé, à Ouaga, les présidents et chefs de gouvernement.
La ville bruit de multiples évènements comme le Festival des arts de la rue durant lequel de nombreux jeunes talents rivalisent d’enthousiasme, dans la plupart des quartiers populaires.
La ville de Ouaga prépare activement « son Sommet » de la Francophonie, qu’elle compte réussir avec éclat, malgré les appréhensions de certains reporters occidentaux si prompts à mettre l’accent sur les retards dans l’exécution des travaux ou sur l’imperfection du pays-hôte. Une ville qui, chaque deux ans, accueille pendant une dizaine de jours le plus grand festival de cinéma africain et la plus importante rencontre des artisans du continent peut bien réussir l’organisation d’un sommet qui ne dure que deux jours.
De grands panneaux annonçant le Sommet francophone illuminent la ville dès la nuit tombée. Des banderoles truffées de slogans se balancent au gré de l’Harmattan. Tous les hôtels affichent le plein.
Des milliards de F.CFA contre le développement ?
Les autorités ont prévu l’arrivée de quelque 3.000 visiteurs, mais du côté du comité d’organisation, l’optimisme est de mise : « La ville compte environ le même nombre de lits », confie Sylvestre Somé, le président de la commission Presse, dans un entretien accordé à un organe panafricain. Durant le Sommet, les chefs d’Etat et leurs délégations (à raison de cinq ou six par délégation) seront logés dans les 25 villas présidentielles du nouveau quartier de Ouaga 2000, mais aussi à l’hôtel flambant neuf d’El Fateh et au Silmandé, qui domine le principal cours d’eau de la ville. « Nous logerons les équipages des avions présidentiels à Bobo-Dioulasso où stationneront les équipages durant les deux jours du Sommet », poursuit M. Somé. Les autres invités (journalistes, artistes, directeurs d’organisations internationales…) vont résider dans les quelque 30 hôtels de Ouaga, dont les adresses et les références ont été mises en ligne depuis des mois sur le site Internet du Sommet.
« Les délégations pléthoriques devront se prendre en charge et les caprices d’invités ne seront pas les bienvenus », précisent les organisateurs sur un ton qui se veut courtois, mais ferme.
Combien coûtera la 10e Sommet de la Francophonie ? Selon des chiffres, ce sera le sommet le « moins cher de l’histoire ». Sur un budget de 8 milliards de francs CFA, le Burkina Faso a assuré les trois milliards nécessaires pour les infrastructures et l’organisation. Des pays amis ont également contribué : la France a assuré les frais liés à la communication (le centre de presse sera équipé de systèmes ADSL, RNIS et de bornes wi-fi), le Canada s’est occupé de la sécurité et de la santé, la Libye, l’Arabie Saoudite et l’Iran (pourtant non membres de la Francophonie) ont fait don au pays-hôte de dizaines de véhicules qui vont renforcer son parc automobile et faciliter les déplacements des invités.
Tout semble donc fin prêt pour un bon déroulement de ce 10ème Sommet, qui démarre vendredi prochain, même si des journaux comme l’hebdomadaire « Bendré » jouent les trouble-fête en titrant à la Une, lundi dernier : « Ouagadougou 2004 : des milliards contre le développement ». Les restaurateurs, taximen, marchands et hôteliers ouagalais, eux, n’en ont cure. Cette rencontre internationale va certainement doper leurs affaires, même si elle ne dure que quelques jours.