Avec la récession économique, ses effectifs ont connu une baisse drastique depuis les élections sénatoriales en 2002. Cependant, la perspective de l'élection présidentielle en 2005 suscite des interrogations sur la capacité d'une CNE très réduite à faire tourner la machine.
L'argument financier, sans conteste, au coeur de la réforme de la Commission nationale électorale en 2002 - 2003, lors des élections sénatoriales, qui a vu une réduction drastique des effectifs de cette structure jugée particulièrement onéreuse en période électorale.
Aujourd'hui, sur les deux mille agents engagés par la Commission avant cette réforme, ce ne sont plus que quatre cent d'entre eux qui doivent émarger après y avoir été recrutés pour participer à l'organisation des élections.
En fait, c'est une ordonnance du chef de l'Etat prise en intersession parlementaire qui a défini cette nouvelle donne. Son bien-fondé, en ces temps de récession économique vécue par le pays, n'a jamais été démenti. Ainsi le budget de fonctionnement de la CNE aux seules élections législatives et locales oscillait autour de quatre milliards de francs CFA au bas mot. De là à croire, que s'agissant d'échéances plus importantes, en l'occurrence l'élection présidentielle, dont une année seulement nous sépare, ce budget atteint des proportions exponentielles, il n'y a qu'un pas que de nombreux concitoyens n'ont pas hésité à franchir.
Il est évident que l'anniversaire des dix ans des Accords de Paris célébré par la classe politique, est venu rappeler avec force la primauté de la CNE parmi les acquis de ce conclave historique entre l'Exécutif et sa majorité et l'opposition gabonaise. Avec ses hauts et ses bas, elle s'enracine dans la conscience collective comme étant l'institution la plus palpable qui sert de ga5e à la démocratie, avec la présence paritaire de la majorité et de l'opposition. De l'avis unanime, l'enjeu consiste à la préserver des soubresauts.
Au regard de la rubrique "perdiems" des agents - inscripteurs qui est de loin la plus importante et qui achève de convaincre que la CNE est budgétivore, au point de ressembler à un mammouth, on se rend enfin compte de la justesse de l'avènement de cette ordonnance. Il s'agit d'un acte politique.
Bien sûr, avant cette réforme, la Commission a été amendée en vue de son adaptation à l'évolution du contexte politique. Au départ, en 1996, la CNE possédait toutes les prérogatives en matière d'organisation des élections. Deux ans plus tard, il y a eu une modification de la loi électorale qui a consacré le partage des prérogatives électorales entre la Commission nationale électorale et l'Administration.
Dans la foulée, l'exclusivité réservée aux magistrats dans la conduite du processus électoral a été élargie aux hauts cadres de la nation après la fronde terrible dont les juges avaient été l'objet au regard de l'interminable contentieux électoral enregistré pendant les législatives notamment. Mais cette réforme comporte de loin plus d'enjeux que les précédentes.
Ce qui nourrit les interrogations, c'est moins le contexte qui prévalait à la prise de cette décision sachant que le collège électoral durant les sénatoriales tourne autour de 2000 conseillers départementaux. Il n'échappe à personne que la bataille présidentielle e 2005 va nécessiter des opérations en amont et en aval jusqu'à l'étranger où vivent des communautés gabonaises.
A proprement parler, le nouveau schéma de la CNE montre bien que c'est une équipe très réduite de 8 personnes et non de 38 personnes qui vont conduire le processus électoral depuis son " QG " de la cité de la Démocratie : Outre le président et les deux vices -présidents (majorité/opposition), un rapporteur général (le secrétaire général du ministère de l'Intérieur et de la Décentralisation) et 4 commissaires (2 majorité/ 2 opposition).
Face à cette échéance électorale, des voix s'élèvent pour se demander si cette configuration ne tombe pas d'elle-même déjà en désuétude ?
Par ailleurs, il y a un autre grief fait à cette réforme. Il s'agit de la sortie de la CNE des ministères techniques Intérieur et Décentralisation, Sécurité publique, Défense nationale, entre autres).
A tout le moins, leur absence, avec celle d'autres départements ministériels, dès qu'il s'agira de convoyer le matériel électoral à l'échelon national, nourrit le scepticisme sur l'efficacité prochaine de la Commission réformée. Mais certainement, pour l'heure, il est hâtif de prédire ce que sera en 2005 l'action de cette Commission nationale électorale où cohabitent la majorité et l'opposition. Les deux camps qui y siégent sur le mode paritaire, du reste, sont comptables de ses forces et des faiblesses.