L'écrasante domination du Parti Démocratique Gabonais (PDG au pouvoir) au parlement et le phagocytage quasi systématique des partis d'opposition ont rendu cette dernière aphone. Du coup, le débat démocratique s'est éteint. La démocratie éthologiquement, se définit comme "le gouvernement du peuple". Elle se nourrit du débat contradictoire. D'ailleurs, il ne serait pas inexact de dire que la qualité d'un système démocratique s'apprécie à l'acuité et à l'assiduité du débat contradictoire. Celui-ci est animé principalement par les partis politiques, mais ne laisse pas indifférente la société civile, notamment le clergé et les intellectuels qui, de temps à autre, montent au créneau pour faire prévaloir leurs points de vue sur les grandes questions d'intérêt national. S'il est vrai que le théâtre par excellence du débat politique est le parlement, il n'en demeure pas moins que divers lieux de meetings, sièges départis politiques, colonnes des journaux, studios de télévision ou de radiodiffusion, voire la rue, servent aussi de tribunes à ce "choc des idées" d'où "jaillit la lumière" selon l'assertion de Karl Marx. C'est en 1990 que le vent libertaire parti d'Europe de l'Est a soufflé sur l'Afrique et provoqué, dans la majorité des pays, l'accouchement ou la renaissance du pluralisme politique. Dans un nombre restreint de pays, cette alternance s'est opérée à la faveur des "conférences nationales". Ce fut le cas du Gabon où, il faut le reconnaître, pendant les cinq premières années de la décennie 90, le débat démocratique a fait rage à en juger par la fréquence et l'ampleur des meetings et autres manifestations d'essence politique, les Accords de Paris, les concepts tels "La paix des braves" de Pierre-Louis Agondjo Okawé du Parti Gabonais du Progrès (opposition), "La main tendue" du président Omar Bongo Ondimba à toutes les forces politiques du pays... Sans occulter le foisonnement d'une presse rivée sans concession à égard du pouvoir, dans laquelle on notait des journaux appartenant ou inféodés à des partis politiques: La Relance (PDG au pouvoir), Le Bûcheron (RNB), Gabon Libre (PLD), Ogooué Express (RDP), Mibana (Morena), Misamu Morena/FAR), L'Effort (PSD), Oret'y (CLR), Le Progressiste (PGP), La Voix du Peuple (PUP)... Seulement voilà! Après l'effervescence des six premières années (19901996), le tintamarre est allé decrescendo. Aujourd'hui, il est quasiment éteint. Faute d'animateurs. Et pourtant, les acteurs d'hier sont toujours vivants même si les titres précités, eux, ont tous disparu, à l'exception de deux seulement! C'est que, de 1990 à 2004, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de l'expérience démocratique gabonaise. Au fil du temps, le rapport de force entre pouvoir et opposition, légèrement favorable au premier au début du processus (si l'on s'en tient aux résultats officiels des législatives de 1990 et des résidentielle de 1993), a connu un déséquilibre exponentiel en faveur du même pouvoir. Sabordage de l'opposition En effet, non seulement le Parti Démocratique Gabonais (PDG), ancien parti unique, a fait une remontée spectaculaire dans les coeurs des Gabonais devenant ainsi très majoritaire, mais encore il a aimanté beaucoup de formations qui gonflaient les rangs de l'opposition: l'Alliance Démocratique et Républicaine (ADERE) du vice-président de la République, M. Didjob Divungi Di Ndinge, le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP) du feu ministre Alexandre Sambat, divers Mouvement de Redressement National (MORENA), le Mouvement Commun du Développement (MCD), le Parti Gabonais du Centre Indépendant (PGCI) de M. Jean-Pierre Lemboumba Lépandou et Mgr Jérôme Okinda... Mais de toutes ces prises, le harponnage du Rassemblement pour le Gabon (RPG) du Père Paul Mba Abessole, le plus grand parti d'opposition de