LIBREVILLE, 19 mars 1999 (AFP) - La nouvelle suspension d'un journal satirique et l'interdiction de certains programmes d'une radio proche de l'opposition relancent une fois de plus au Gabon le débat sur la liberté de la presse et met sur la sellette la "toute puissance" de l'organe chargé de réguler ce secteur, le Conseil national de la communication (CNC). Créé par une loi organique en mars 1992, le CNC, organe étatique chargé d'assurer le respect de la déontologie dans la presse gabonaise, a été, à de multiples occasions depuis son installation effective en juillet 1997, pointé du doigt par l'ensemble des médias gabonais pour ses décisions contestées. Composé de neuf membres --trois nommés par le président de la République, trois par le président du Sénat, trois par le président de l'Assemblée nationale-- le CNC a une nouvelle fois interdit de parution jeudi l'hebdomadaire satirique la Griffe, proche de l'opposition, "tant que ne seront pas identifiés les responsables de la publication, ainsi que les collaborateurs permanents"."Cette décision est en contradiction avec la loi", a aussitôt sèchement répliqué dans un communiqué l'organisation internationale de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF). "Premièrement, note RSF, les deux derniers numéros de la Griffe comportaient les noms et fonctions des responsables du journal et son adresse sociale. Deuxièmement la loi n'oblige pas les journaux à préciser le nom de leurs collaborateurs et n'exige pas non plus la présence physique de tous les collaborateurs du journal sur le territoire national". Il faut dire que le directeur de publication du journal et son rédacteur en chef avaient pris la fuite à l'étranger en août 1998 apprenant leur condamnation à huit mois de prison ferme pour "diffamation" par le tribunal correctionnel de Libreville. Cette condamnation avait précédé l'interdiction du journal par le CNC.
Le 15 février dernier, La Cour d'appel de Libreville avait finalement cassé cette décision "contraire à la liberté de la presse" et autorisé la "réimpression et la distribution" de l'hebodmadaire. Le journal avait ainsi pu reparaître deux fois avant sa nouvelle interdiction. Quinze jours après la décision judiciaire, le CNC avait alors frappé de sanctions Radio soleil, média proche du Rassemblement nationale des Bûcherons (RNB, opposition): estimant "outranciers les propos tenus à l'égard du président de la République par des auditeurs anonymes" au cours d'une émission en direct, le CNC avait interdit la poursuite de cette émission ainsi que "toutes les émissions en direct à caractère politique". "L'émission +Feed Back+ qui a fait l'objet du courroux du CNC est un concept interactif banal utilisé dans toutes les radios du monde et qui permet aux auditeurs de réagir à une question donnée, au téléphone et en direct", se défend la directrice de cette station Maguerite Makaga Virginus interrogée par l'AFP. "Radio Soleil, qu'on présente à tort comme une radio d'opposition et dont le seul mérite est d'être une radio de proximité attentive aux pulsions sociales des Gabonais, se voit sans cesse menacée et soumise à la pression du gouvernement et du CNC", ajoute-t-elle. Ce sentiment d'injustice face à la toute puissance du CNC n'est d'ailleurs pas l'apanage exclusif des journalistes proches de l'opposition. Le quotidien gouvernemental L'Union, dans un de ses récents billets à propos de l'élection présidentielle de décembre dernier s'en prenait également au président du CNC Pierre Marie Dong qu'il accusait d'être "en passe de devenir un potentat de la communication au Gabon". "Le CNC, écrivait l'auteur de ce billet, a, outre la compétence de réguler la communication au Gabon, celle également de désigner les journalistes devant animer les émissions à la télévision. Et pendant qu'on y ait, concluait-t-il, pourquoi n'interviendrait-il pas dans les salles de rédaction pour imposer sa ligne éditoriale?".
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