La demande chinoise en pétrole est en pleine expansion et pousse les prix à la hausse sur un marché déjà tendu. Time Asia a enquêté sur le sujet.
"Plus d’un milliard de Chinois sont en train de rejoindre le marché du pétrole. Comment les prix pourraient-ils baisser ?" relève Time Asia, en citant Bo Lin, un spécialiste de l’énergie à la Banque asiatique de développement. Le boom économique et un appétit en pleine expansion pour les voitures et autres machines voraces en énergie sont à l’origine de l’essor de la demande de pétrole en Chine.
Afin d’être moins exposés aux aléas du marché et d’élargir la gamme de leurs fournisseurs, les dirigeants chinois multiplient les démarches. C’est dans ce but que Yang Hua, vice-président de la China National Offshore Oil Corp. (CNOOC), s’est rendu en Indonésie, en Iran, au Yémen et au Qatar, tout comme aux Etats-Unis, en Australie, au Canada, en Grande-Bretagne et au Brésil. Parallèlement, Pékin cherche à investir dans l’exploration et l’extraction du pétrole dans des pays qui possèdent des champs pétrolifères mais qui n’ont pas les moyens de les exploiter.
"Cette stratégie axée sur la recherche d’opportunités d’investissement a été initiée en 1997 par Li Peng, alors Premier ministre. Depuis, les Chinois ont sillonné le monde en quête de telles opportunités", poursuit l’hebdomadaire. Le Gabon, l’Ouzbékistan, l’Equateur ou la Colombie, entre autres, font partie des pays où des délégations chinoises se sont rendues afin d’étudier les possibilités de signer des contrats d’exploitation.
La frénésie est accentuée par le fait que les réserves en pétrole de la Chine seront quasi épuisées d’ici quatorze ans, alors que jusqu’en 1993 le pays était un exportateur de pétrole, rappelle Time Asia. "L’industrie, en pleine croissance, engloutit des quantités énormes de produits pétrochimiques."
Une situation qui place la Chine en concurrence avec d’autres pays également à la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement en produits énergétiques. "Ce fut le cas avec l’Inde, qui était sur le point de signer un contrat juteux avec le Soudan. Mais, alors qu’ONGC Videsh, la compagnie qui menait les négociations, attendait l’approbation du gouvernement indien nécessaire pour ce genre d’investissement à l’étranger, la Compagnie nationale chinoise du pétrole a remporté le marché en faisant aux Soudanais une proposition plus alléchante", poursuit l’hebdomadaire, en précisant que la Chine a investi quelque 15 milliards de dollars dans des projets pétroliers au Soudan, un pays qui lui assure actuellement 7 % de ses besoins en pétrole. "D’où l’opposition de la Chine au sein du Conseil de sécurité des Nations unies à l’application de sanctions internationales à l’encontre du Soudan", signale l’hebdomadaire.
Mais la Chine n’a pas toujours autant de chance, et l’ensemble de ses investissements à l’étranger ne lui assure que 5 % de ses importations de pétrole, l’obligeant à acheter le reste sur le marché libre. "Il est d’ailleurs difficile de réaliser en une dizaine d’années ce que les compagnies pétrolières essaient de maîtriser depuis un siècle", souligne Time Asia. Ainsi, des négociations sont toujours en cours entre Pékin et Moscou autour d’un projet d’oléoduc reliant les champs de pétrole de la Sibérie aux raffineries de Daqing, dans le nord de la Chine. Un projet qui pourrait réduire les coûts de l’acheminement du pétrole russe vers la Chine et augmenter le flux jusqu’à couvrir 15 % des importations chinoises. Mais la Chine risque de se voir doubler par le Japon, qui négocie de son côté avec la Russie un projet d’oléoduc qui déboucherait sur le port russe de Nakhodka, proche du Japon.
Par ailleurs, la Chine rencontre des problèmes dans l’exploitation de ses propres ressources. Ainsi, un consortium dirigé par la multinationale Shell s’est retiré au mois d’août d’un projet d’exploitation de gaz, alors qu’une partie du projet – la construction d’un gazoduc de 4 400 km reliant l’ouest de la Chine à Shanghai – venait d’être terminée. D’autres chantiers similaires que Pékin souhaiterait ouvrir à l’intérieur du pays ne trouvent pas d’investisseur.
Selon un responsable d’une compagnie pétrolière étrangère basée en Chine, cette situation s’explique par le fait que "les décisions d’investissement des compagnies étrangères sont prises en tenant compte de la rentabilité des projets, alors que les compagnies chinoises dirigées par l’Etat opèrent souvent sur la base des intérêts nationaux", relate Time Asia.
En attendant que ces divers investissements se réalisent, la demande chinoise en pétrole continuera de croître. Même si, à la suite d’un ralentissement de la conjoncture économique, le taux de croissance annuelle de la consommation de pétrole passe de 15 % à 9 % l’année prochaine, la demande de la Chine continuera à peser sur le marché et sur les prix du pétrole, estime Time Asia. "Pour le moment, l’offre mondiale de pétrole arrive encore à satisfaire la demande chinoise, d’autant plus que la Chine a les moyens de payer. Néanmoins, cette demande pousse les prix à la hausse, prévient l’Agence internationale pour l’énergie. Dans vingt ans, la consommation de la Chine sera de l’ordre de 21 millions de barils par jour, soit l’équivalent de la consommation actuelle des Etats-Unis."