Dix ans après les accords de Paris entre le président gabonais Omar Bongo et l'opposition, qui avaient mis fin à une grave crise émaillée de violences parfois armées, des armes de guerre sont récemment réapparues au Gabon, dans deux affaires distinctes mais rapprochées.
A quelques jours d'intervalle, une figure de l'opposition gabonaise, Marc Saturnin Nan Nguema, et le patron d'une entreprise privée de sécurité, Hervé Patrick Opiangah, créateur d'un nouveau parti, ont été arrêtés en novembre et incarcérés pour "détention d'armes de guerre".
Ces deux affaires "n'ont aucun lien entre elles", soulignent des sources proches de l'enquête à l'AFP, mais ont fait ressurgir le spectre des heures les plus violentes de la vie politique gabonaise, nées de la victoire contestée du président Bongo lors de la présidentielle de décembre 1993.
Les armes saisies chez M. Nan Nguema datent d'ailleurs du début des années 90 quand, peu après l'avènement du multipartisme, les opposants ont commencé à armer de petites milices, officiellement pour se protéger.
Devant le juge, M. Nan Nguema a d'ailleurs reconnu avoir acquis ces armes à cette époque "pour se protéger alors qu'il militait activement dans l'opposition", selon son avocat Me Francis Nkéa, ajoutant que "ces armes n'avaient plus aucun intérêt pour lui".
Selon ces sources proches de l'enquête, les armes, découvertes par la police dans le cadre d'une affaire de droit commun, étaient toutefois enterrées parfaitement graissées et emballées et en parfait état de marche. "Ca ne veut pas dire qu'il avait l'intention de s'en resservir mais il les avaient sans doute gardées au cas où", tempère une de ces sources.
Les armes en possession desquelles la police affirme avoir arrêté Hervé Patrick Opiangah, alors qu'il manifestait pour réclamer la légalisation de son parti, l'Union pour la démocratie et l'intégration sociale (Udis), et celles découvertes ensuite à son domicile sont beaucoup plus récentes.
Et l'individu, réputé longtemps très proche d'Ali Bongo, actuel ministre de la Défense et fils du chef de l'Etat, plus sulfureux.
Les observateurs attribuent sa fortune à ses liens avec le pouvoir et estiment que son entreprise de sécurité, Vigile Service, a servi à fournir des "gros bras" dans le cadre de luttes au sein du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) ou contre l'opposition.
En revanche, nul n'explique ce qu'il comptait faire avec des armes devant la présidence de la République. "Tout le monde a le droit d'assurer sa propre sécurité", a indiqué à l'AFP son avocat, Me Bertrand Homa Moussavou.
"Il s'est considéré comme intouchable, ce qu'il était jusqu'à un passé récent, mais ce n'est plus le cas", notamment en raison de dissensions avec Ali Bongo, explique une source proche des milieux policiers.
Très riche, influent et à la tête d'au moins 400 vigiles armés, le personnage, qui avait publié en 2003 et 2004 des tribunes très violentes contre le pouvoir lors de la création de son parti, a pu finir par inquiéter les autorités, qui ont profité d'un faux-pas pour le neutraliser.
D'autant que sa popularité grandissait dans les quartiers populaires de Libreville, grâce à des distribution gratuites de sacs de riz et autres denrées, ou auprès des jeunes via le sponsoring de clubs sportifs ou l'organisation de "stages de mise en condition".
Des sources proches de l'enquête minimisent la gravité des deux affaires. "Des armes de guerre, on en trouve partout au Gabon", explique l'une d'elle, notamment en provenance du Congo voisin, qui a connu plusieurs années de guerre civile au cours des années 1990.
Reste qu'à un an de la présidentielle, le chef de l'Etat, en célébrant vendredi les dix ans des accords de Paris, a toutefois cru bon de mettre en garde ceux qui "continuent de croire que le pouvoir se trouve au bout des armes et non dans les urnes".