A la mémoire des acteurs des Accords de Paris qui nous ont quittés depuis lors, je demande de garder une minute de silence.
Mesdames et Messieurs les chefs des partis politiques
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers compatriotes
Je suis particulièrement heureux ce 17 décembre 2004 de me retrouver avec la classe politique gabonaise pour la célébration du 10e anniversaire des Accords de Paris, signés dans cette même salle en 1994.
Notre rencontre de ce jour est, à mon sens, un temps fort. Elle vient nous rappeler que, grâce à la lucidité de ses fils, notre pays dans la passion d'une démocratie naissante a su éviter les écueils de la division et continuer dans l'unité et la paix son chemin vers plus de développement.
Souvenons-nous des moments difficiles où les Gabonais ne se parlaient plus, ne se fréquentaient plus, se regardaient à peine. Bien des personnes présentes dans cette salle ont vécu et souffert de ces faits.
Pour ma part, chef de l'Etat, garant des institutions, j'ai dû, devant la gravité de la situation, faisant fi de mes prérogatives, aller au devant de certains de mes compatriotes pour préserver la cohésion de notre pays. Notre fierté à tous est d'avoir écrit avec le peuple gabonais, qui a avalisé ces accords par référendum, une page importante de l'histoire de notre pays. Ces accords de Paris sont et demeurent l'oeuvre collective du peuple gabonais auquel nous disons merci, comme nous disons merci également à tous ceux qui ont contribué à leur aboutissement.
Parmi ceux-ci je voudrais citer, de manière particulière, le camarade Zacharie Myboto, Jean-François Ntoutoume Emane et Pierre-Louis Agondjo Okawé, ouvriers de la première heure, que j'ai moi-même chargés d'engager ce processus.
Mesdames et Messieurs les chefs des partis politiques,
La célébration du 10e anniversaire des Accords de Paris est sûrement un moment exceptionnel. Elle nous rappelle fort à propos que le dialogue et la tolérance sont des vertus cardinales, vertus sans lesquelles la paix est impossible.
Cette célébration doit donc nous permettre de regarder au fond de nous-mêmes, de tirer parti de nos forces et de nos faiblesses pour mieux asseoir notre démocratie, conforter la paix et envisager l'avenir avec sérénité. Ce regard sur nous-même est un exercice de courage et de vérité. En effet, un peuple sans mémoire est un peuple qui, faute de repères, court à sa perte.
C'est le lieu d'appeler à la vigilance car certains acteurs politiques continuent de croire que e pouvoir se trouve au bout des armes et non dans les urnes. Ils commencent déjà à prêcher le recours à la violence au cas où ils ne seraient pas, en 2005, l'élu des Gabonais.
A ceux-là je dis : le Gabon a les yeux fixés sur eux. Tout le monde est au courant des campagnes qu'ils mènent dans les quartiers, dans les villages, à l'intérieur du pays, pour intoxiquer les populations sur leur prétendue victoire volée lors des précédentes élections présidentielles. Malheur à ceux qui croient à ceux-là, car je dis et je le répète, il n'y aura plus la rue à X ou à Y; la rue nous appartient tous. Et désormais, à l'exemple de ce qui se passe ici et là, nous avons les yeux ouverts. Le Gabon ne saurait trop souffrir du manque de démocratie et de démagogie de tous genres. A ceux-là je dis encore et surtout «Attention, attention, aucun désordre ne sera toléré».
Mesdames, Messieurs,
La paix est un bien précieux. Aussi devons-nous tous ensemble conjuguer nos efforts pour la conforter et construire un développement durable.
En effet, la démocratie .ne peut avoir de réelles chances de prospérer que si elle est sous-tendue par le développement économique et social. Et aucun développement n'est possible sans l'existence d'un climat de paix.
Lé dialogue, la tolérance et la air sont notre force. Nous devons y faire référence chaque fois qu'il est question de l'intérêt de notre pays. C'est dans cet esprit que j'ai toujours voulu associer tout le monde, par delà les différences, à la gestion de l'Etat. J'ai appelé cela la démocratie participative. Elle est source dé cohésion et de solidarité dans la vérité et le respect de l'autre, dans sa différence. C'est aussi un facteur majeur de stabilité et de progrès. Ne perdons jamais cela de vue un seul instant.
Parler avec l'autre ne signifie pas trahir ses convictions. Parler avec l'autre, c'est refuser l'incompréhension, source bien souvent de déchirements.
Parler avec l'autre, c'est construire ensemble dans l'intérêt de tous.
Ce fut cela les Accords de Paris.
Puisse le Tout-Puissant porter son regard bienveillant sur notre pays, le préserver de tous les maux et l'inonder de ses grâces.
Que Dieu bénisse le Gabon.
Je vous remercie.