Une célébration festive du dixième anniversaire des "Accords de Paris", l'idée a germé dans la tête des petits roublards de l'ancienne opposition HCR, aujourd'hui dans la majorité présidentielle. En fait, c'est Maganga Moussavou qui a le premier flairé le bon coup. Aussitôt après le topo sera soufflé aux anciens partenaires du maquis de Plein Ciel.
Ce sont donc les anciens résistants qui en ont fait la proposition au PDG, avant que l'on aille obtenir l'onction du Grand Manitou du Bord de mer. Du moins, c'est la version qui circule dans la ville.
Il faut dire qu'il aurait été parfairement naïf de ne pas profiter de cette aubaine pour saigner les caisses de l'Etat et faire bombance. Depuis la dernière virée de l'UOB, ça faisait déjà très longtemps qu'on n'a pas fait sortir inutilement l'argent pour faire la bamboula. Ainsi le dixième anniversaire des "Accords de Paris" tombait à point. Et tant pis même si on n'avait jamais fêté auparavant les autres anniversaires.
D'ailleurs, l'important était moins les "Accords de Paris" à proprement parler que la fête elle-même. De la sorte, la présence du médiateur Kémoko Keita était parfaitement inutile. Déjà qu'il n'y avait pas assez de nourriture et de tord-boyaux...
A Pierre, ce qui revient à Pierre ! Ainsi, l'organisation a été confiée au propriétaire de l'idee, Maganga Moussavou. Et comme cet opposant repenti ne sait plus où habitent ses anciens potes restés dans l'opposition, il n'a donc pas pu les joindre pour les associer à l'organisation. C'est pour cela qu'il a pris sur lui la responsabilité de tout organiser. Comme un grand homme.
A la fin de ce travail de haute bringue, Maganga se rend finalement compte que sans l'opposition, sa kermesse risque de connaître un flop. C'est alors qu'il monte au Palais convaincre Omar de se charger de persuader Agondjo Okawé. Et comme Ndéko caressait aussi le rêve de se faire entourer, à cette occasion, de ses opposants, il a alors décroché son phone pour appeler Agondjo. Malheureusement, l'Icône du PGP ne pourra être disponible le 17 décembre : à cette même date, il organisera, à Omboué, la cérémonie du retrait de la mère de Joseph Rendjambé. Tout au plus promet-il de se faire representer par son second, Mouity Nzamba.
Le 15 décembre, nouveau problème : Mouity Nzamba décline sa disponibilité. On propose le numéro trois du PGP. Là, Omar dit stop : il n'est pas question de le faire pander à côté d'un sous-fifre; en plus, ce n'est pas une question de PGP mais de la représentation de l'opposition. Du coup, on recontacte Agondjo. De larmoyantes supplications parviendront tout de même à infléchir sa position. Et Agondjo de faire cette proposition : venir prononcer le discours de l'opposition et repartir tout de suite à Omboué. Le Palais accepte et met même à sa disposition un jet de 2AG.
Le 16 dêcembre, Agondjo arrive à Libreville. Depuis son bled de Ndendè, Pierre Mamboundou est au courant des dernières évolutions des négociations. Il joint aussitôt au téléphone les alliés du CDJ. A ceux-là, Mamboundou est formel : que l'opposant qui ira au 12 Mars prenne la précaution de ne parler qu'à son nom, car s'il commet l'imprudence de s'exprimer au nom de l'opposition, lui, Mamboundou Pierre, convoquera immédiatement les médias pour le dénoncer.
Apprenant ainsi que le PGP était disposé à prendre part à la fête, le CDJ se rend à Likouala. Pendant les discussions, Agondjo débarque. Quand il prend la parole, c'est pour aller droit au but. Il annonce qu'il sera demain au 12 Mars parce qu'il l'a promis au chef de l'Etat et qu'il n'a qu'une parole. Il ajoute que ce sera pour lui l'occasion de dénoncer un certain nombre de choses et faire un vrai bilan des "Accords de Paris". Mais le CDJ n'est pas pour car, avec les trois minutes de temps de parole qui lui ont été accordées, Agondjo ne disposera pas du temps nécéssaire pour bien s'exprimer.
Certains militants même du PGP abonderont dans le même sens. Bon démocrate, Agondjo accepte l'avis de la majorité. On s'accorde à arrêter la diffusion d'un communiqué de presse exposant les raisons de leur refus, et de la commémoration, dans les tous prochains jours, du même anniversaire des "Accords de Paris" par l'opposition...
La suite, ce sont ces sièges vides qu'on a vu à la télé et ces médailles qu'on n'a pas pu accrocher sur les poitrines des opposants. Et c'est ainsi que ce qui aurait pu être une veritable fête de la paix, s'est transformé en simple fête de la majorité avec sa majorité. Tout ça parce que dans ce pays, quand il y a un peu d'argent à gérer, on écarte le maximum de monde. Jusqu'à oublier que le HCR n'était pas un vulgaire observateur des "Accords de Paris" mais bien un acteur signataire dont le rôle, il faut le reconnaitre, ne saurait par conséquent se limiter à l'activité tribunaire et à la ripaille.
Un anniversaire de mariage est organisé par les deux conjoints. Mais la priorité était-elle vraiment les "Accords de Paris" ou seulement l'argent ?