Déclaration de Bourdès Ogouliguendé, secrétaire général du CDJ. Il s'étonne, en outre, de l'emprisonnement du septuagénaire, alors que Nan Bekalé et Charles Mba, qui ont procédé à l'achat et à l'introduction des armes, ne sont pas inquiétés.
Il n'y a pas plus indiqué que Jules-Aristide Bourdès Ogouliguendé pour entretenir de cette affaire avec la presse. Magistrat de formation, il met des garde-fous avant de débuter sa conférence de presse. Pour cela, il contourne " l'amalgame, volontairement entretenu [en prenant soin d'] entraver la bonne marche de l'instruction judiciaire en cours ". Ce qui n'empêche pas le secrétaire général du Congres pour la démocratie et la justice (CDJ) d'ouvrir les débats par cette profession de foi : "Au stade actuel de l'enquête, le militant Nan Nguema n'est encore coupable d'aucun délit".
Puis, rentrant dans le vif du sujet, Bourdès Ogouliguendé lâche ce qui se murmure dans tout le pays : la mise en place, à Lambaréné, d'une association de Fang du Moyen-Ogooué par Nan Nguema et ses amis. La chose, mal perçue, les longues bouches sont allées raconter que le but visé par l'association est "une rébellion armée visant à renverser les institutions en place".
Naturellement, cette désinformation qui circule sous la forme d'une info, bien relayée, arrive aux oreilles de la PJ. Avec la rapidité d'un film de série B, on exhibe des armes de guerre - notamment de jeunes-vieux kalachnikov -, à Lambaréné, Port-Gentil et Libreville, lesquelles sont attribuées à Nan Nguema, Noël Ngwa Nguema et des membres de la famille. La réalité dépasse la fiction !
"Inquisition politique"
Mais, avant d'être aux mains de la police, Nan Nguema est allé voir le Grand camarade pour une clarification sur la situation. En présence de Mgr Basile Mvé Engone, archevêque de Libreville, les chefs de corps de sécurité et Guy Nan Bekalé, responsable de la sécurité personnelle de Nan Nguema. Selon Bourdès Ogouliguendé, "notre militant", sans chercher à se dérober de sa responsabilité, a courageusement livré sa version des faits. A la suite de l'assassinat de Joseph Rendjambé en 1990 et au regard de l'insécurité ambiante, entretenue par l'Etat à travers des brigades armées d'un genre spécial, baptisées "Capistes" [NDLR : les comités d'action politique (CAP), étaient composés de jeunes désœuvrés encadrés par le PDG, chargés d'occuper la rue et mener certaines actions occultes], chaque leader de l'opposition s'était vu dans l'obligation d'assurer sa propre sécurité. M. Guy Nan Bekalé a réussi à convaincre M. Nan Nguema, alors hiérarque du PGP, de doter sa garde rapprochée d'armes. Devenu président du Parti libéral-démocrate (PLD), M. Nan Nguema, qui est aussi le parent de M. Nan Bekalé, remettait à ce dernier sa carte bancaire afin d'acheter les armes à Paris [où il] prend contact avec M. Charles Mba, ancien responsable de l'antenne européenne du PLD. Ces deux compatriotes effectuent l'achat d'armes et se chargent de leur introduction au Gabon". Au lendemain de l'enterrement de la "guerre" politique par les Accords de Paris, Nan Nguema a fait enterrer les armes par ses partisans. Ont-ils obéi à ses instructions ? Nul ne sait.
Nan Bekalé n'a pas contredit la version sortie de la bouche de son parent devant le président Bongo Ondimba. Le reste du scénario est tout aussi mécanique. Le président rassure Nan Nguema, lui demande de se plier au rituel de la déposition à la PJ, puis devant le juge d'instruction. Le tout se termine par un mandat de dépôt, ensuite le vieil homme est écroué à la prison centrale. Ce qu'il fait sans rechigner. L'étonnement du CDJ vient de ce que, explique le secrétaire général, qu'une affaire de droit commun devienne une "inquisition politique". Car, poursuit-il, on veut "instruire un procès politique afin de ranger, dans la mémoire de l'opinion, le CDJ dans les rangs des organisations terroristes, tout en préparant cyniquement l'opinion à une condamnation de M. Nan Nguema, que la majorité souhaite apparemment de tous ses vœux".
Pourquoi l'ex-président du PLD est-il seul en prison ? Pourquoi Nan Bekalé et Charles Mba ne sont-ils pas inquiétés ? Parce qu'ils ont "rejoint les rangs de la majorité et sont devenus de proches collaborateurs du chef de l'Etat ?", s'interroge Bourdès Ogouliguendé. Et de marteler qu'il n'y a eu, dans cette affaire, ni coup d'Etat, ni tentative de coup d'Etat ! Clair...