Le président George W. Bush a été réélu pour un deuxième et dernier mandat à l'issue d'un scrutin qui confirme cependant que la nation américaine est profondément divisée.
Bush aura réussi à convaincre une majorité d'électeurs qu'il constituait le meilleur rempart contre la menace terroriste alors même que son bilan économique et social, en matière de chômage notamment, ne soulevait guère d'enthousiasme.
La victoire des républicains est complète puisqu'ils consolident leurs positions au Congrès, raflant quelques sièges supplémentaires à la fois à la chambre des représentants et au Sénat où ils étaient déjà majoritaires.
Après une nuit et une matinée d'attente mercredi, trois Etats demeurant incertains -dont le poids lourd de l'Ohio-, John Kerry a renoncé à faire durer le suspense plus longtemps. Il s'est refusé à contester le résultat, ce qui aurait pu conduire à une réédition de l'élection de 2000 lorsqu'il avait été impossible de proclamer un vainqueur avant plusieurs semaines.
Le candidat démocrate a appelé le président Bush et l'a félicité de sa victoire lors d'un entretien qui a duré moins de cinq minutes. Le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, a révélé que le président américain avait dit à son rival qu'il pouvait être "fier" de sa campagne électorale. Le sénateur du Massachusetts a expliqué de son côté que le pays était trop divisé. "Nous devons vraiment faire quelque chose", a ajouté le candidat démocrate.
Reconnaissant ensuite sa défaite devant ses partisans à Boston, John Kerry a indiqué qu'avec le président Bush il avait "parlé du danger de la division dans le pays et du besoin, du besoin désespéré, d'unité, de trouver un terrain d'entente".
Dans son discours de victoire, le président a tendu la main aux électeurs démocrates en reprenant le thème de l'unité: "Quand nous nous unissons et que nous travaillons ensemble, il n'y a pas de limite à la grandeur de l'Amérique". Il a invoqué "un pays, une Constitution et un avenir qui nous lient tous ensemble".
Alors que 99% des suffrages étaient dépouillés, George W. Bush recueillait 58,3 millions des voix (51%), en l'emportant dans 28 Etats dont la Floride, soit 254 grands électeurs. Il était en tête dans trois Etats représentant 32 grands électeurs. John Kerry recueillait de son côté 54,8 millions de voix (48%). Il l'a emporté dans 19 Etats, soit 252 grands électeurs. Il en faut 270 pour l'emporter.
Environ un million de voix (1%) se sont portées sur les autres candidats, dont le candidat indépendant Ralph Nader.
La décision d'appeler la Maison Blanche pour reconnaître sa défaite n'a manifestement pas été facile à prendre pour John Kerry. Celui-ci avait pesé le pour et le contre en fin de nuit, alors que le président sortant était crédité d'une avance de 136.000 voix dans l'Ohio, pratiquement impossible à rattraper même si le dépouillement n'était pas achevé. Il restait en effet environ 150.000 bulletins "provisoires" (dont la validité était à vérifier) ainsi qu'un nombre indéterminée de votes par correspondance.
Les résultats au Nouveau-Mexique et dans l'Iowa étaient aussi incertains, mais ces deux Etats n'élisent pas suffisamment de grands électeurs (respectivement 5 et 7) pour contrebalancer éventuellement le poids de l'Ohio (20 grands électeurs).
John Kerry pouvait soit abandonner, soit s'engager dans une longue bataille judiciaire semblable à celle qui avait suivi le scrutin chaotique de 2000, et le psychodrame du décompte des voix en Floride. Il y a renoncé alors que son colistier, John Edwards, avocat de profession, l'engageait apparemment à ne pas baisser les bras. Le scrutin "doit être décidé par les électeurs" et non par les juristes, a-t-il concédé dans son discours de Boston.
Ce scrutin aura donné lieu à une forte mobilisation des deux camps, l'augmentation de la participation ne profitant pas à John Kerry, contrairement à ce que les analystes prédisaient. Plus de 120 millions d'Américains se seraient rendus aux urnes mardi, soit environ 60% des 156 millions d'électeurs (contre 54% en 2000).
Ainsi s'achève l'une des campagnes électorales les plus dispendieuses de l'histoire du pays. George W. Bush dispose désormais de quatre années supplémentaires pour poursuivre sa "guerre contre le terrorisme", compléter sa politique de réduction d'impôts, et probablement nommer un ou deux juges à la Cour suprême, dont les titulaires sont vieillissants: il devrait choisir des hommes proches de ses idées conservatrices.
A l'étranger, le premier ministre britannique Tony Blair, son meilleur allié, a déclaré après l'avoir félicité que l'Europe et les Etats-Unis "devaient rebâtir leur alliance". Le président français Jacques Chirac lui a envoyé un télégramme dans lequel il forme le "voeu" que ce second mandat "soit l'occasion de renforcer l'amitié franco-américaine".