Paul Mba Abessole: Président du Rassemblement national des bûcherons (RNB) et maire de Librevile.
Opposant historique à Omar Bongo et maire de Libreville, le père Paul Mba Abessole, avec 13 % des voix, n’est arrivé qu’en troisième position à l’élection présidentielle du 6 décembre, derrière le président Omar Bongo, mais aussi Pierre Mamboundou, le leader du Haut Conseil de la Résistance (HCR). Depuis le scrutin, il ne s’est pratiquement pas exprimé dans les médias, mais a fait une exception pour J.A.
Propos recueillis par MARC PERELMAN Jeune Afrique du 16 au 22 février 1999
JEUNE AFRIQUE: Vous êtes resté très silencieux depuis l’élection du 6 décembre. Quelle réflexion vous inspire-t-elle aujourd’hui?
PAUL MBA ABESSOLE: Il n’y a pas eu d’élection au Gabon. J’avais dit sur tous les tons que le pouvoir était incapable d’organiser la consultation dans la transparence, mais personne ne m’a écouté... On ne peut pas demander à un enfant de sixième de résoudre une équation d’un niveau de terminale. Mais aujourd’hui, je ne veux plus en parler.
Qu’allez-vous faire désormais?
Ma priorité, c’est la mairie. Je vais tenter d’y faire tout ce qui pourra l’être, si on m’en laisse la possibilité. Après, on verra.
Pensez-vous être désormais en mesure d’accomplir pleinement votre travail de maire?
J’ai rencontré le président Bongo à deux reprises, au début du mois de janvier. Nous avons décidé, conformément à la loi, de transférer à la mairie les fonds provenant de la collecte des ordures ménagères, soit 3,3 millions de F CFA. J’ai également obtenu le départ du secrétariat général de la mairie de Chris Kombila, un membre du comité directeur du PDG (le parti au pouvoir), et son remplacement par Laurent Minko-Bengone, l’un de mes proches. Et nous allons avoir des policiers municipaux sous nos ordres.
L’élection passée, la cohabitation entre la mairie et le « palais du Bord de mer w sera-t-elle plus facile?
Que ce soit bien clair je n’ai rien demandé d’autre au pouvoir que d’appliquer la loi. Le budget de la mairie, je ne le réclame pas comme un cadeau, mais comme un droit, celui de percevoir les taxes qui nous sont dues.
Si on vous le proposait, accepteriez-vous d’entrer au gouvernement?
Depuis 1990, le RNB répète qu’il ne souhaite pas participer à un gouvernement d’union nationale.
Envisagez-vous de collaborer avec Pierre Mamboundou?
Arrivé deuxième à l’élection, il devient le leader de l’opposition. C’est donc à lui de tendre la main à l’honorable troisième que je suis. Je suis prêt à m’entendre avec tout le monde à partir du moment où il existe, disons, 60 % de points communs. À lui de voir...
La campagne a été plus calme que les précédentes. Craignez-vous néanmoins des troubles, dans les mois à venir?
Si la paix civile règne au Gabon. c’est grâce à l’opposition. Regardez ailleurs: ce sont les opposants qui ont pris les armes! Mais rappelez-vous en 1993, des incidents ont eu lieu plusieurs mois après le scrutin. J’espère que cela ne se reproduira pas.
Vos rapports avec Omar Bongo ont-Ils changé?
M. Bongo n’est pas mon ennemi, c’est un compatriote. Nous sommes dans le même bateau, et n’avons pas intérêt à faire le coup de poing. Quand nous nous rencontrons en tête à tête, ce que j’évite au maximum de faire pour que les gens n’aillent pas raconter n’importe quoi, l’entretien est toujours très courtois. Il me dit souvent: "Toi et moi, on est les modèles du pays. Nous sommes continuellement traînés dans la boue par la presse et nous ne portons jamais plainte contre personne. "Et c’est vrai : ce qu’on a écrit sur M. Bongo et sur moi est absolument inimaginable! Mais je maintiens que lui demander d’instaurer la démocratie et un État de droit, c’est lui demander l’impossible.
Avez-vous songé à vous retirer définitivement de la politique?
Vous savez, on dit que Mba Abessole est sur le déclin depuis 1989... Arrêter mon combat? Je l’ai envisagé. Mais je ne suis ni désabusé ni découragé. Il faut continuer la route.
Songez-vous à passer la main?
Quand je suis entré en politique, je n’avais pas l’intention d’y rester aussi longtemps. Quand on dirige un parti, on ne peut pas dire « je vais passer la main ", ce serait prendre le risque d’aiguiser des ambitions néfastes. Mais passer la main est une chose à laquelle tout être normalement constitué doit penser en permanence. Et, en effet, j’y pense. Si j’arrive un jour au pouvoir. ce sera bien. Mais si c’est quelqu’un qui se réclame de mon école de pensée qui y parvient, dans deux ou trois ans, tant mieux !
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