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Afrique : La prétendue "oeuvre civilisatrice" de la France
Auteur:  René CYRILLE  | Date: 3 Décembre 2004  | Réactions ()
Section: Gabon/Monde  | Source: Lutte Ouvrière

De "la mission civilisatrice", au temps de la colonisation, à la "coopération militaire" avec "accords bilatéraux de défense", après les indépendances, en passant par l'intervention militaire actuelle en Côte-d'Ivoire, pour prétendument "sauver les ressortissants français", l'impérialisme français a toujours considéré son ancien domaine colonial africain comme sa chasse gardée. La présence de plus de 5000 soldats déployés actuellement en Côte-d'Ivoire s'inscrit dans la continuité de sa présence sur ce continent.

Pour justifier la colonisation hier et la présence de ses troupes en Afrique aujourd'hui, les tenants de l'impérialisme ont mis en avant la "mission civilisatrice" de la France. Qu'en est-il de cette oeuvre civilisatrice?

La création de rares écoles, dispensaires, hôpitaux, a été dérisoire au regard des besoins élémentaires de la population de ces pays. Dans le domaine de l'éducation, par exemple, en 1958, le taux de scolarisation de la Haute-Volta, l'actuel Burkina Faso, était de 4% pour une population de près de quatre millions d'habitants; 8% au Mali; 3% au Niger; 3% au Sénégal; 4% au Tchad. Toujours en 1958, à la veille de l'indépendance, on comptait en Côte-d'Ivoire 29000 élèves pour 69 établissements scolaires et au Gabon 4000 élèves pour 29 écoles... pour une population de plusieurs millions d'habitants! Même chose dans le domaine de la santé où campagnes de vaccinations, médecins ou infirmières étaient bien trop rares pour satisfaire ne serait-ce que les besoins les plus urgents. Seule une infime partie pouvait en bénéficier, tandis que l'immense majorité était laissée sans soins, à la merci des maladies et des épidémies, malgré quelques spectaculaires campagnes de vaccination lancées trop épisodiquement.

"Une mission civilisatrice" faite à coups de chicotte et de fusil...

De la France, les masses africaines ont surtout connu le travail forcé pour construire les routes et voies de chemins de fer et le recrutement de la main-d'oeuvre s'est souvent apparenté à une chasse à l'homme. Ces infrastructures étaient construites pour satisfaire aux besoins des entreprises, essentiellement françaises, pour transporter vers les ports côtiers les matières premières agricoles et minières que celles-ci pillaient. À aucun moment, l'impérialisme n'a eu pour objectif de désenclaver les régions, de permettre aux populations de sortir de leur isolement, de favoriser les échanges commerciaux et culturels entre les peuples. Son seul et unique objectif a été le pillage économique du continent africain: il suffit de regarder une carte de l'Afrique coloniale pour s'en convaincre. Il en a été ainsi du chemin de fer entre Zouerate et Nouhadibou, en Mauritanie, de celui entre Bamako et Dakar, du Mali au Sénégal, ou celui entre Ouagadougou et Abidjan, du Burkina à la Côte-d'Ivoire. Même chose pour le chemin de fer de Brazzaville à Pointe-Noire au Congo. Il s'agissait d'assurer les moyens de transporter toutes les richesses extraites de ces pays -phosphates, cuivre, coton, cacao, arachide et autres marchandises-, des zones d'exploitation aux ports d'exportation vers la métropole.

... de massacres et de pillages

L'impérialisme français a saigné à blanc le continent africain. Les populations d'Afrique occidentale et d'Afrique équatoriale, du Sénégal au Congo, ont été purement et simplement spoliées de leurs meilleures terres. Pour les grandes compagnies françaises ayant accaparé des territoires immenses, l'enrichissement a été d'autant plus rapide qu'il était essentiellement basé sur le travail forcé, le travail gratuit des populations colonisées. Les paysans maliens, par exemple, ont payé un lourd tribut en travaillant gratuitement aux constructions (barrages et digues) de l'Office du Niger qui devaient irriguer des terres produisant le coton, au profit des industriels du textile de la métropole! Tout comme les paysans d'Afrique équatoriale qui sont morts par dizaines de milliers pour construire des voies de chemins de fer. Il a fallu attendre 1946 pour que ce travail forcé soit enfin aboli.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le colonialisme français se heurta à l'aspiration grandissante des peuples d'Afrique noire à se débarrasser de sa tutelle. À partir de 1958, à l'initiative de De Gaulle, l'impérialisme français "organisa" l'indépendance formelle de ses anciennes colonies d'Afrique noire. Cela ne l'empêcha pas d'intervenir pour éliminer les leaders nationalistes qu'il considérait comme les plus gênants. Il en fut ainsi de leaders comme Sylvanus Olympio au Togo, ou Ruben Um Nyobé au Cameroun, assassinés car jugés trop radicaux. Tandis que la CIA américaine faisait assassiner Patrice Lumumba dans l'ex-Congo belge pour mettre en place un de ses agents, Mobutu, qui devint par la suite l'un des protégés de la France. L'armée française installa au pouvoir des gouvernements fantoches, hommes corrompus liés à l'impérialisme: un Houphouët-Boigny, en Côte-d'Ivoire, qui faisait torturer et assassiner ses opposants, un Omar Bongo au Gabon, veillant sur les puits de pétrole exploités par Elf-Aquitaine, qui réprimait dans le sang les révoltes de son peuple. Au Togo, elle plaça au pouvoir le dictateur Gnassingbé Eyadema, ancien sous-officier de l'armée française. En Centrafrique, l'impérialisme français s'assura des services d'un autre sous-officier pour faire régner l'ordre, Jean-Bedel Bokassa, dont les crimes et les fastes défrayèrent la chronique.

Depuis qu'il a concédé "l'indépendance" a ses ex-colonies africaines, l'impérialisme français n'a jamais quitté ce continent. De Djibouti aux Comores, du Congo au Tchad, il a multiplié les interventions militaires, plus d'une soixantaine, pour protéger le pré carré africain des sociétés françaises, sauvant la mise aux dictateurs locaux. Parmi ces sociétés, il y avait -et il y a toujours- des grands trusts comme TotalFinaElf, qui pille le pétrole congolais depuis des décennies, Bolloré, multinationale tentaculaire qui a fait main basse sur l'économie des pays d'Afrique de l'Ouest ou Bouygues, leader sur le marché des travaux publics; sans oublier les grands groupes d'assurances et bancaires qui, de la BNP-Paribas au Crédit Lyonnais en passant par leurs multiples filiales locales, ont pris le contrôle des circuits financiers de la région.


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Bio de René CYRILLE: Lutte Ouvrière n°1896 du 3 décembre 2004
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