Environ 270 Français, les premiers rapatriés de Côte d'Ivoire, sont arrivés mercredi à 22h00 à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, en région parisienne, où ils ont été accueillis par Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères.
Deux autres avions devaient amener 360 puis 240 autres personnes dans la nuit, soit un total de quelque 900 rapatriés. Un quatrième vol pourrait arriver dès jeudi, d'autres étant envisagés dans les jours qui viennent en fonction des besoins qui pourraient s'exprimer au sein de la communauté française de Côte d'Ivoire, ces rapatriements se faisant sur la base du volontariat.
Les familles venues attendre leurs proches restaient pour la plupart silencieuses, certaines ayant des vêtements, d'autres des fleurs. Les premiers rapatriés ont été accueillis avec soulagement. Parmi eux, nombre de personnes avec des bébés et enfants en bas âge dans les bras. Beaucoup avaient l'air fatigué, ému, et refusaient de parler à la presse.
"Je n'ai pas été victime de violences, je n'en ai pas vu, mais des Patriotes (milices loyalistes, NDLR) sont passés dans ma rue", a expliqué Christophe Larrouilh, manager de football. "Mais cela faisait trois jours que j'étais au camp du BIMA (Bataillon d'infanterie de marine, NDLR), je ne voyais pas la situation évoluer", poursuit-il. Il raconte que dimanche soir, il était chez lui lorsque l'armée française est venue lui proposer de l'évacuer avec d'autres habitants étrangers qui en avaient fait la demande: "on est venu toquer à ma porte, un militaire m'a dit 'vous avez trois secondes pour partir', c'était comme dans un film. Je suis parti".
"Cela a été terrible pour beaucoup de gens", témoigne de son côté une femme d'une trentaine d'années qui tient à conserver l'anonymat. "On a eu un peu peur pour nos vies, on avait l'impression qu'ils (les bandes de partisans du président Laurent Gbagbo, NDLR) allaient arriver, on nous a donné rendez-vous en pleine nuit, on a pris cinq kilos de bagages, et c'est tout".
A Roissy, les arrivants ont été pris en charge par une centaine de bénévoles de la Croix-Rouge et d'une cinquantaine du Secours catholique. Un soutien médico-psychologique a également été mis en place afin d'assurer les prises en charge sur le plan sanitaire ou psychologique, notamment pour les victimes d'agression.
Le Quai d'Orsay soulignait que les évacués étaient "des personnes en détresse, des enfants d'âge scolaire et des personnes ayant perdu tous leurs biens durant les événements des derniers jours à Abidjan". En outre, plusieurs consulats, notamment celui d'Allemagne, étaient représentés au terminal 3.
Selon Bernard Thibauld, directeur France du Secours catholique, le premier avion transportait "une très large majorité de femmes et d'enfants" dont il ignorait le nombre exact, sans doute une centaine.
Pour eux, les secours avaient préparé "plusieurs centaines de kilos de linge de toutes tailles et de toutes sortes", ainsi que des kits pédiatriques avec biberons, chauffe-biberons, couches etc.
"On nous a prévenus que quelques femmes ont été violentées, elles seront orientées directement vers le service hospitalier", a-t-il précisé, ajoutant que pour le suivi judiciaire, un procureur était présent afin d'enregistrer les plaintes.
Quelque 1.300 chambres d'hôtel étaient réservées à Roissy pour les rapatriés et un secours financier d'extrême urgence était aussi disponible pour les plus démunis, a précisé le ministère des Affaires étrangères.