Le Premier ministre, M. Ntoutoume Emane a rappelé à l'ordre, avant-hier, en sa qualité de vice-président du PDG, le leader du PSD, Pierre-Claver Maganga Moussavou qui s'est lancé dans une campagne non stop au profit de-la Refondation de l'Etat, et qui s'affronte à Mouila avec les responsables locaux du PDG.
LE bruit en a couru, à Mouila, ces derniers temps avec insistance : les relations entre le Parti démocratique gabonais et le Parti social démocrate se sont dangereusement détériorées dans cette localité. Au départ, on s'est demandé si ce n'était pas de la simple intox distillée dans le but de nuire au camp présidentiel au lendemain du ralliement spectaculaire à la majorité présidentielle du leader du PSD, Pierre-Claver Maganga Moussavou et de son retour au gouvernement en qualité de ministre d'Etat, chargé de la Refondation.
Aujourd'hui, on se doit à la vérité de reconnaître que dans le chef-lieu de la Ngounié, l'atmosphère est à l'affrontement ouvert entre le principal parti de la majorité et son nouvel allié sur le terrain. Justement le pire a failli se produire récemment à l'occasion de manifestations politiques organisées simultanément par le secrétaire national du PDG pour la province de la Ngounié, l'actuel ministre délégué à l'Education nationale, Jean-Norbert Diramba et le chef du PSD.
Mais jusque-là, cette bataille demeurait circonscrite à la localité de Mouila. Toutefois, depuis avant-hier, lundi 7 février, à la faveur de l'audience que le Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, l'un des six vice-présidents du PDG, a accordé à son cabinet du 2 Décembre au leader du PSD, l'opinion nationale a été édifiée sur l'ampleur de cette crise.
Celle-ci a figuré au menu des échanges que le chef du gouvernement a eus avec les responsables du PSD au grand complet, qui ont demandé a être reçus pour faire au chef du gouvernement la genèse de la bataille de Mouila. Le président du PSD et le secrétaire national du PDG dans la Ngounié, tous deux membres
du cabinet Ntoutoume Emane. Ils s'affrontent de, plus belle sur le terrain et les conséquences de ce conflit sur la campagne à venir au profit du candidat de la majorité à l'élection présidentielle de 2005 sont à redouter. Le pic du conflit qui les oppose a été atteint avec l'organisation simultanée de manifestations politiques, lors de l'ultime meeting du PSD à Mouila.
Autant qu'on sache, ce ne fut pas la grande mobilisation populaire, au point que le président du PSD, n'a de cesse de se plaindre de ce que ce jour-là, le chef de file du PDG à Mouila a appelé les Molvinois à boycotter l'événement. A entendre ses jérémiades, ce mot d'ordre a été suivi par les populations du cru. Ce qu'il ne tolère pas. Mais il semble plutôt que la crise entre ces deux partis est plus profonde, d'autant que de nombreuses fuites prêtent au leader du PSD l'intention de vouloir se venger de son échec mémorable aux élections législatives en 2001, dont il impute en grande partie la responsabilité à ses nouveaux alliés. Le souvenir de ses appels aux villes mortes dans le chef-lieu de cette province est encore vivace dans les mémoires.
REUNION CRUCIALE. Au cours de cette audience, le Premier ministre a craint que cette crise ne s'accélère brutalement, et qu'elle fragilise la majorité présidentielle dans cette province réputée frondeuse. Déjà que le PSD éprouve de réelles difficultés à convaincre les populations rurales de son engagement irréversible dans le camp présidentiel, il ne faut donc pas en rajouter en s'aliénant son principal allié. Cela, M. Ntoutoume Emane, faisant part de cette préoccupation partagée à ses hôtes, le leur a quasiment intimé sur le ton de la directive.
Il s'est gardé de donner tort à quiconque, et surtout il n'a donné raison à personne, non plus. L'essentiel de son message a été une invite à la retenue et à la sagesse prodiguée particulièrement au leader du PSD. M. Ntoutoume Emane lui a conseillé de mettre de l'humanité là où il y avait la brutalité. Tiendra-t-il compte de ces conseils gratuits ?
En revanche, ce qui se dégage derrière cette agitation médiatisée du Parti social démocrate, derrière le fait que son leader se soit lancé dans une campagne officielle et ininterrompue au profit de la Refondation de l'Etat, mission concrètement assignée à son ministère, c'est un sentiment d'urgence. En effet, de l'avis unanime il y a urgence à ce que la majorité présidentielle convoque son Conseil politique.
Une impression de désordre est perceptible lorsqu'on observe les nouveaux alliés en train de mener campagne en vue de rallier le plus grand nombre de concitoyens à s'inscrire sur les listes électorales afin d'être électeurs en fin d'année. Le déficit de méthode dans leur approche des électeurs, et l'absence d'un discours conquérant vantant les objectifs qui fondent la majorité qui soutient l'action du président de la République, ajoutés à cette crise entre le PSD et le PDG à Mouila, soulignent la nécessité d'une réunion au sommet des chefs de partis.
Elle est d'autant plus indispensable que la campagne actuelle des nouveaux alliés manque de lisibilité pour séduire les électeurs en cette période de récession aiguë. Pourtant, les arguments ne manquent pas : le soutien populaire aux réformes structurelles de l'économie, qui ne sont plus du domaine de la quadrature du cercle, la défense des valeurs cardinales de paix et d'unité nationale, ainsi que l'ouverture politique... Or, ceux qui se battent pour être au premier plan durant la campagne électorale lors de la présidentielle peinent à développer un argumentaire convaincant, alors que les populations leur opposent leur mal vivre plus ou moins insoluble.
Le cas du leader du PSD, à Owendo, est affligeant. Interrogé sur la politique gouvernementale de la route, sa réponse a été une vague attaque en règle contre le Conseil municipal de cette localité dirigée par le PDG et une coalition, selon lui, en mal d'ingéniosité pour mobiliser les ressources nécessaires dans ce sens. Ce type de maladresse, en définitive, rend plus urgent ce Conseil politique. En principe, cette instance se réunit deux fois par an, en tant que de besoin, sur convocation du chef suprême de la majorité. Cela dit, il y a quelques jours, une quinzaine de petits partis sans réelle représentativité se réclamant de ce camp, ont également adopté cette position. A l'unisson, ils jugent cette réunion cruciale pour harmoniser et rendre l'action collective plus efficiente qu'elle ne l'est à ce jour.