Année de scrutin présidentiel au Gabon, 2005 pourrait bien être celle du retour en force sur la scène politique de Zacharie Myboto, longtemps fidèle du président Omar Bongo Ondimba et ancien "baron" du pouvoir tombé en disgrâce en 2001.
L'homme est un cas à part dans le paysage politique gabonais.
Longtemps haut responsable du Parti démocratique gabonais (PDG, ex-parti unique), il fut ministre sans interruption durant un quart de siècle avant de démissionner - fait rarissime au Gabon - en janvier 2001 du convoité portefeuille des Travaux publics qu'il détenait depuis dix ans, à l'issue d'une campagne de critiques de son action en matière de réseau routier.
Devenu simple député du Haut-Ogooué, la province natale du chef de l'Etat, il s'est depuis posé en électron libre au sein du parti présidentiel et pourfend régulièrement le régime, comme ce fut le cas en 2003 pour dénoncer une réforme constitutionnelle voulue par le président Bongo.
A un an du scrutin de décembre 2005, Zacharie Myboto, aux supposées ambitions présidentielles, vient de se signaler par une lettre au chef de l'Etat, soigneusement rendue publique, dans laquelle il demande un débat public sur l'état catastrophique du réseau routier gabonais.
Même si l'intéressé a assuré à l'AFP que ce débat ne visait qu'à "rétablir la vérité" après la campagne de "calomnies" qui a conduit à son départ du gouvernement, nombre d'observateurs y voient déjà le premier acte du "retour de Myboto" au premier plan de la scène politique gabonaise.
De fait, la lettre de l'ancien ministre n'est pas passée inaperçue. Coïncidence ou pas, le gouvernement s'est saisi quelques jours plus tard du dossier des routes, annonçant un ambitieux plan de relance du secteur.
"Je redoute que le pouvoir ne tente de se donner bonne conscience en récupérant la primauté de mon idée et n'use, comme à son habitude, de manoeuvres dilatoires qui consistent à apporter de fausses réponses à de vrais problèmes", a commenté Zacharie Myboto.
Réplique immédiate du gouvernement par la voix de son porte-parole René Ndemezo Obiang, qui lui a fait remarquer que l'intérêt du président pour le dossier routier n'avait "pas attendu (sa) correspondance"...
Les hostilités semblent donc bel et bien engagées, sur fond d'ambitions présidentielles et de rancunes personnelles, entre le président et son ex-baron, qu'unissent des liens familiaux.
Toutefois, beaucoup ne croient pas à "l'épreuve de force". "Sa lettre est au contraire un gage de loyauté. Quelqu'un qui veut rompre ou déclarer la guerre ne demande pas la permission", explique Anaclé Bissiélo, sociologue à l'Université Omar Bongo de Libreville (UOB).
"Il n'y a jamais eu de divergences de fond entre le président et Myboto", assure-t-on également dans l'entourage de ce dernier. Une source proche de la présidence assure même que son initiative est "parrainée" par le chef de l'Etat, maître ès-intrigues politiques.
Selon cette source, cette alliance cachée serviraient des intérêts communs, notamment contre le courant des "rénovateurs", ennemis de longue date au sein du PDG des "caciques" comme M. Myboto et qui ont largement pris part à la campagne contre lui en 2000. Cette jeune garde, emmenée par Ali Bongo son fils, aurait fortement déçu le chef de l'Etat.
Parmi eux, Egide Boundono Simangoye, l'ancien "poulain" de Zacharie Myboto, issu comme lui de la puissante ethnie nzébi, qui lui a succédé aux Travaux publics sans grand succès avant d'être rétrogradé en septembre 2004 au ministère de la Fonction publique.
"Pour le pouvoir, mieux vaut ne pas faire de Myboto un martyr ou un héros. On le contrôle mieux en le gardant avec soi", estime pour sa part un observateur. Et de noter qu'à l'approche de la présidentielle, il ferait "un très bon faire-valoir en l'absence d'opposition", alors que le pouvoir s'inquiète déjà d'un possible fort niveau d'abstention.