La classe politique gabonaise a fêté vendredi le 10ème anniversaire des accords qui ont scellé sa réconciliation en 1994, en l'absence remarquée de quelques opposants au président Omar Bongo Ondimba.
Le président gabonais en a profité pour mettre en garde "certains acteurs politiques" qui pensent que "le pouvoir se trouve au bout des armes et non dans les urnes".
Dix ans plus tard, l'essentiel des acteurs politiques du pays s'est retrouvé à Libreville pour célébrer avec la solennité de rigueur les vertus du "dialogue", de la "tolérance" et de la "paix".
Le chef de l'Etat a rappelé l'importance de cette "page importante de l'histoire" du Gabon. "Notre pays, dans la passion d'une démocratie naissante, a su éviter les écueils de la division et continuer dans l'unité et la paix son chemin vers le développement", s'est-il félicité.
"Cette célébration (...) nous rappelle fort à propos que le dialogue et la tolérance sont des vertus cardinales", a poursuivi le chef de l'Etat. "La paix est un bien précieux (...) Aussi devons-nous tous ensemble conjuguer nos efforts pour la conforter et construire un développement durable".
Signe de cette concorde, plusieurs opposants alors irréductibles, signataires de l'accord, ont depuis rallié le camp présidentiel, comme le père Paul Mba Abessole. Lui aussi passé de la contestation aux maroquins ministériels, l'organisateur des festivités Pierre-Claver Maganga Moussavou a vanté vendredi les mérites de "cet accord modèle".
"Certes, les décisions (prises en 1994) n'ont pas toutes abouti (mais) les Gabonais peuvent aujourd'hui jouir de leurs libertés", s'est réjoui le ministre d'Etat en charge des Missions et de la Refondation.
Voulue comme une fête de l'unité politique, la journée de vendredi a toutefois souffert d'un sérieux "couac", l'absence remarquée d'une série de rivaux historiques du président Bongo, restés eux dans l'opposition.
Ce fut notamment le cas de Pierre Mamboundou, chef de l'Union du peuple gabonais (UPG), et surtout de son alter ego du Parti gabonais de progrèsPierre Louis Agondjo Okawé, l'un des artisans des accords de Paris, qui devait prendre la parole au nom de toute l'opposition.
Dans son discours, le "rallié" Pierre-Claver Maganga Moussavou a tancé ces absents, "qui auraient dû être là pour faire preuve de patriotisme". "Dialoguer n'est pas un signe de faiblesse mais plutôt de courage", a-t-il martelé.
"Les accords de Paris n'ont jamais été appliqués", lui a rétorqué un des absents, le secrétaire général du Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ) Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé. "Dix ans après, l'opposition est toujours aussi mal considérée et nous sommes écoeurés par la façon dont ce pays est géré", a-t-il déclaré à l'AFP.
Dans un communiqué publié vendredi soir, le CDJ, le PGP, l'UPG et le Mouvement d'émancipation socialiste du peuple (MSP) ont estimé qu'"aucun" point desdits accords n'a été appliqué et ont dénoncé "l'accaparement de cet évènement" par le camp présidentiel.
A un an du prochain scrutin présidentiel, le président Bongo a profité des célébrations de vendredi pour adresser à tous ces inflexibles une sévère mise en garde. "Certains acteurs politiques continuent de croire que le pouvoir se trouve au bout des armes et non dans les urnes", a-t-il déclaré.
"Ils commencent déjà à prêcher le recours à la violence au cas où ils ne seraient pas, en 2005, l'élu des gabonais (...) A ceux-là, je dis attention , aucun désordre ne sera plus toléré", a-t-il averti.
Ces dernières semaines, l'opposant Marc Saturnin Nan Nguema et le responsable d'un mouvement politique, par ailleurs patron d'une société de gardiennage, ont été incarcérés pour détention d'armes de guerre. Alors président du CDJ, M. Nan Nguema avait signé les accords de Paris.