Gueule béante sur le tarmac de l'aéroport de Libreville, un Transall aux couleurs tricolores enfourne inlassablement caisses, containers et véhicules. Destination: Bunia, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), à plus de 3.000 km et 7 heures de vol, via Entebbe, en Ouganda.
Depuis 1997-1998, le rayon d'action des Troupes françaises au Gabon (TFG), "d'abord limité à l'Afrique centrale, s'est considérablement élargi", constate leur commandant, le colonel Frédéric Beth.
"Les TFG constituent une plate-forme de projection de première urgence dans toute l'Afrique centrale, équatoriale et même en Afrique de l'ouest", comme on l'a vu lors de la dernière crise ivoirienne où "les premiers renforts français sont venus de Libreville", relève leur chef.
Dernières opérations en date: l'envoi de 100 à 150 hommes, début juin, à Bunia, en Ituri, dans le cadre de la force européenne mandatée par l'ONU.
A la mi-mars, les TFG débarquaient à Bangui au moment du coup d'Etat, "moins de 24H00 après leur mise en alerte". Avec une double mission: assurer la sécurité de l'aéroport et permettre l'évacuation de près de 800 ressortissants français et étrangers.
Mi-juillet, 200 militaires des TFG sont toujours stationnés à Bangui où une vingtaine d'autres assurent, depuis fin 2002, le soutien aux quelque 350 hommes de la force de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (Cémac), équipée et financée par la France.
La réactivité, permise par les moyens très complémentaires dont elles disposent en hommes et en matériel, est la caractéristique principale des TFG, assure le colonel Beth.
"Nous avons une capacité de réaction autonome et immédiate", souligne-t-il. Et ce d'autant plus que la chaîne de commandement est très courte: le commandant des TFG est sous les ordres directs du chef d'Etat-major des armées et, dans le processus de décision, "tout se passe en temps réel".
L'ossature des TFG, présentes au Gabon depuis 1965, est constituée par le 6è BIMA (Bataillon d'Infanterie de Marine), "un des seuls bataillons de l'armée française ayant la particularité d'être implanté sur plusieurs pays à la fois".
Des détachements interarmées de soutien renforcent ce bataillon de 650 hommes, soit au total une formation de quelque 1.100 hommes, dont une unité est également basée à Port-Gentil, la capitale économique du Gabon. Des éléments basés à Douala (Cameroun) assurent aussi une mission logistique permanente au profit des pays d'Afrique centrale privés de façade maritime.
Parmi les autres missions en cours des TFG: un soutien au bataillon sénégalais de la Monuc, à Kananga (Kasaï Occidental - centre de la RDC) et Kindu (province du Maniema, est de la RDC), ainsi que des missions de formation dans les pays de la région.
A ceci s'ajoutent bien sûr les relations avec le pays hôte: "mission intérieure de présence dans le cadre des accords de défense de 1960, raison originelle de notre présence ici" et "partenariat avec l'Etat gabonais".
"Les dernières opérations menées (Côte d'Ivoire, Centrafrique, RDCongo), sont une justification parfaite de ce concept de troupes pré-positionnées", retenu par l'Etat-major français, assure le colonel Beth qui, en fin de semaine, vient de céder le commandement des TFG au colonel Bernard Friedling.