Le front qu'ils forment crée une ligne de fracture jugée contraire au principe d'unité rappelé avec force par le Conseil politique avant-hier. Cependant, le souci d'exister en cette période pré-électorale est plus fort que jamais pour leurs leaders, tenus de se conformer désormais à l'esprit de la Charte.
TOUT au long du Conseil politique de la majorité, au palais des conférences internationales de la cité de la Démocratie, avant-hier, le sentiment qu'il s'est dessiné une ligne de démarcation entre les partis légalement reconnus qui soutiennent la politique du président de la République, Omar Bongo Ondimba, s'est affirmé tout au long de cette importante réunion au sommet des leaders de partis.
D'un côté il y a les principales formations politiques qui fondent traditionnellement cette majorité, et dont les responsables participent au sein de l'appareil d'Etat à la gestion des aires publiques, ou siègent au Parlement et ont des élus locaux : le PDG, l'Adère, le CLR, ainsi que le RPG et le PSD dorénavant. A ces partis, s'ajoutent d'autres également, présents à certains niveaux de responsabilités à travers leurs leaders et certains de leurs cadres; et qui se caractérisent par le respect scrupuleux de l'ordre interne à la' majorité. UUSG, l'APSG, Gabon - Avenir et le MAD en font partie. Mais, cette liste n'est pas exhaustive. Loin s'en faut.
De l'autre, on trouve les formations politiques sans grande base électorale, avec de jeunes leaders pour la plupart, dépourvus de charisme et d'expérience dans la gestion de la haute administration publique, et dont la particularité est de n'être surtout pas représentées au gouvernement.
Parmi ces partis, toutefois, il en est qui possèdent au moins un parlementaire et des élus dans les Collectivités locales. Conduits par le Fundu, le Morena unioniste, l'UDL, le RDD, le RDP et le RDR, entre autres, ils se sont constitués en un front uni à l'intérieur du camp présidentiel, lors de ce premier Conseil politique présidé par le chef de la majorité.
Leur message, ils ont tenu à l'envoyer à l'assemblée dès l'entame des travaux. S'exprimant en leur nom, leur chef de file pour la circonstance, Noël Borobo Epembia, du Fundu, s'est empressé de le faire savoir. Alors que chaque leader de parti devait s'exprimer au nom de sa formation politique, la brève déclaration qu'il a faite l'a été au nom des partis composant ce front. D'après l'ancien parlementaire, leur nombre approche la vingtaine.
Puis, il a expliqué qu'ils se réunissent au siège du Moréna unioniste, à Akébé-Ville, sans être plus précis sur le rythme et la périodicité de leurs rencontres. Ce qui est sûr, c'est qu'elles sont effectives et drainent du monde. Il a enfoncé le clou, en formulant une demande d'audience au président de la République, en faisant valoir que le résultat de leurs retrouvailles régulières a abouti à une "feuille de route " exclusivement destinée au chef de la majorité.
Plusieurs voix parmi les plus autorisées au sein du camp présidentiel se sont élevées pour condamner cette démarche sur le ton le plus vigoureux. A commencer par le président de la République, ensuite le vice-président Divungi Di Ndinge et le Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane. A leurs yeux, il s'agit d'une violation flagrante du mode d'organisation et du fonctionnement de cette majorité pourtant régie par des textes.
La Charte prévoit pourtant des instances de discussion pour harmoniser et rendre l'action collective plus efficiente. Outre le Conseil politique de la majorité (CPM), il y a la réunion des chefs de partis (RCP), les Commissions ad hoc et les représentations locales de la majorité ( RLM).
Du coup la question qui se pose est la suivante: pourquoi affichent-ils ces velléités de se démarquer alors que l'élection présidentielle pointe à l'horizon ?
En réponse, leur porte-parole a expliqué que ces structures sont gagnées par la léthargie ambiante. C'est fort probable, mais ce n'est pas une raison pour créer ce front aux allures d'une dissidence qui ne dit pas son nom. Même après la réunion du Conseil politique, les animateurs de ce groupe de partis se sont employés à faire partager leur conviction aux journalistes que leur démarche ne vise nullement à établir une ligne de fracture au sein de la majorité. Certes.
Mais au regard des faits qui sont têtus, leurs partenaires n'en pensent pas moins. Une source digne de foi n'a pas caché que ces réunions se tiennent depuis longtemps. La même source présente leur "feuille de route" comme étant une "réflexion approfondie avec des pistes novatrices". Elle reposerait sur deux axes primordiaux: le fonctionnement de la majorité et la refondation de l'Etat. Cela dit, il y a une zone d'ombre que ce chef de parti n'a pas éclaircie.
APPREHENSIONS• Elle concerne les soupçons qui pèsent sur quelques-uns d'entre ces petits partis politiques, qu'on accuse sans être contredit publiquement d'être des "partis satellites " à la solde de certains leaders charismatiques du camp présidentiel. On se souvient que ces attaques ont pris de l'ampleur lorsque ces partis étaient sortis de leur torpeur pour apporter leur soutien à l'idée de voir le père Paul Mba Abessole conduire la campagne du président Bongo Ondimba, s'il est candidat, à l'élection présidentielle de décembre prochain, avec le chef du PSD, Pierre-Claver Maganga Moussavou comme co-directeur de campagne. En tout cas, les vives préhensions que suscite leur stratégie ne sont pas sans rappeler cette période d'agitation.
Autant leur attitude peut paraître déconcertante, autant faut-il rester prudent. D'autant que ce ne sont pas des partis ayant des députés à l'Assemblée nationale, où ont lieu les grands débats sur la gestion des finances publiques et les grands enjeux constitutionnels comme en 2004, il est évident que leurs leaders manquent de tribune pour se faire entendre et montrer qu'ils existent sur la scène politique.
Leur regroupement n'est donc pas accidentel. Après que le Conseil politique a rappelé la nécessité de la discipline une interrogation taraude les esprits : le groupe survivra-t-il ? En effet, les petits partis doivent tenir compte de la force des critiques émises. En plus, ils ne peuvent se permettre d'ignorer la portée des décisions issues de cette réunion. Notamment la création imminente d'un secrétariat pour veiller à l'application et au suivi de ces actes, et la réécriture du Code de bonne conduite qui ne préconise pas de sanction contre les manquements graves à ce jour. Néanmoins, il reste que leur acte politique traduit la volonté qui les tenaille d'exister à tout prix.
Ce faisant, l'audience qu'ils ont sollicitée auprès du chef de l'Etat qui a accepté de les recevoir, souligne ce besoin de vouloir apparaître aussi comme des interlocuteurs du président au sein de la majorité. Il est donc question de crédibilité. Or, celle-ci ne se proclame pas. Elle se mesure, et ce sera le cas à l'aune de la pertinence ou non de ce qu'ils disent être leur "feuille de route" sur le chemin difficile de l'élection présidentielle.