Toute la classe politique est atteinte du syndrome
Il y a près de deux ans, a eu lieu en République gabonaise, un débat assez houleux, et donc passionné sur la non limitation du mandat du Président de la République. D'aucuns ont dénoncé l'instauration d'une « monarchie constitutionnelle » qui ne disait pas son nom.
L'actuel Président de la République était accusé à tort ou à raison de chercher à demeurer éternellement au pouvoir, comme si l'amendement constitutionnel stipulait que seul Omar Bongo Ondimba pouvait se présenter autant de fois qu'il veut à la magistrature suprême.
Les critiques les plus acerbes oubliaient même, qu'en 1990, lors de la conférence nationale, les Gabonais avaient ré adopté la démocratie et le multipartisme, et qu'il revenait désormais au peuple de dire qui doit diriger ou continuer à diriger le pays.
C'est, dit-on, la souveraineté du peuple. Aucune loi et autres dispositions constitutionnelles ne peuvent se mettre au travers. Curieusement, ceux qui reprochaient au Président Omar Bongo Ondimba, cette obsession de demeurer éternellement au pouvoir, ne sont guère des exemples en la matière.
Depuis 1990, peu de formations politiques gabonaises ont changé de tête. Passons-les en revue une à une.
- Le RPG : né de la scission au sein du Mouvement de redressement national, le RNB devenu RPG n'a guère changé de tête depuis lors. Paul Mba Abessole, son leader n'y pense même pas. Au cours des congrès qui se sont succédés - ils en sont au 5e ordinaire - cette question n'a jamais été à l'ordre du jour. Du RNB donc au RPG, Paul Mba Abessole demeure aux commandes de sa formation politique, et tel un « gourou », ses fidèles lui obéissent à l'œil et au doigt. Tous ceux qui ont voulu contester ses stratégies, ses tactiques ou ses décisions ont toujours été considérés comme des hérétiques, et ont été victimes des épurations à la hache. Ce n'est pas par conséquent, demain qu'on verra quelqu'un d'autre à la tête du RPG.
- Le PGP : créé, dans le tumulte de la conférence nationale de mars -avril 1990, il n'a connu jusqu'alors que Me Pierre Louis Agondjo Okawé aux commandes. Proche de sa retraite politique, ce dernier s'apprête à passer le flambeau. Et là la succession, au risque d'être démenti en mars prochain, sera presque consanguine, et donc de « lignée royale ».
- L'UPG : c'est la formation la plus énigmatique du paysage politique gabonais. Aussi énigmatique que l'est son chef, Pierre Mamboundou. Depuis qu'elle existe, elle n'a jamais tenu de congrès ou autre assise publique d'envergure. Ses organes dirigeants sont presque inconnus. A telle enseigne que l'UPG se résume à « une seule voie, un seul chef, une seule ligne politique » : Pierre Mamboundou. Ayant un comportement presque de « gourou » aux « pouvoirs mystiques », disent ses adeptes, personne à l'intérieur du parti ne peut lui revendiquer le leadership.
- Le FAR : ce parti avait suscité beaucoup d'espoirs lors de sa création en février 1992. Aujourd'hui, Léon Mbou Yembi en a fait une affaire clanique, voire familiale. Le Forum africain pour la reconstruction n'est plus que le FORUM de Guiétsou pour la reconstruction (FGR). Léon Mbou Yembi se veut le seul maître à bord, et n'entend pas céder la place à qui que ce soit.
- Le CDJ : depuis que cette formation politique a vu le jour au sein du paysage politique gabonais, il y a eu deux dirigeants - une exception - Marc Saturnin Nang Nguéma et Jules Bourdes Ogouliguendé. Et depuis que ce dernier y est aux commandes, les choses ne semblent pas bouger. C'est l'immobilisme tant au plan organisationnel que du renouvellement des instances de direction.
- Le PSD : véritable cellule familiale depuis plus d'une décennie, ce « parti » s'identifie à son chef, Pierre Claver Maganga Moussavou. Il en fait ce qu'il veut. C'est ainsi qu'il peut le balader de l'opposition radicale (sic !), à la majorité présidentielle, en passant par une mise en réserve de la République, sans que personne y trouve à redire. II y est aux commandes depuis la création et entend y rester, tant qu'il peut s'en servir à toutes fins utiles.
Tous les autres groupuscules qui se réclament de l'opposition ou de la majorité présidentielle ont aussi chacun, un « gourou » inamovible à la tête. Ils y sont et ils y restent. Nous voulons donc bien croire que seul Omar Bongo Ondimba serait atteint du syndrome de la longévité aux affaires, mais nous sommes curieux de constater que ceux qui le pourfendent ne font pas montre d'exemples. Comme quoi, le pouvoir est une drogue dont l'humain - à quelques exceptions près - a du mal à se débarrasser.