Loïk Le Floch-Prigent a créé la surprise mardi soir en reconnaissant pour la première fois très clairement un financement politique par le groupe pétrolier, avouant avoir bénéficié "indirectement" d'une "caisse noire".
"J'ai su l'existence d'une caisse noire à Elf, notamment pour des interventions politiques (...) Cette pratique, je l'ai tolérée car elle a servi Elf", a déclaré M. Le Floch-Prigent, solennellement, à la barre du tribunal. "J'ai bénéficié indirectement de certains règlements, je m'expliquerai sur cette affaire, et je le regrette vivement", a-t-il ajouté. Les débats étaient sur le point de s'achever, aux alentours de 19H15, lorsque l'ancien PDG d'Elf a fait cette déclaration fracassante, au cinquième jour d'audience.
L'ancien PDG d'Elf Loïk Le Floch-Prigent ne sera pas présent mercredi après-midi à la reprise du procès en raison de ses problèmes de santé, a confirmé l'un de ses avocats Me William Bourdon.
Mardi soir, il avait lui-même annoncé qu'il ne pourrait peut-être pas assister aux débats, contraint de consulter "des médecins" à cause de son psoriasis, dont il souffre depuis le début du procès la semaine dernière.
L'ancien patron d'Elf, fragilisé physiquement et psychologiquement depuis le début de ses ennuis judiciaires, a déclaré qu'il tenterait d'être présent "le plus possible".
Mardi, il a été plusieurs fois mis en difficulté par ses deux principaux co-prévenus, Alfred Sirven et André Tarallo, qui l'ont notamment accusé d'avoir défini le modèle de répartition des détournements de fonds opérés dans le groupe. Faisant état d'un financement politique "en France", Loïk Le Floch-Prigent n'a en revanche livré aucun nom.
"Si le président souhaite le questionner sur ses déclarations, il pourra donner des détails", a précisé à la sortie du tribunal l'un de ses avocats, Me William Bourdon, ajoutant toutefois qu'à ses yeux il n'était "pas dans l'intérêt de sa défense" de "donner des noms". La piste d'un éventuel financement politique, qui a plané sur l'affaire Elf tout au long de l'enquête, n'a jusqu'à présent jamais été mise au jour.
Interrogé sur le fonctionnement du groupe qu'il avait dirigé entre 1989 et 1993, M. le Floch-Prigent avait livré durant l'instruction l'analyse suivante : "En ce qui me concerne, j'ai indiqué au président de la République en septembre 1989 la dérive possible du système mis en place par le général de Gaulle. (...) Je lui ait dit : ce système opaque permet tout, y compris cela (le financement politique), je n'ai aucune matière pour vous dire si cela se passe ou pas".
"Aujourd'hui il a fait un pas, ce n'est pas le dernier, il y en aura d'autres", a commenté Me Bourdon à l'issue de l'audience. Pour son autre avocat, Me Maurice Lantourne, cet aveu de Loïk Le Floch Prigent "prouve que ce dernier a envie de s'expliquer, de dire la vérité".
Poursuivi pour des abus de biens sociaux à hauteur de 1,24 milliard de francs (183 millions d'euros) l'ancien patron est soupçonné de s'être enrichi personnellement, en se faisant notamment financer un appartement (9,3 millions de dollars) ou payer son divorce par le groupe Elf (environ 34 MF). Le procès reprendra mercredi à 13H30.
Loïk le FLoch-Prigent, qui a indiqué à la barre du tribunal qu'il devait consulter mercredi "des médecins", a dit à ses défenseurs qu'il n'était pas certain d'être en mesure d'assister aux débats.