Lors de la cérémonie de voeux organisée au siège du Rassemblement pour le Gabon, lundi 1er février, le leader de ce parti a plus que jamais laissé percer cette ambition qu'il avait déjà rendu publique auparavant.
LE grand meeting organisé par le père Paul Mba Abessole à la place de l'Indépendance, samedi 26 juin 2004, est encore vivace dans les esprits de nombreux concitoyens qui l'ont vécu comme l'un des moments les plus forts de la vie politique nationale l'année dernière. Le chef de l'Etat, Omar Bongo Ondimba, en personne, était descendu du palais présidentiel en compagnie des ténors de la majorité pour assister à cet événement. Le président de la République s'était même exprimé à cette occasion devant les militants restés cois avant de l'ovationner.
De même que le leader du RPG. Les populations jusque dans l'arrière pays, qui ont vu ces images fortes à la télévision nationale, montrant le président de la République s'adressant aux militants et partisans du père Paul Mbà Abessole attentifs, les gardent également vivaces dans leur mémoire. Cela étant, cette présence encore impossible, pendant les années de braise, du président de la République à une manifestation des ex-bûcherons vise à montrer clairement le. chemin parcouru depuis l'entrée du père Mba Abessole au gouvernement, où il est actuellement vice-Premier ministre, ministre des Transports, de l'Aviation civile, et des Droits de l'Homme, et le ralliement de son parti à la majorité présidentielle.
Ce meeting est d'autant plus mémorable que le leader du RPG avait publiquement formulé une demande expresse au président ce jour-là afin qu'il le choisisse à la tête de la direction de campagne du candidat naturel de la majorité à l'élection présidentielle. de 2005. Sans oublier, qu'auparavant l'ancien vice-Premier ministre, ministre de l'Agriculture et des Droits de l'Homme dans le cabinet Ntoutoume Emane II avait répondu par l'affirmative à la demande du Mouvement de Me Jean-Paul Moubembé soucieux de le voit accepter d'être Premier ministre en cas de réélection du chef de l'Etat. Ce fut un épisode pour le moins douloureux vécu par le RPG dont les débuts furent laborieux au sein de la majorité, où la demande du leader du RPG de conduire cette campagne lointaine avait suscité de vives critiques. Aujourd'hui, alors que tout donne à penser que cette bataille autour de la direction de campagne est prématurée, car n'étant pas d'actualité, voilà que le père Paul Mba Abessole relance cette idée, comme si elle l'habite et l'accapare.
Il y a quelques jours, le leader, du Rassemblement pour le Gabon a réitéré sa volonté de conduire la campagne électorale du président de la République au cas où il se porte candidat en décembre prochain. A la différence de la dernière fois, le père Paul Mba Abessole s'est montré assez prudent, en introduisant cette précision: « si le président me le demande».
Pour sa part, implicitement, le leader du RPG s'estime fondé à revendiquer cette position pendant cette bataille électorale en vue de l'élection du président de la République. C'est ce qu'il a laissé percer en notant à plusieurs reprises : « en politique il n'y a pas de moralité, c'est l'intérêt et la confiance qui priment». On y a vu comme une réponse en bonne et due forme à ceux des militants des autres formations de la majorité qui seraient prompts à fustiger cette prise de position. En soi, cette démarche paraît légitime bien qu'ayant été jugée mal adroite par ailleurs.
REALITE• TouJours est-il qu'il a fait part de ce souhait ardent après avoir exprimé ses profondes préoccupations devant la perte de terrain par sa formation politique. Et il est à craindre que les radicaux parmi les ex-bûcherons n'aient pas suivi leur champion, et qu'ils soient tentés de se radicaliser davantage en prenant le chemin diamétralement opposé à lui qui leur est tracé. En tout cas, cette réalité est indiscutable. A juste titre, le vice-président du RPG, Vincent Moulengui Boukossou, s'est empressé de relayer ces inquiétudes. sans dire si elles sont justifiées ou exagérées.
Cela sonne comme un paradoxe entre la demande implicite du père Mba Abessole à diriger cette campagne présidentielle, et la glissade du RPG sur le terrain électoral, que lui-même et son numéro 2 observent au fur et à mesure qu'on entre dans la dernière ligne droite. On croit savoir que ces doutes sont partagés au-delà du RPG. Qui plus est, si le parti du ère Paul Mba Abessole est confronté à la difficulté grandissante d'élargir sa base électorale au point de voir ses militants rejoindre l'opposition radicale.
Visiblement, ce problème n'épargne pas d'autres chefs de partis jadis dans l'opposition, gagnés par la même ambition débordante. Donc, il est fort à craindre aussi que le leader du RPG, au cas où il le obtiendrait satisfaction, produise un effet de repoussoir sur les électeurs. Ceux qui le pensent sont unanimes à souligner le spectacle désolant qui s'est produit lors des dix ans dès "Accords de Paris", lorsque l'opposition a affiché une étonnante unité pour ne pas répondre à l'invitation qui avait été adressée à chaque leader de parti.
Certes, dans l'opinion, il s'est dégagé une unanimité pour condamner ce manquement, mais on en vient à se demander avec le recul si ce n'est pas tant le Comité d'organisation de cet anniversaire, placé sous l'égide du ministre d'Etat, chargé de la Refondation, Pierre-Claver Maganga Moussavou, le leader du PSD devenu membre de la majorité, que l'opposition a récusé et non l'événement lui -même auquel a participé le chef de l'Etat. Dans cette optique, alors, l'urgence pour le RPG en vue de rallier les électeurs au camp présidentiel consiste, comme son leader l'a dit à accorder la priorité à la descente effective sur le terrain.
Cela nécessite, au fond, une rupture nette avec le discours démagogique des précédentes élections présidentielles marquées par des promesses irréalistes, à l'instar du " tout cadeau :..", et conséquemment une adaptation de ce discours du RPG à la réalité économique et politique en disant la vérité aux électeurs comme l'avait fait le président de la République avant sa réélection triomphale en 1998.