Le procès Elf, entamé le 17 mars, touche à sa fin avec les plaidoiries des avocats des trois principaux prévenus: Loïk le Floch-Prigent, PDG du groupe pétrolier de 1989 à 1993, Alfred Sirven et André Tarallo, deux de ses anciens collaborateurs.
Les conseils de Le Floch-Prigent devraient prendre la parole lundi après-midi, ceux de Sirven mardi matin, et ceux de Tarallo le lundi suivant, le 7 juillet.
Leur tâche s'annonce délicate. Les trois hommes "qui ont marché de concert sur le chemin de l'enrichissement indu", selon les termes du parquet, sont soupçonnés d'avoir détourné plusieurs dizaines de millions d'euros des caisses du groupe pétrolier français.
Une peine de cinq ans de prison a été requise à l'encontre de l'ancien PDG, des peines de huit ans à l'encontre de ses deux ex-collaborateurs.
Au cours des trois dernières semaines, les avocats de leurs co-prévenus, qui se sont relayés à la barre, ont presque tous réclamé la relaxe, tentant en particulier de prendre leurs distances - à des degrés divers et à mots plus ou moins couverts - avec ce "trio".
A l'issue de débats qui ont donné lieu à de vives passes d'armes entre les trois cadres dirigeants d'Elf, l'un des enjeux majeurs pour leurs avocats sera surtout de se positionner les uns par rapport aux autres.
Lors de l'audience, Le Floch, qui a admis des "dérapages", a affirmé avoir "la nausée" en entendant Sirven s'abriter systématiquement derrière lui. Ce dernier, qui a également reconnu ses "dérives", a rétorqué que cette nausée était "contagieuse", stigmatisant "l'hypocrisie" de son ancien patron.
"La repentance est un exercice difficile (...) On a plus que dérapé, on a quitté la route", a ironisé le substitut du procureur Hervé Robert, évoquant l'attitude de l'ancien PDG.
Mais c'est pour les avocats d'André Tarallo, qui prendront la parole en dernier, que la tâche devrait être la plus rude. Car si Le Floch et Sirven ont fait des aveux -même partiels- André Tarallo a campé sur ses positions, martelant que les comptes suisses qu'il détenait -alimentés par l'argent du groupe- appartenaient en fait au président du Gabon Omar Bongo.
"Il n'y a aucune raison pour que cette peine soit prononcée parce qu'André Tarallo est parfaitement innocent des faits dont on l'accuse", avait déclaré début juin l'un de ses trois avocats, Me Guillaume Le Foyer de Costil, visiblement abattu, à l'issue du réquisitoire.
Or si la peine demandée par le parquet à l'encontre d'André Tarallo est identique à celle demandé à l'encontre d'Alfred Sirven, l'ancien "Monsieur Afrique" d'Elf n'a jamais effectué le moindre jour de détention.
Le Floch et Sirven, eux, comparaissent détenus.