Le leader de l'UPG s'était retiré de la capitale depuis quatorze mois, s'imposant un mutisme indéchiffrable à Ndéndé. En ce début d'année de l'élection présidentielle, il a fait sa réapparition au détour d'une conférence de presse, samedi 12 février, et n'a pas manqué de se livrer à son exercice favori, la critique de l'action gouvernementale.
L'AMPHITHEÂTRE surchauffé de la Chambre de commerce était bondé de militants venus entendre, samedi 12 février, le leader de l'Union du peuple gabonais, Pierre Mamboundou, à l'occasion de son retour dans la capitale après sa réclusion volontaire a Ndéndé. Le maire du chef-lieu de la Dola est donc sorti de son long. mutisme, à l'occasion d'une conférence de presse ayant pour thème central la " Loi de finances 2005 : analyse et propositions" .
Le moment choisi par le leader de l'UPG pour refaire surface dans l'arène politique nationale n'est pas fortuit. Comme n'est pas innocent le choix du budget de l'Etat comme cible principale de ses critiques. On sait que le directeur du département Afrique au Fonds monétaire international, Abdoulaye Bio-Tchané, conduit, en ce moment, une mission à Libreville.
Depuis que le gouvernement a conclu un Accord Stand-By avec le FMI en 2004, il n'est pas de budget qui n'ait pas obtenu le quitus du Fonds. Est-ce à dire que le FMI a manqué de rigueur ? Accuse-t-il le gouvernement d'avoir dissimulé certains chiffres ? Objectivement, il n'a rien prouvé de tout cela. Donc, s'attaquer à l'outil d'exécution de la politique économique signifie critiquer habilement le FMI, Ce qui, parfois peut, être un exercice risqué. Le leader de l'UPG s'y est-résolu. Il a jugé opportun de rappeler avec force que "depuis sa création, l'Union du peuple gabonais s'est voulue un parti de gouvernement" en d'autres termes la bataille du budget est la première d'entre toutes à l'accaparer en cette année particulière de la vie politique nationale.
TON COURTOIS• Ensuite, Pierre Mamboundou a délivré son message devant l'auditoire médusé. "Les chiffres contenus dans le budget 2004 sont à notre sens erronés ", a-t-il asséné.
Ce débat qu'il croit nécessaire de relancer sur le budget 2004 depuis longtemps exécuté est visiblement apparu barbant, comme en témoigne l'impression d'ennui perceptible dans la salle. Sur ce terrain imprévisible qu'est la conception du budget, nul n'a le monopole des prévisions justes. Alors, c'est une lapalissade de relever que les chiffres de ce budget sont fallacieux. Du coup, ce débat est imprudent.
En revanche, le leader de l'UPG a adopté une stature d'opposant - républicain pour montrer que la défense de ses convictions n'est pas tant le radicalisme irrévérencieux qu'on lui prête. Fait notoire, à plusieurs reprises, il a parlé du chef de l'Etat sur le ton du respect et de la courtoisie. Conscient que le président Bongo Ondimba incarne la première institution, de l'Etat, maintes fois, il fait savoir :" J'ai écrit au président de la République". Passé le temps du langage discourtois, en parlant de l'élu de tous les Gabonais. Comme une volonté de tourner la page. C'est un signe que le silence qu il s'était imposé l'a façonné sans pour autant le faire renoncer aux principes de défense de la démocratie avec une majorité qui gouverne et une opposition véritable.
PISTES GLISSANTES. Dans le cadre du budget 2005, il a fait des propositions intéressantes. Pierre Mamboundou a souhaité que le recouvrement des recettes soit plus efficace. Selon lui, il est nécessaire d' "identifier d'autres foyers fiscaux " et puis, il est favorable à une diminution des dépenses de l'Etat. Mais, il reste que ce sont les recettes qui font les dépenses. Au-delà, il y a une faiblesse dans ce débat technique qu'ouvre l'UPG aujourd'hui, à savoir que son leader attache plus d'intérêt au montant des recettes publiques jugées par lui en deçà de la réalité.
Dans le contexte actuel de récession économique aiguë, c'est moins cela l'urgence que la bonne gouvernance que l'UPG doit professer, et qui explique que le ministère de l'Economie, des Finances, du Budget et de la Privatisation s'est doté d'une direction générale des marchés publics pour mettre un terme au gré à gré. Pierre Mamboundou s'est réjoui de cette réforme et s'est félicité de la création d'une commission indépendante pour contrôler la conduite des fêtes tournantes du 17 août, pour lesquelles l'Etat a débloqué 150 milliards de francs à ce jour.
Autre lacune dans l'argumentaire, le leader de l'UPG n'a pas fait de propositions pertinentes en vue de baisser la pression fiscale sur les entreprises qui croulent sous le poids des impôts. Oubliant ainsi que l'enjeu consiste à concevoir une fiscalité pour le développement économique et l'amélioration de la compétitivité des entreprises.
Abordant la dette publique le chef de l'UPG a demandé au gouvernement que les fonds empruntés, remboursables par les générations futures, soient investies dans les infrastructures sociales de base pour hâter le développement à venir. L'Union du peuple gabonais introduit ainsi la dimension morale dans le débat sur les finances publiques.
Par ailleurs, le terrain sur lequel sa base l'attendait au fond concerne la politique, notamment diminuer les Collectivités locales, et l'équipe gouvernementale à 17 membres 1. Néanmoins, il a levé un coin du voile sur sa position face à l'élection présidentielle de 2005 sans être très explicite: " Allez vous inscrire en masse sur les listes électorales " a-t-il demandé à ses militants. Une invite que ne font pas d'habitude ceux qui prêchent l'abstention.