Montclair, USA (26 avril 1999) - Décidément, Omar Bongo est incorrigible. C'est à croire qu'avec l'âge, celui qui a usurpé le pouvoir au Gabon depuis 1967 se fait non seulement de plus en plus gâteux (conséquence du vieillissement?), mais de plus en plus incorrigible (comme tous les vieux qui ne supportent pas que l'on remette en cause leur sagesse). Se croyant roi du Gabon depuis 1967, Bongo semble s'être résolu à considérer toute critique comme une attaque contre sa personne. Dans son esprit plus que jamais torturé par la peur du coup d'état, celui qui se dit roi du Gabon s'est fixé comme objectif ultime de s'entêter jusqu'au bout, pour donner une leçon à tous ceux-là qui ont osé porter atteinte à son intégrité. "Qu'ils me fassent donc partir!", l'entend-on clamer ici ou là.
Le drame qui ressort de cet entêtement de Bongo est qu'il reste incorrigible non seulement dans son refus de quitter patriotiquement et honorablement le pouvoir, mais aussi dans son refus obstiné de réformer son système.
Soit! Bongo a conservé le pouvoir par la fraude le 6 décembre 1998. Eût-il été intelligent, Bongo aurait dû utiliser l'opportunité de cette "ré-élection" pour réformer entièrement son système. Hélas, comme on pouvait s'y attendre, Bongo est devenu tellement gâteux qu'il n'a jamais voulu céder à la critique. Pour lui, céder à la critique c'est faire signe de faiblesse. C'est ainsi que, comme au bon vieux temps, Bongo a préféré recycler les vieux membres de son gouvernement, offrant donc au pays un nouveau gouvernment fait des vieilles "bouilles" connues et usées que les Gabonais ne souhaitaient plus voir.
Le pire c'est quand, comme on pouvait s'y attendre, Bongo nomme Ntoutoume Emane à la primature gabonaise. Cet éléphant fossilisé de la politique gabonaise, après plus de deux décennies auprès de Bongo, est devenu l'ombre de l'intellectuel multi-diplômé qu'il est. C'est que le mariage avec le régime Bongo ne pardonne jamais: ça lessive! La nomination de Ntoutoume Emane constituait donc pour Bongo un message très clair fait aux Gabonais: "Aboyez comme vous voudrez, ma caravane passera".
Depuis sa nomination en janvier dernier, Ntoutoume Emane n'a pour l'instant offert que des discours. Le régime Bongo semble de nouveau vaquer avec une tranquilité surprenante, à ses habituelles occupations: celles de l'inactivité chronique. On ne croirait pas le Gabon dans une situation de crise! Aucune mesure pratique d'envergure n'a été annoncée, aucune réforme. C'est l'immobilisme total. Sous d'autres cieux, un nouveau gouvernement s'annonce toujours dans la fanfare de réformes de taille, de manière à galvaniser la nation dans une nouvelle donne qui permet de marquer la différence d'avec le passé. Dans la cas présent, l'on n'a senti aucune cassure, rien qu'une continuité moribonde qui, de Mebiame Mba à Oyé Mba, d'Oyé Mba à Obame Nguéma, puis de Obame Nguéma à Ntoutoume Emane, a été un long fleuve tranquille dans lequel aucune des personalités mentionnées ne s'est distinguée des autres de par une action d'envergure.
Cette continuité moribonde a une signification, cependant. Ils se sont tous noyés dans le fleuve du système Bongo. Bongo étant toujours là, aucun de ces permiers ministres n'a pu rien réformer. Bongo s'y refuse avec la force des dernières années de vie et de pouvoir qui lui restent.
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