La dépouille de Yasser Arafat a quitté vendredi la France à bord d'un avion gouvernemental français à destination du Caire, où auront lieu vendredi des funérailles officielles avant l'inhumation du "raïs" à la Moukata'a, son quartier général en ruines de Ramallah.
Arafat est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l'hôpital militaire Percy, près de Paris, à des milliers de kilomètres de la Palestine dont il a incarné pendant 40 ans les res d'indépendance. Il était âgé de 75 ans.
L'annonce de sa disparition a mis fin à plusieurs jours de confusion quant à son état de santé. Arrivé en France le 29 octobre, son état de santé s'était détérioré dans la nuit de lundi à mardi et il était dans le coma depuis.
Le décès de celui que les Américains et les Israéliens considéraient comme un "obstacle à la paix" fait naître l'espoir d'un retour de la diplomatie au Proche-Orient, même si l'inquiétude existe quant à une possible guerre de succesion au sein des institutions palestiniennes.
Recouvert d'un drapeau palestinien, le cercueil d'Arafat a quitté l'hôpital à destination de l'aéroport militaire de Villacoublay, où une brève cérémonie a été organisée en présence de son épouse, Souha Arafat, du Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin et de plusieurs membres du gouvernement.
Un Airbus du gouvernement français a ensuite décollé à 17H34 et est attendu au Caire dans la soirée. Les funérailles d'Arafat doivent avoir lieu vendredi matin dans la capitale égyptienne en présence de nombreux chefs d'Etat arabes et musulmans et de responsables du monde entier.
Les Palestiniens ont décrété 40 jours de deuil et des milliers d'entre eux sont descendus dans les rues de la bande de Gaza et de la Cijordanie, sans débordement majeur.
"Notre père est mort", a dit un habitant de la ville de Gaza, où des hommes en armes ont tiré des coups de feu en l'air. Des jeunes ont incendié des pneus sur la chaussée tandis que des versets du Coran étaient récités par mégaphones.
A Ramallah, des Palestiniens en pleurs ont convergé vers la Moukata'a, où Arafat a vécu confiné pendant près de trois ans jusqu'à son hospitalisation en France. L'armée israélienne a entièrement bouclé les territoires palestiniens après l'annonce de la mort du dirigeant palestinien.
"UN TOURNANT HISTORIQUE", SELON SHARON
Alors qu'"Abou Ammar" n'avait pas désigné de successeur, les Palestiniens ont rapidement mis en place une direction collégiale afin d'éviter toute vacance du pouvoir, répartissant les postes les plus importants entre "durs" et "modérés".
Le président du Parlement palestinien, Raouhi Fattouh, a été élu président palestinien par intérim au cours d'une session extraordinaire du Conseil législatif palestinien. Fattouh a désormais 60 jours pour organiser des élections.
Tout aussi important, l'ancien Premier ministre Mahmoud Abbas a été élu chef de l'Organisation de libération de la Palestine, dont il était jusqu'à présent secrétaire général de l'OLP et, à ce titre, numéro deux.
Par ailleurs, c'est un "dur" qui a été nommé à la tête du Fatah, une des principales composantes de l'OLP. Ancien numéro deux du Fatah, Farouk Kaddoumi avait rejeté les accords de paix signés avec Israël et refusé de rentrer dans les territoires en 1994 au moment du retour triomphal d'exil d'Arafat.
Alors que les réactions et messages de condoléances affluaient du monde entier, les responsables palestiniens ont exhorté Israël à revenir à la table des négociations.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a estimé que la mort de son vieux rival pourrait constituer un "tournant historique", si les successeurs d'Arafat parvenaient à mettre fin aux violences.
"Le décès de Yasser Arafat est un moment important dans l'histoire des Palestiniens. Nous exprimons nos condoléances au peuple palestinien", a de son côté déclaré le président américain George Bush dans un communiqué.
"Nous espérons que l'avenir apportera la paix et la réalisation des aspirations à une Palestine indépendante et démocratique, en paix avec ses voisins."
Dans les territoires, si le Djihad islamique a a appelé à l'unité entre les Palestiniens et a souhaité un transfert du pouvoir "en douceur", le Hamas, autre mouvement radical palestinien, a en revanche promis de nouveaux attentats contre l'Etat juif.
Quelques heures après la mort d'Arafat, des activistes palestiniens ont attaqué une colonie juive de la bande de Gaza, en présentant cette action comme le signal de départ d'un nouveau cycle de violences contre Israël.
Trois Palestiniens, dont au moins deux activistes armés, ont été tués dans les combats qui ont suivi cette attaque. Un quatrième Palestinien a été tué par les forces israéliennes en Cisjordanie.
Sharon a par ailleurs réaffirmé son engagement à évacuer la bande de Gaza en 2005, malgré la mort d'Arafat.