Les représentants de l'accusation ont demandé mercredi en appel de prononcer des peines sensiblement plus fortes ou au moins équivalentes contre les 15 personnes rejugées dans le dossier Elf, le qualifiant de "superbe affaire de banditisme".
La décision de la cour d'appel ne sera connue que dans plusieurs semaines.
En tant que "chef de la bande de pirates", Alfred Sirven, 77 ans, ancien directeur des affaires générales du groupe pétrolier, ne devra pas être condamné à "moins de huit ans de prison ferme", selon Yves Jannier, l'un des trois avocats généraux qui se sont succédé pour soutenir l'accusation.
A l'issue du premier procès devant le tribunal correctionnel de Paris en novembre 2003, Alfred Sirven avait été condamné à 5 ans de prison ferme et 1 million d'euros d'amende.
Pour M. Jannier, Sirven apparaît même plus important que l'ancien PDG Loïk Le Floch-Prigent (condamné à 5 ans ferme et 375.000 euros d'amende et qui n'a pas fait appel) dans ce qu'il a qualifié de "groupe de voyous montés à l'abordage de cette société comme d'autres montaient à l'abordage d'un galion".
A l'origine du détournement de 1,135 milliard de francs (173 M EUR), M. Sirven, qui encourt jusqu'à 10 ans de prison ferme a rappelé l'accusation, "n'a pas de circonstance atténuante", hormis qu'il assume ses responsabilités.
Il a également demandé qu'Alfred Sirven soit incarcéré dès que la décision sera rendue.
Autre avocat général, Bruno Barral a requis également au moins huit ans contre André Tarallo, 77 ans, absent de l'audience pour raisons de santé.
Ancien M. Afrique du groupe pétrolier, Tarallo est, pour l'accusation, "le gestionnaire obscur d'une forture obscure". Sur ses comptes en Suisse ont transité 190 MF (environ 29 M EUR). André Tarallo a maintenu qu'il gérait une caisse noire destinée au président du Gabon Omar Bongo, même s'il a admis qu'il avait à un moment utilisé personnellement cet argent, notamment pour acheter un appartement quai d'Orsay à Paris.
L'avocat général a souhaité que la cour ne tienne pas compte dans sa décision de la santé défaillante de M. Tarallo, estimant que la loi permet désormais une remise en liberté pour raisons médicales.
Pour l'accusation, c'est donc au juge d'application des peines (JAP) de suspendre le cas échéant l'exécution d'une peine et non aux magistrats de la cour de réduire une éventuelle sanction.
Une peine plus forte a également été requise par le troisième avocat général Pierre Dillange contre André Guelfi, dit "Dédé la sardine", et qualifié de "vieux bandit" par l'accusation: trois ans de prison ferme au lieu de trois ans avec sursis prononcés.
L'accusation a demandé la confirmation de la peine prononcée en première instance contre Fatima Belaïd, l'ancienne épouse de M. Le Floch-Prigent (3 ans de prison dont un ferme et 1 M EUR d'amende), à qui la justice reproche d'avoir perçu 31 MF (4,7 M EUR) lors de son divorce.
Démontant la "tuyauterie clandestine", les avocats généraux ont souligné "l'obstination des juges d'instruction" et notamment celle d'Eva Joly, la première nommée sur ce dossier secondée ensuite par Laurence Vichnievsky et Renaud Van Ruymbeke.
Si 2,943 Mds F (environ 448 M EUR) ont été détournés au préjudice d'Elf selon le jugement du tribunal, Bruno Barral a insisté: "96% des sommes détournées sont toujours entre les mains des personnes mises en cause".