Vers l'épreuve de force en Ukraine. Deux jours après la présidentielle, le chef de l'opposition Viktor Iouchtchenko s'est déclaré vainqueur du scrutin mardi et a prêté symboliquement serment, alors que les résultats officiels, très contestés, suggèrent une victoire de son rival, Viktor Ianoukovitch.
Réformateur pro-occidental, M. Iouchtchenko a appelé à une campagne de désobéissance civile et averti que le pays risquait de sombrer dans la guerre civile. Lui-même et ses partisans dénoncent une fraude massive au profit du Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, le candidat du pouvoir, qui plus est soutenu par le Kremlin.
"L'Ukraine est au bord d'une guerre civile", a mis en garde M. Iouchtchenko devant les députés convoqués en urgence au Parlement pour se prononcer sur une requête de l'opposition réclamant l'annulation des résultats du scrutin. "Nous avons deux choix: soit la réponse sera donnée par le Parlement, soit c'est la rue qui la donnera." La séance s'est achevée sans qu'aucune décision ne soit prise, le quorum n'ayant pas été atteint avec seulement 191 députés présents.
M. Iouchtchenko a ensuite prêté serment sur une bible tricentenaire. Un geste symbolique, la loi fondamentale ukrainienne stipulant que le président doit faire son serment sur une copie de la Constitution. Les députés ont toutefois scandé: "Bravo M. le président."
M. Iouchtchenko et ses alliés ont également publié un communiqué appelant "les Parlements et les pays du monde à soutenir la volonté du peuple ukrainien et son aspiration à revenir à la démocratie". Ils promettent également de mener "une campagne de désobéissance civile" et "une lutte non-violente pour la reconnaissance des vrais résultats de l'élection".
Selon la Commission électorale, M. Ianoukovitch était en tête mardi avec 49,39% des voix contre 46,71% à son adversaire après dépouillement de plus de 99% des voix. Pourtant plusieurs sondages sortie des urnes réalisés par des instituts indépendants avaient donné la victoire au candidat de l'opposition.
De l'Union européenne aux Etats-Unis en passant par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), une grande partie de la communauté internationale met en doute les résultats du scrutin. Paris, comme ses partenaires de l'UE, "exprime de sérieux doutes sur (leur) sincérité", a souligné le ministère français des Affaires étrangères.
De son côté, le président russe Vladimir Poutine, qui avait félicité lundi M. Ianoukovitch pour sa victoire, a jugé les critiques de l'OSCE "inadmissibles" car les résultats "ne sont pas encore officiels". L'OSCE avait affirmé que l'élection n'avait pas été conforme aux normes démocratiques internationales.
En Pologne, l'ex-président polonais et prix Nobel de la paix Lech Walesa a fait savoir qu'il était prêt à jouer les bons offices à la demande de l'opposition ukrainienne.
En Géorgie, le président Mikhaïl Saakachvili, qui était arrivé au pouvoir il y a un an suite à des manifestations massives contre son prédécesseur Edouard Chevardnadze, a souhaité aux manifestants ukrainiens d'obtenir gain de cause.
L'annonce des résultats officiels provisoires a galvanisé la colère de nombreux citoyens. Environ 200.000 personnes se sont réunies à Kiev, la capitale, pour dénoncer la fraude électorale présumée.
Plus de 100.000 sympathisants ont marché derrière M. Iouchtchenko vers le Parlement et ont attendu derrière des barrières, agitant des drapeaux orange, la couleur de campagne du candidat réformateur.
Les partisans de M. Iouchtchenko ont installé des tentes sur la place de l'Indépendance et sur l'artère principale de Kiev, jurant de rester sur place malgré des températures glaciales jusqu'à ce qu'il soit proclamé président. Des sympathisants continuaient à arriver par minibus ou à pied.