LES Gabonais ont appris qu'une réunion s'est dernièrement tenue au palais de la présidence de la République. Présidée par le chef de l'État, Omar Bongo Ondimba, en sa qualité de chef de la majorité présidentielle, celle-ci a vu la participation de plusieurs partis membres de cette famille politique. Notamment le Parti démocratique gabonais (PDG), le Rassemblement pour le Gabon (RPG), le Centre des libéraux réformateurs (CLR), l'Alliance démocratique et républicaine (Adere), le Parti social démocrate (PSD), et... le Rassemblement des démocrates (RDD).
Au cours de cette rencontre les responsables des formations politiques citées ci-dessus ont pris connaissance de certaines initiatives du président du RDD, M. Christian-Serge Maroga. Notamment sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle de 2005, ses accusations gratuites, sur fond d'attaques, contre le président de la République qui voudrait, selon lui, faire du Gabon une monarchie, et ses correspondances aux présidents étrangers pour parler des problèmes du Gabon. À cela, i1 faut ajouter ses correspondances au leader de l'opposition et président de l'Union du peuple gabonais (UPG), Pierre Mamboundou.
Les responsables des partis présents à la réunion du 25 octobre dernier ont estimé que tous ces actes posés par celui qui jusque-là prétendait être des leurs étaient en flagrante violation des dispositions de la Carte portant plate-forme politique et code de bonne conduite au sein de la majorité présidentielle. D'aucuns ont même envisagé la perspective d'une action en justice contre M. Maroga pour "diffamation et attaques injustifiées" contre le chef de l'État. Selon eux, les actes du président du RDD correspondent à une démission de fait du camp présidentiel. Ils estiment que ces actes sont tout sauf un quelconque soutien à l'action du président Omar Bongo Ondimba. Par conséquent au cours d'une prochaine réunion de la famille politique du président de la République, cette instance se prononcera pour entériner cette auto- exclusion.
Quelques jours plus tard, c'est un groupe de sept formations politiques, aussi membres de la majorité présidentielle, qui a réagi à cette réunion et à ses conclusions. Il s'agit du CSR, Morena originel, Morena unioniste, PNG; RGUP, RNR, et UGD. Ces derniers accusent les partis ayant participé à la réunion du palais de la présidence de la République d'avoir pris l'initiative de faire le procès d'un autre parti de la majorité présidentielle. Ce qui selon eux est en violation des dispositions du texte réglementant les relations au sein de cette famille politique. Tout en s'insurgeant contre "cette démarche isolée", ils ont dénoncé ces pratiques qu'ils ont qualifiées d"'antidémocratiques et d'un autre âge... "
Par rapport à la réaction de ces partis, il y a d'abord lieu de noter, sur fond de regret, que dans leur communiqué de presse, ils ne condamnent nulle part les initiatives du président du RDD. Même pas celle relative à la correspondance adressée au président de l'UPG qui est tout de même un adversaire de leur camp. Faut-il penser que ces formations politiques approuvent la démarche du RDD qui consiste à critiquer le chef de la majorité présidentielle avec ses adversaires, même s'il s'agit des plus farouches ?
Revenons aux initiatives du RDD. Sur le principe de la déclaration de candidature à l'élection présidentielle de l'an prochain, à notre avis cela pouvait être placé sous le coup de la liberté dont jouit chaque formation politique au sein de la majorité. Cela, en dépit des dis positions de l'article 18 de la charte qui régit cette famille politique. Celui-ci, rappelons-le, dispose que "pour l'élection présidentielle, et conformément à l'article 1 qui définit la majorité présidentielle comme un ensemble de partis politiques légalement reconnus qui soutiennent le président Bongo Ondimba, le chef de la majorité est par essence, le candidat naturel de la majorité, dès lors qu'il en a exprimé le voeu..."
Or, malgré les nombreuses sollicitations qui lui sont adressées par les partis politiques et même la société civile, le président Bongo Ondimba ne s'est pas encore, prononcé. De. ce point de vue, on peut dire qua priori la déclaration de candidature de Christian-Serge Maroga ne devrait pas être si grave. Même si c'est un acte susceptible de semer le trouble dans l'esprit des sympathisants de la majorité présidentielle.
Ce qui est par contre grave ce sont les autres actes. Notamment les accusations relatives à la "monarchisation" du Gabon et l'intelligence avec l'adversaire. Mais dans le fond, au-delà du caractère subversif des actes posés par M. Maroga, son comportement ne devrait pas surprendre. Car, le président du RDD n'en est pas à son premier coup. On se souviendra de ce qu'il avait intenté une action contre le président de la République auprès de la Cour constitutionnelle. Cette fois il l'accusait de violer la Loi fondamentale pour avoir accepté d'occuper le poste de président fondateur du PDG. Sa requête ne répondait à aucune disposition constitutionnelle. À partir de là, tout observateur averti devait avoir des doutes quant à la sincérité du RDD dans le soutien qu'il prétendait apporter à l'action du chef de l'État...
D'une manière générale, en attendant l'épilogue de cette "affaire", deux principaux enseignements sont à tirer à ce niveau. D'abord pour le RDD et son président. On imagine que M. Maroga a compris depuis le 25 octobre dernier qu'en se lançant dans le double jeu (à la fois dans la majorité présidentielle et d'intelligence avec Pierre Mamboundou), et dans les attaques et autres accusations gratuites contre le président de la République, il a fait montre d'une maladresse dangereuse. Puisque cette attitude peut le conduire d'un jour à l'autre devant les tribunaux et, peut-être en prison. Ce qui n'est pas de nature à assurer un avenir à son parti qui déjà n'est pas parmi les mieux lotis sur l'échiquier national, en matière de militants.
La deuxième leçon qui s'impose ici se présente sous forme d'interrogation : n'y a-t-il pas d'autres RDD et d'autres Maroga au sein de la majorité présidentielle ? Dans tous les cas; cet épisode montre que ce ne sont pas tous les partis politiques qui disent soutenir son action qui adhèrent réellement à la philosophie de rassemblement du président Bongo Ondimba. Il y en a qui sont là comme des souris dans un sac d'arachides. Il revient au chef de l'État de doubler personnellement de vigilance pour pouvoir séparer, le moment venu, le bon grain de l'ivraie.