Le président Jacques Chirac doit s'envoler mercredi pour une visite de quatre jours en Afrique qui le mènera au Sénégal, où il assistera à une conférence internationale sur le développement agricole, puis au Congo-Brazzaville pour un sommet sur la protection de la forêt équatoriale.
Le chef de l'Etat est attendu mercredi après-midi à Dakar, pour sa première visite depuis 1995. Ancienne colonie française, le Sénégal est indépendant depuis 1960. Il y sera accueilli par le président Abdoulaye Wade, reçu régulièrement à Paris. L'objectif est d'entretenir des relations franco-sénégalaises «d'une densité exceptionnelle depuis 300 ans», selon le porte-parole de l'Elysée Jérôme Bonnafont.
«C'est un acte important qui jalonne l'histoire des relations entre la France et le Sénégal», s'est réjoui mardi Abdoulaye Wade sur France-Info. «Cela n'a aucune connotation d'intérêt matériel, financier ou autre». Reste que 14 chefs d'entreprise français accompagneront Jacques Chirac au Sénégal. Ils «seront les bienvenus», a souligné M. Wade.
Premier bénéficiaire de l'aide au développement française, le Sénégal, îlot de stabilité dans la région, est pour Paris un pays stratégique, notamment sur le plan militaire. Alors que la Côte d'Ivoire voisine a sombré dans la crise, Dakar est le principal point d'entrée des forces françaises pour l'Afrique de l'Ouest. Jacques Chirac rendra d'ailleurs visite jeudi après-midi aux 1.120 hommes des Forces françaises du Cap-Vert (FFCV) au 23e bataillon d'infanterie de Marine à Dakar.
A cette occasion, les présidents français et sénégalais doivent rencontrer des anciens combattants sénégalais -les célèbres «tirailleurs» qui se sont illustrés lors des deux guerres mondiales-alors que le gouvernement français a décidé en 2004 de revaloriser leurs pensions, gelées depuis l'indépendance. Jeudi matin, Jacques Chirac déposera également une gerbe au Mémorial du Tirailleur à Dakar.
Devant les militaires français, il devrait surtout réaffirmer la «doctrine» des forces françaises prépositionnées en Afrique (quelque 11.000 hommes au total). «La France n'est pas là de façon unilatérale mais à la demande des pays africains», et dans le cadre de mandats régionaux ou internationaux, a résumé M. Bonnafont.
Quelque 4.000 militaires français sont notamment déployés en Côte d'Ivoire dans le cadre de l'opération Licorne. Le président français devrait évoquer cette crise jeudi lors d'une réception avec la communauté française à la résidence de l'ambassadeur de France à Dakar. Seront notamment présentes 300 personnes qui ont fui la Côte d'Ivoire après les violences anti-françaises.
Le président français doit par ailleurs se rendre jeudi à Saint-Louis, au nord du Sénégal, où il s'offrira un bain de foule avec le président Wade, avant de visiter le centre-ville. Le même jour, il déposera un bouquet de fleurs sur la tombe de Léopold Sédar Senghor au cimetière de Bel Air. Les Sénégalais s'étaient indignés, après le décès du premier président sénégalais, le 20 décembre 2001, que ni Jacques Chirac ni le Premier ministre de l'époque Lionel Jospin ne soit venu assister à ses obsèques à Dakar.
Vendredi, Jacques Chirac doit participer au «Dakar agricole», un forum réunissant des chefs d'Etat africains, des représentants de la FAO et de la Banque mondiale et des industries agro-alimentaires, pour réfléchir sur le thème de l'agriculture et du développement.
«Le développement, ça commence par l'agriculture», fait valoir le président Wade. «J'ai décidé de convoquer cette réunion» pour voir «comment faire pour que les connaissances en matière d'agriculture soient transférées en Afrique de façon à ce que l'agriculture africaine soit aussi compétitive que les autres.»
Jacques Chirac s'envolera ensuite pour la République du Congo, où il est attendu vendredi soir. Il doit participer samedi à Brazzaville au deuxième Sommet sur la conservation et la gestion des Ecosystèmes forestiers d'Afrique centrale. Lancée en 1999, cette instance réunit sept pays (Cameroun, Centrafrique, Congo, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad) pour tenter de protéger les 2,3 millions d'hectares de la forêt du bassin du fleuve Congo, menacée par la surexploitation.