La Conseillère pour la sécurité nationale de George W. Bush, Condoleezza Rice, est pressentie pour succéder à Colin Powell, dont la démission a été annoncée lundi, après 4 ans à la tête de la diplomatie américaine marquées par le lancement controversé de la guerre en Irak.
La possible nomination de Mme Rice, qui a fêté ses 50 ans le week-end dernier, a été dévoilée lundi soir par deux hauts responsables de l'administration Bush. Elle devrait être annoncée officiellement dans les jours à venir. Colin Powell restera à son poste jusqu'à ce que son successeur soit nommé et confirmé par le Sénat, ce qui peut prendre deux mois.
Ce changement à la tête de la diplomatie intervient juste après la réélection de George W. Bush pour un second mandat, alors que Washington fait face à de nombreux dossiers brûlants, dont l'Irak et la nouvelle donne au Proche-Orient après la mort du leader palestinien Yasser Arafat.
Deuxième femme à prendre la direction du Département d'Etat après Madeleine Allbright, Mme Rice, une universitaire noire qui parle couramment russe, est une conseillère très écoutée de George W. Bush et une amie personnelle qui le suit pratiquement partout.
Rompue aux dossiers difficiles et aux circonstances exceptionnelles, elle a dirigé le Conseil national de sécurité (NSC), créé en 1947 pour coordonner les relations entre la Maison Blanche, le département d'Etat, celui de la Défense, et les services de renseignement, actuellement en pleine réorganisation.
Considérée comme une conservatrice froide et énergique, elle a toutefois éprouvé certaines difficultés à gérer les égo des poids-lourds de la première administration Bush comme le secrétaire d'Etat partant Colin Powell et celui à la Défense Donald Rumsfeld.
Colin Powell, 67 ans, militaire devenu diplomate après avoir été l'un des architectes militaires de la première guerre du Golfe en 1991, était considéré comme un élément pragmatique au sein du gouvernement Bush qui a été fréquemment marginalisé par les "faucons" entourant le président.
M. Powell a déclaré lundi devant la presse qu'il avait toujours voulu "ne servir qu'un mandat", laissant comprendre qu'il n'avait pas envisagé de rester après la réélection de M. Bush.
"Mon départ n'empêche rien. Nous allons continuer d'aller de l'avant. C'est la politique du président qui est appliquée, pas celle de Colin Powell", a-t-il dit, cherchant à minimiser les conséquences de son départ.
Dans sa lettre de démission, datée du 12 novembre, Colin Powell souligne "avoir été content de faire partie de l'équipe qui a lancé une guerre globale contre le terrorisme, libéré les Afghans et le peuple irakien, porté à l'attention du monde les dangers de la prolifération nucléaire, réaffirmé nos alliances, fait l'adaptation à l'après-guerre froide et a entrepris de grandes actions pour lutter contre la pauvreté et les maladies dans le monde en développement".
"Le temps est venu pour moi de me retirer en tant que secrétaire d'Etat et de me consacrer à ma vie privée", a-t-il ajouté.
Le secrétaire d'Etat adjoint Richard Armitage, "numéro deux" de la diplomatie américaine et proche de M. Powell, est lui aussi sur le départ, a indiqué le département d'Etat lundi.
M. Powell avait notamment, le 5 février 2003, présenté devant l'Onu un dossier à charge très controversé sur les armes de destruction massives supposées détenues par Bagdad, dont aucune n'a été retrouvée depuis le renversement du régime de Saddam Hussein.
Il a depuis cherché à plusieurs reprises à se démarquer de cet épisode qui hante son passage au département d'Etat, en critiquant notamment la mauvaise qualité des informations des services de renseignements.
M. Powell a aussi laissé transparaître à de multiples reprises sa lassitude face aux tensions avec les "faucons" de l'équipe Bush, comme le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ou le vice-président Dick Cheney, plus influents que lui auprès de M. Bush, en particulier sur la politique irakienne.