Son secrétaire général, M. Bourdès Ougouliguendé s'est employé, hier, à défendre l'ancrage du parti dans " le respect " de l'Etat de droit et des institutions républicaines. Se démarquant, ainsi, de l'affaire Nan Nguéma, du nom d'un de ses hiérarques écroué par la justice pour détention d'"armes de guerre" .
COMMUNIQUER, informer, et parler de la réalité accablante qui montre que le parti est plongé dans l'apathie et fait tout ce qu'il peut pour en sortir, comme toute Front des partis du changement (FPC) auquel il appartient. Le Congrès pour la démocratie et la justice ne nous a pas habitué à cette méthode. Mais parce que l'heure est grave, à cause de ce qu'il convient d'appeler l'affaire Nan Nguéma, nom de l'ancien président du CDJ écroué récemment par la justice pour détention d' " armes de guerre", et que cette famille politique et ses dirigeants sont de plus en plus la cible de vives suspicions de connivence, ce parti a décidé de s'expliquer publiquement.
C'est l' actuel leader du parti, le secrétaire général, Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé qui a succédé il y a quatre ans au " coupable " présumé, qui s'est volontiers prêté à l'exercice. Il l'a fait au siège de son parti, hier jeudi 9 décembre, au cours d'une conférence de presse avec les médias nationaux et internationaux.
Tout l'argumentaire de son discours à consister à démarquer son parti de l' image trouble du partisan patenté du «terrorisme politique» que ses adversaires voudraient accréditer, s'agissant du CDJ.
Du moins, ceux qui n'ont pas hésité à faire un lien entre ancien président à poigne du Congrès pour la démocratie et la justice et sa famille politique. Ces derniers, et même de nombreux militants de la première heure ainsi que des sympathisants, ont tôt redoute les conséquences négatives au plan politique que cette affaire eut avoir même en terme d image sur le parti. En vérité, ce sont eux qui ont fait pression sur la hiérarchie du CDJ afin qu'elle sorte de son mutisme.
« Le CDJ réaffirme son ancrage dans la lutte politique légale et son respect des institutions. Pour nous la seule voie d'accession au pouvoir reste l'expression du peuple à travers des élections libres et transparentes» a fait savoir le secrétaire général du CDJ. Avant d'ajouter: « C'est un principe que tous les militants partagent, et depuis sa création le CDJ n'a jamais usé de la violence, de la fraude ni des armes pour faire triompher son juste combat. Ce n'est donc pas aujourd'hui qu'il va le faire». Les militants présents n'en attendaient pas moins de sa part, lui-même en était conscient au point qu'il l'a fait savoir sur un ton vigoureux qui lui a valu d'être applaudi. En fait, son souci affiché a été de dissocier son parti des faits qui sont reprochés à leur ancien chef de file.
"GARDE RAPPROCHEE"• En revanche les journalistes l'attendaient ailleurs. A savoir comment le parti réagit-il à l'égard de ce hiérarque très influent en son sein ? Certes, il affirme que la température au sein du parti est normale et qu' «il se porte bien». Cependant, à l'évidence les contrecoups de cette affaire sur le rayonnement du CDJ déjà absent au Parlement sont à prendre en compte, alors que se profilent à l'horizon de 2005 de grandes échéances électorales. D'autant qu'ils risquent d'avoir un effet rédhibitoire dans la conscience collective d'un peuple très attaché à la paix.
Mais encore faudrait-il que le CDJ s'y engage. Or, sur cette question évoquée la réponse qu'il a donnée n'a pas fondamentalement dissipé les appréhensions sur le scepticisme que suscite ce parti et ses pairs du FPC. Toutefois, à ce stade de la procédure judiciaire en cours, selon lui, « l'exploitation faite de la procédure ouverte contre Nan Nguéma apparaît dans ce contexte comme une manoeuvre d'intimidation et de décrédibilisation de notre parti.»
Si l'on s'en tient à ses dires, d'autres pourraient lui rétorquer qu'en termes de crédibilité, reste à savoir si le CDJ lui même n'a pas par le passé, en l'occurrence lors des élections législatives de 2001, dilapidé une partie de ce capital incarné par son secrétaire général connu pour sa droiture. En particulier, en prônant avec d'autres partis de l'opposition radicale le boycott des élections législatives, et paradoxalement en prenant part un peu plus tard aux élections locales dans les mêmes conditions décriées de l'organisation du scrutin.
A dire vrai, c'est un vibrant plaidoyer que Jules-Aristide Bourdès Ogouliguendé a développé pour défendre son militant, parfois avec un goût prononcé pour les détails sans importance, comme cette audience demandée par le présumé coupable au chef de Etat qui l'aurait longuement reçu avant son arrestation. Certainement, croit-on savoir, pour implorer l'indulgence et magnanimité présidentielle.
Ou encore l'appartenance de M. Nan Nguéma à une certaine Organisation des natifs Fangs du Moyen-Ogooué qui sème le trouble localement. Pour l'essentiel surtout, un message résume la position du CDJ : « nous appelons les magistrats à une grande vigilance, à une lecture bien rigoureuse du Code pénal et du Code de procédure pénale» Ce faisant, à la justice de dire le droit, font valoir les responsable du CDJ.
Au sein du parti, néanmoins, on est conscient de la responsabilité morale de ce militant dans ce problème qui l'accable.
Le secrétaire général est formel : l'origine des armes découvertes remonte à l'époque où Marc- Saturnin Nan Nguéma était un cadre du Parti gabonais du progrès (PGP). Lorsque la capitale économique avait été mise à feu et à sang par les militants incontrôlés de ce parti, il s'était doté d'une «garde rapprochée» pourvue de ces fusils de combat qu'il avait fait entrer dans le pays. Plus tard, après les années de braise, il les aurait enfouis sous terre à son domicile pour s'en débarrasser. Mais mal l'en a pris, ses proches les ont accaparés. Aujourd'hui mis sur le grill par les juges, ils se sont empressés de l'impliquer.