Cet événement qui sera commémoré demain est historique. Ces Accords entre l'Exécutif et sa majorité et le Haut conseil de la résistance furent conclus dans un contexte de grave crise politique ayant fait craindre le pire en février 1994. A un an de l'élection présidentielle, il n'est pas vain de célébrer à l'unisson l'esprit desdits "Accords de Paris".
LE dixième anniversaire des " Accords de Paris " qui sera célébré demain, vendredi 17 décembre, sera à marquer d'une pierre blanche dans les annales de l'histoire politique nationale. C'est un grand jour, où la classe politique est appelée à se rassembler en faisant preuve en cette circonstance d'esprit républicain pour être en première ligne en vue de cette commémoration solennelle.
En principe, cela fait deux mois que ces festivités devaient être organisées, étant donné que ces Accords ont été obtenus après trois semaines de négociations vives dans la capitale française, avant d'être officiellement paraphés à Libreville par les protagonistes. Le chef de l'Etat, M. Omar Bongo Ondimba les a ensuite signés, avant que plus tard le peuple les approuve, via, un référendum.
A la veille de ces festivités d'un jour, il y a des enjeux importants qui entourent ces manifestations. Un fait majeur d'abord, l'histoire de ces Accords témoigne de la période tumultueuse empreinte de soubresauts, et de dérapages marqués par de multiples drames vécus durant cette période.
Hélas, il y a un lien entre ces soubresauts du processus démocratique en 90, toutefois la tension avait atteint son pic trois ans plus tard au sortir de l'élection présidentielle remportée par le président Bongo Ondimba. Par contre, l'opposition avait contesté les résultats du scrutin en se lançant dans une véritable "guérilla". Ce qui était davantage en cause, c'étaient les conditions d'organisation du scrutin; et même de toutes les élections s'étant déroulées sur le territoire national. Les jours qui suivirent virent se multiplier les affrontements au point d'assombrir dangereusement l'horizon.
On en était au seuil du non retour lors des journées tragique de février 94 qui avaient amené le pays au bord de la rupture. Fort heureusement, des négociations cruciales allaient s'ouvrir entre la majorité au pouvoir et l'opposition réunie au sein du Haut conseil de la résistance. Les fils du dialogue ont été établis entre les deux très rapidement, officieusement, dans le cadre des pré-négociations grâce auxquelles ils ont pu rétablir la confiance mutuelle entre les deux camps.
CLE DE VOÛTE•Les "Accords de Paris", en eux-mêmes, constituent la cerise sur le gâteau de cette foi dans les valeurs sacrées du dialogue. qui aboutit souvent au "consensus à la gabonaise" pour prévenir l'irréparable. Ce qui, se dégage de ce que l'on a vécu terriblement avant ce résultat unique à mettre à l'actif de la classe politique, c'est qu'il s'agit au fond de "maladies infantiles de la démocratie".
Tout faire, pour ne jamais atteindre ce que le chef de la délégation de l'Exécutif et sa majorité pendant ces négociations, l'actuel Premier ministre Jean-François. Ntoutoume Emane, avait appelé " le point limite du supportable", était à tout le moins aussi le leitmotiv de la délégation du HCR présidée par le leader du Parti gabonais du progrès, Pierre-Louis Agondjo Okawé. L'un et l'autre, après la naissance des "Accords de Paris" les ont qualifiés de grandes avancées.
A l'heure de cette fête - anniversaire, en terme de bilan, on n'hésite pas à s'interroger sur le bilan de ce processus. Politiquement, il est positif s'accorde-t-on à reconnaître. Les "Accords de Paris" devaient s'appliquer oui une période donnée, ils l'ont été. Ils prévoyaient la mise en place d'un ensemble d'institutions à même de garantir la transparence électorale, celles-ci ont vu le jour. Entre autres, la Commission nationale électorale indépendante.
"Cette Commission, n'en déplaise aux détracteurs des Accords, constitue une avancée démocratique incontestable", avait lancé au terme des négociations le président du PGP. Me Agondjo s'était réjoui, que dorénavant le ministre de l'Intérieur ne soit plus le destinataire d'un quelconque procès-verbal électoral. Mais cet organe tarde depuis à prendre son envol. Il y avait enfin l'entrée des magistrats dans l'organisation des scrutins.
Conformément aux Accords, au cours de maintes élections, la CNE a été aux mains des juges. Aujourd'hui, s'ils ne font plus partie du processus électoral, c'est encore l'opposition qui les en a "évacués" plus tard, après avoir plaidé en leur faveur à Paris. Pour autant, cela n'occulte en rien l'autre question qui vient à l'esprit au regard de l'atonie du CND concernant application sur le terrain.
Qu'à cela ne tienne, en définitive, il y a ceci d'indiscutable que l'esprit des "Accords de Paris" est plus fort que toute autre critique négative tendant à minimiser leur apport à la stabilité du pays. Les négociateurs n'ont pas porté atteinte aux principales institutions constitutionnelles du pays. Le régime sémi-présidentiel demeure. Le président de la République qui en est la clé de voûte, n'a pas vu une seule de ses prérogatives écornées. Il est le chef de l'Etat et le président de tous les Gabonais. A juste titre, un acteur politique a noté :
" Les Accords de Paris nous paraissent, de la sorte, allier l'audace et la raison". Le "oui" massif lors du référendum organisé sur lesdits Accords prouve que là réside peut-être l'essentiel à réserver sur le chemin difficile de la construction de la démocratie. Alors que de grandes échéances électorales pointent à l'horizon 2005, dans le contexte actuel de découvertes d' "armes de guerre", il n'est pas vain de mentionner ce message fort qui rend sans cesse actuel le contenu politique des "Accords de Paris" :
" Plus jamais ça". Il s'agit d'un cri de colère et d'horreur exprimé par le peuple.