naguère, est la plus fabuleuse. II a quasiment sonné le glas de l'opposition, complètement étiolée aujourd'hui face à une majorité présidentielle hypertrophiée qui tient environ 80% du parlement à ce jour, soit beaucoup plus que lors de la précédente législature â19962001). Cest donc juste titre qu'interrogé sur le boycott électoral qu'il a prôné et qui a entraîné sa sortie de l'assemblée nationale en 2001, Pierre Mamboundou, actuel leader de l'opposition, avait déclaré en 2003: "Je ne regrette pas de n'avoir pas rempilé à l'assemblée. Nous y représentions un tout petit groupe qui ne pouvait rien influencer. Les jeux étaient pipés d'avance". Les choses doivent être pires présentement. Il ne reste plus dans cette opposition pas grand monde. Pierre-Claver Maganga Moussavou, président du Parti Social Démocrate (PSD), qui revendiquait un statut d' "éléphant" (Mba Abessole classifiait les partis de l'opposition gabonaise en "éléphants" et en "gazelles") a officiellement laissé ses "frères d'armes" en rade en juin dernier, pour aller dans la mangeoire présidentielle. Et comme si cela ne suffisait toujours pas, il nous est revenu que Léon Mbou Yembi, numéro un du Forum Africain pour la Reconstruction (FAR), un dés rares leaders politiques restés constant dans sa lutte pour la cohésion et la survie de l'opposition, serait en tractations secrètes avec la galaxie PDG. Conséquence de toutes ces évolutions, très peu de gens croient encore à la capacité de l'opposition. Plus grave, personne parmi les opposants eux-mêmes ne donne l'impression de vouloir encore faire de l'opposition. Pierre Mamboundou, l'espoir de l'opposition, aussitôt sorti de l'assemblée nationale pour cause de boycott des législatives de 2001, s'est replié dans sa mairie de N'dendé (environ 500 km de la capitale) d'où l'on ne peut pas l'entendre. Son dernier meeting à Libreville (Carrefour Rio) remonte au mois de juillet 2003, concomitamment au congrès du PDG. Depuis plus de deux ans, les conférences de presse ont pris le pas sur les meetings à l'Union du Peuple Gabonais (UPG), sa formation politique. Naturellement, alors que les manoeuvres électoralistes ont déjà commencé dans le camp majoritaire, le leader de l'opposition continue de cultiver le mutisme. Et il est à peu près sûr que ce n'est pas Pierre-Louis Agondjo Okawé, leader du Parti Gabonais du Progrès (PGP) au statut d' "éléphant", contesté au sein de sa propre organisation politique et soupçonné d'être en intelligence avec le résident de la Réplique, qui relancera les vrais débats. Encore moins Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé, secrétaire général du Congrès pour la Démocratie et la Justice (CDJ), sur qui pourtant continuent de compter une frange des Gabonais. Sa nomination par décret présidentiel comme président du conseil d'administration de la Société Gabonaise de Raffinage (SOGARA) l'aura politiquement affaibli. Ainsi fonctionne le système. Quant à Pierre-André Kombila, force est de constater que sa dissidence d'avec Paul Mba Abessole n'aura pas servi à grand-chose. Son Rassemblement National des Bûcherons (RNB) s'apparente depuis un bon moment déjà à une fiction politique. Cela fait plusieurs mois que la permanence de ce parti a été mise à la rue par la bailleresse de la villa l'abritant au quartier Awendjé.. Voilà donc le RNB SDF devenu! Mwang Mbading, patron du Mouvement d'Emancipation Sociale du Peuple (MESP) et président illimité du Haut Conseil de la Résistance (HCR) regroupant plusieurs partis d'opposition dont l'UPG, a la volonté et le panache, mais manque de charisme et, surtout, de monde derrière lui. Le MESP est un parti minuscule. Dans ces conditions, le Gabon semble avoir amorcé, de fait, un retour au parti unique... Prémices à la pensée unique?
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