(La Lettre du Continent, No. 316 du 05/11/98) - C'est à la dernière minute que le président Bongo a renoncé à effectuer une visite aux Etats-Unis du 5 au 9 octobre parce qu'il n'était pas assuré d'être reçu par Bill Clinton. Un échec qui serait dû à la fois au lobbying de l'opposition - qui a fait voter à la Chambre des députés et au Sénat de véritables mises en garde pour les présidentielles du mois de décembre - et à une mauvaise préparation de cette visite. C'est au mois d'août que ce voyage a été préparé à l'initiative du directeur adjoint du cabinet présidentiel Jean-Marie Adze et du missi dominici Abbas Haidara (voir Affaire Morning Star: LC NO. 293).
Un contrat de 350 000 $ a été signé avec le cabinet de lobbying Barron-Birrel dont 100 000 $ ont été immédiatement déboursés comme acompte (contrat enregistré au département américain de la justice sous le NO. 4729). Des congressistes comme Bill Archer (Républicain du Texas), E. Clay Shaw (Floride) et John Tanner (Tennessee), qui avaient effectué au printemps une visite à Libreville, avaient fortement encouragé ce voyage auprès des responsables américains. Dans une lettre adressée le 14 septembre à William S. Cohen, le Secrétaire d'Etat à la Défense, Bill Archer expliquait ainsi que sous "le leadership du président Bongo, le Gabon était devenu un îlot de stabilité...".
La plupart des rendez-vous pris pour le président Bongo ne pouvaient toutefois être honorés, pour des raisons de calendrier, en particulier ceux avec les Secrétaires d'Etat Madeleine Albright et William Cohen. Ce dernier s'entretenait avec le directeur de la CIA et s'envolait pour l'Arabie saoudite au moment où il devait recevoir "virtuellement" le président gabonais. Mais le vrai quiproquo était avec la Maison Blanche: alors que le cabinet du président gabonais avait réussi à obtenir à la dernière minute, grâce à d'autres lobbyistes (en particulier Joe Szlavik) et à l'intermédiation du sénateur démocrate William Jefferson (Louisiane), un rendez-vous avec Bill Clinton - un entretien de 25 minutes le 8 octobre -, le président gabonais a préféré reporter à l'an prochain ce voyage. Le 23 octobre, les responsables de Barron-Birrel ont été reçus avec Abbas Haidara par le président Bongo après avoir fait antichambre pendant plusieurs heures. Explications de gravures... Ils ont cependant réussi à le persuader que cet échec était dû à un responsable de l'ambassade américaine de Libreville. Ils ont obtenu 100 000 nouveaux dollars pour remettre ça...
Entre-temps, les lobbyistes de l'ancien grand argentier Jean-Pierre Lemboumba, comme Jean-Marie Coulbary (également le conseiller en communication du père Paul Mba Abessole, LC NO. 315), ont réussi à faire passer les 16 et 21 octobre une résolution à la Chambre des députés (par Alcee Hastings de Floride) et au Sénat (par le sénateur Richard Lugar de l'Indiana) sur la nécessité de la transparence des élections de décembre 1998 en faisant référence à des "irrégularités" lors des présidentielles de 1993...
Compliqués les Etats-Unis! Le président Omar Bongo a beaucoup moins de soucis avec ses vieux amis de la classe politique française qui se succèdent actuellement à Libreville (voir page 7). Même au niveau de la Commission parlementaire européenne du Développement et de la Coopération, ils le défendent, comme l'ancien premier ministre Michel Rocard. Lors d'un bref échange de vues, le 24 octobre dernier, sur les prochaines élections présidentielles au Gabon, Michel Rocard a annoncé que la situation dans ce pays serait débattue lors de la réunion des 24, 25 et 26 novembre avec la participation de Catherine Tasca, présidente de l'Association France-Gabon et présidente de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, et de l'ambassadeur du Gabon auprès de la Commission européenne. Au député démocrate-chrétien espagnol Carlos Robles Piquer qui s'interrogeait sur la corruption ou l'honnêteté de l'administration gabonaise, Michel Rocard a assuré que "la corruption au Gabon était à un niveau relativement bas" mais qu'il faudrait du temps "avant que la démocratie n'éclose" (sic). Quand à la division de l'opposition, elle serait due, selon l'ancien premier ministre, à la seule "nature concurrentielle des politiques d'opposition".
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