Après la désillusion relative à la perte de terrain de ce camp politique, l'affaire Nan Nguéma vient ternir davantage l'image de ce camp politique dans l'opinion et réduire à néant les efforts de dynamisation engagés en son sein.
DÉJÀ critiquée pour son atonie consécutive à sa non présence sur le terrain politique, ainsi que pour la propension de certains de ses leaders à «aller à la soupe», selon l'impression de Mbou Yembi, leader du Forum africain pour la reconstruction (FAR), l'opposition gabonaise renvoie aujourd'hui une image fortement écornée dans l'opinion.
Cette image négative de ce groupement politique, qui avait suscite de réels espoirs à l'avènement du multipartisme dans notre pays en 1990, a été renforcée depuis l'arrestation de Marc Saturnin Nan Nguéma, ancien candidat à la présidentielle 93, et ancien membre influent du Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ) et président du PLD. Cet homme politique a été écroué, il y a deux semaines, par la justice gabonaise pour avoir été cité dans une affaire de détention d'armes de guerre,
Son interpellation a surpris, il faut le dire, plus d'un Gabonais. L'ancien secrétaire général de l'OPEP, installé dans la capitale économique du pays depuis de longues années, était jusque-là une figure marquante de l'ère démocratique dans notre pays. Il a mené une action politique d'envergure en se mettant aux premières loges de la contestation politique et sociale aux côtés d'autres opposants: Pierre-Louis Agondjo Okawé, figure emblématique du Parti gabonais du progrès (PGP), feu Joseph Rendjambé, Benoît Mouity Nzamba, Anselme Nzoghé et autres. Un parcours qui reste aujourd'hui dans lui annales puisque, après son cuisant échec a la présidentielle 93, il a délibérément abandonné le combat politique pour d'autres actions moins harassantes. Il semblait depuis quelques années s'intéresser au dossier de la zone franche de l'Ile Mandji et à la vie associative. En tout cas nul n'imaginait qu'il allait se retrouver au devant de la scène dans une affaire de ce type.
MANŒUVRE. Reste que même si sa culpabilité n'est pas encore établie puisqu'il jouit de la présomption d'innocence avant le procès, l'implication présumée de Nan Nguéma dans cette affaire porte un sérieux coup à l'opposition gabonaise. Elle est aujourd'hui plus que discréditée parce trafic d-'armes à feu. Le discrédit vient davantage de la gravité des faits, mais également de la fréquence observée dans la vie de ce groupement politique de soupçons de cette nature et d'une telle ampleur. Cela est d'autant .plus vrai que ce n'est pas la première fois - l'opposition haut dirigeant de l'opposition est soupçonné dans ce genre de manœuvre que d'aucuns n'hésitent pas d'inscrire dans un registre «d'atteinte à la sûreté del'Etat» et autres, ce qui est de bonne guerre.
En effet, l'histoire de l'opposition retiendra avant Nan Nguéma, ont «l'arsenal» en question semble avoir été acquis au début des années 90 au moment où de nombreux opposants s'armaient; que de lourds soupçons avaient aussi pesé sur Pierre Mamboundou, le président de l'Union du peuple gabonais (UPG). Cet opposant radical stockait, selon des informations, des armes à feu dans son fief de Ndendé. Ces informations relayées au moment de l'entrée sur le territoire gabonais de "fugitifs" en provenance de pays voisins en crise, n'ont guère été prouvées, et l'homme ne fut nullement inquiété par la justice gabonaise.
Pourtant, même - si l'enquête reste toujours ouverte pour déterminer la provenance réelle de ces armes, ainsi que les objectifs visés par leurs détenteurs aujourd'hui sous les verrous, la nouvelle affaire Nan Nguéma place, en tout cas, l'opposition dans une posture difficile.
AMBITIONS. Non seulement elle doit tenter de redéployer ses forces et ses troupes sur le terrain dans la perspective des futures échéances électorales et refaire son. retard« mais elle doit en plu, dans ce contexte, tenter de convaincre l'opinion nationale et internationale de sa volonté et détermination à poursuivre son combat politique en restant conforme aux idéaux démocratiques de conquête du pouvoir par les urnes. Cette difficile action dé persuasion doit aussi l'amener à effacer lima e de «putschiste» que aucuns tentent de lui donner ou empêcher qu'elle soit accusée de nourrir en sourdine des ambitions machiavéliques de prise de pouvoir par les armes, comme d'aucuns pourraient le penser.
Cette. perspective devra naturellement conduire les leaders de ce qui reste encore de cette famille politique, notamment les anciens compagnons de Nan Nguéma, dont Pierre-Louis Agondjo Okawé, et les responsables du CDJ, formation au sein de laquelle il a occupé de hautes fonctions au bureau directeur, et les autres dirigeants de ce groupement politique, à sortir du mutisme qu'ils observent depuis le déclenchement de cette affaire, il y a bientôt deux semaines. Ils doivent pour cela, dénoncer ce trafic d'armes, si trafic il y a réellement, et surtout s'inscrire en faux contre toutes manoeuvres déstabilisatrices des institutions républicaines.