La défense d'André Tarallo a demandé jeudi la clémence de la cour d'appel de Paris qui juge l'ex-"M. Afrique" du groupe Elf, en sollicitant une peine d'emprisonnement avec sursis alors qu'en première instance, les avocats avaient demandé une relaxe pure et simple.
André Tarallo, 77 ans, ancien directeur des hydrocarbures chez Elf, avait fait appel de sa condamnation à 4 ans d'emprisonnement ferme et 2 millions d'euros d'amende prononcée par le tribunal de Paris en novembre 2003.
Malade du coeur et des artères, André Tarallo, incarcéré le jour même du jugement du tribunal, avait été libéré quelques semaines plus tard en raison de son état de santé. Sa santé, et notamment une opération de la carotide quelques jours avant l'ouverture du procès en appel le 6 octobre, l'ont empêché selon ses avocats d'être présent à l'audience. Il n'est venu qu'une fois sur la vingtaine d'audiences consacrées à ce dossier.
Il est accusé d'avoir participé au détournement global de 305 millions d'euros au détriment du groupe pétrolier et d'en avoir gardé une partie.
Alors que devant le tribunal il avait réfuté la totalité des accusations qui pesaient contre lui, il a contesté devant la cour beaucoup d'infractions mais a admis avoir utilisé personnellement une partie des fonds. Il a maintenu que l'essentiel des fonds qui transitait sur ses comptes en Suisse (190 MF, environ 29 M EUR), était "une caisse noire" qu'il gérait pour le président du Gabon Omar Bongo.
L'accusation a requis une peine d'"au moins huit ans de prison ferme" contre lui, le qualifiant de "gestionnaire obscur d'une fortune obscure".
Ses avocats, Mes Philippe Bouchez et Michel Jéol, ont décortiqué la plupart des faits de détournement qui lui sont reprochés en avançant des arguments de droit très techniques pour montrer que leur client échappait à ces faits.
Me Bouchet estime par exemple que son client ne peut être condamné pour des détournements au préjudice d'Elf-Gabon, dont il était président, puisqu'il s'agit d'une société de droit étranger à qui, selon la Cour de cassation, la loi sur les abus de biens sociaux ne s'applique pas.
Sur le "recel" des fonds détournés, c'est à dire l'utilisation personnelle des fonds, André Tarallo avait admis qu'un appartement situé sur le quai d'Orsay à Paris, avec vue sur la Seine, avait été acheté pour lui et non pour le président Bongo.
Pour rembourser, il a depuis fait une donation de cet appartement ainsi que d'une villa construite au chef d'Etat gabonais.
Admettant une partie des infractions, Me Jéol a donc demandé "à la cour d'assortir du sursis la peine d'emprisonnement qu'elle pourrait prononcer contre André Tarallo, qui n'a jamais été condamné".
Les derniers avocats, ceux d'Alfred Sirven, plaideront vendredi matin. La décision de la cour sera mise en délibéré.