L’opposition gabonaise n’est pas une opposition faite pour prendre le pouvoir. Elle est faite pour le partager. Sa tendance aux compromis et compromissions, sa propension aux négociations maquillées d’ambitions personnelles démesurées et la facilité avec laquelle elle est corrompue par le régime Bongo en ont fait une opposition totalement exsangue, alors qu’elle avait tout pour réussir si elle s’était activée autour d’une idéologie radicale claire, précise et courageuse, avec comme ultime finalité la prise effective et totale du pouvoir au Gabon, ce qui veut dire l’éviction pure, simple et totale du régime Bongo par tous les moyens possibles. Parce qu’elle a agi petitement en se contentant des « miettes de pouvoirs » que lui a jetées le régime en place au cours des quinze dernières années, c’est une opposition qui est restée petite car réduite à la mendicité politique.
L’échec de cette opposition est difficilement explicable. Cet échec n’est pas non plus compréhensible, ni même justifiable au regard du contexte politique si propice au changement qui a caractérisé le Gabon politique de la dernière quinzaine d’années : Pendant 15 ans, l’opposition gabonaise a eu entre ses mains tous les ingrédients garantissant une réussite sans coup férir: des leaders charismatiques et une population régionale et nationale totalement et unanimement acquise à l’idée du changement immédiat. Mais ces aspirations au changement immédiat du peuple ont été à chaque fois compromises par une opposition trop dispersée et alimentarisée, pour qui la prise de pouvoir est restée une idée presque effrayante. Alors qu’avec un peu de radicalisme, elle aurait pu avoir TOUT le pouvoir, elle s’est contentée de le mendier et de prendre les « miettes » que lui donnait le régime. C’est une opposition qui n’a jamais véritablement osé, et parce qu’elle n’a pas osé, elle a échoué sur toute la ligne.
Le présent article se veut donc non seulement critique, mais également promoteur d’une nouvelle forme d’opposition au Gabon, celle qui, unifiée, utilisera le radicalisme nationaliste comme idéologie de base, avec comme finalité absolue et ultime la conquête du pouvoir, et partant, l’éviction pure et simple du régime Bongo par tous les moyens possibles.
UNE OPPOSITION DIVISEE : HISTORIQUE D’UNE SURPRENANTE DEBANDADE
L’opposition gabonaise s’exprimant dans un contexte multipartiste est vieille de 15 ans, ce qui représente une éternité pour un peuple sous dictat comme celui du Gabon. L’éveil de cette opposition est principalement marqué en 1989 par le retour au Gabon du MORENA (Mouvement pour le Redressement National) après un exil clandestin de près de 8 ans (1981-1989) en France.
Le contexte politique qui entoure le retour du MORENA au Gabon en 1989 ressemble comme une goutte d’eau à celui qui entoura son exil politique en 1981 :
- Décembre 1981 : grève des étudiants et fermeture de l’Université Omar Bongo (UOB) par la dictature du régime Bongo.
- Décembre 1981 : Le MORENA, constitué clandestinement vers 1976 mais prenant véritablement forme organisée à partir de 1980, lance une manifestation politique à la gare routière au cours de laquelle il exige non seulement sa légalisation, mais également le multipartisme et la tenue immédiate d’élections générales au Gabon. Cette manifestation débouche sur de nombreuses arrestations de militants, dont une quarantaine sera jugée au cours d’un procès public en novembre 1982 devant la Cour de Sécurité de l’Etat. Vingt-neuf opposants seront condamnés à des peines sévères allant jusqu’à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’état et outrage au Président de la république. Ces arrestations contraignent les restes du MORENA, soit à l’exil politique en France, soit à une clandestinité silencieuse qui ne reprendra voix au Gabon qu’en 1989.
En 1989, des événements similaires se produisent :
- Septembre 1989 : A l’occasion de négociations secrètes avec le pouvoir, retour au Gabon du Père Paul Mba Abessole, alors président du MORENA.
- Décembre 1989-Janvier 1990 : A la suite d’un mécontentement généralisé (paiement irrégulier des bourses, conditions de vie et de travail inadéquates, intoxication alimentaire sur le campus, etc.) et de tracts sur le campus de l’UOB, de violentes grèves d’étudiants éclatent qui mènent à la fermeture de l’université par le régime.
Mais c’est là que s’arrête la similarité des événements. Contrairement à 1981 où l’éveil de l’opposition fut sévèrement mâté par le régime Bongo, les années 1989-1990 suivirent un parcours événementiel différent. La conjonction des divers mouvements sociaux (grèves étudiantes, grèves sectorielles) avec la crise politique (retour du MORENA, ras-le-bol politique vis-à-vis du monopartisme de la population) et économique (crise économique sans précédent au Gabon) qui secouaient alors le pays forcèrent le dictateur gabonais à accepter l’idée de la libéralisation de la vie politique, et ceci malgré la fameuse déclaration faite à Bitam (Woleu-Ntem) dans la même période, où Omar Bongo affirmait encore qu’il n’y aurait jamais de multipartisme au Gabon tant qu’il serait au pouvoir. La conférence nationale, qui se tint du 23 mars au 19 avril 1990, signala donc ainsi le retour du multipartisme au Gabon. Près de 173 associations et partis politiques prirent en effet part aux travaux de la conférence, aboutissant à un multipartisme reposant sur une nouvelle constitution garantissant la pluralité politique au Gabon.
L’opposition gabonaise avait commencé son éveil sur une bonne note. Elle avait pu, de par sa relative unité au cours de la conférence nationale, refuser l’agenda du régime qui proposait une période transitoire de 5 ans avant l’établissement effectif du multipartisme et la création du RSDG (Rassemblement social démocrate gabonais) comme cadre idéologique de rassemblement de tous les partis politiques gabonais. Cependant, les premiers signes de la dissension se firent très vite jour au sein de cette même opposition, principalement au sein du MORENA. En janvier 1990, le père Paul Mba Abessole fut exclu du MORENA, ce qui força le prêtre à créer sa propre version du groupe, qu’il baptisa alors du nom de MORENA des Bûcherons, puis RNB (Rassemblement National des Bûcherons), avant finalement d’abandonner ce nom au Professeur André Kombila à la suite de dissensions internes, pour créer le RPG (Rassemblement pour le Gabon). Le MORENA lui-même se fractura par la suite en de multiples groupuscules antagonistes. Bien que l’on nota l’arrivée au sein de l’opposition de bon nombre de transfuges du régime qui abandonnaient Omar Bongo en prévision de sa chute annoncée qui ne faisait plus aucun doute dans la plupart des esprits, l’opposition ne put jamais réellement s’unifier. Les guerres de leadership (chacun se voyant dans la peau du futur président du Gabon), les opportunismes (alliances intéressées et contre-nature entre anciens membres du régime Bongo et une opposition naïve, chaotique et désorganisée) et l’absence d’une idéologie de conquête du pouvoir manquèrent d’unifier l’opposition autour d’une stratégie commune. C’est ainsi que les divers regroupements de partis observés depuis la conférence nationale—parmi les plus importants, FUAPO (Front uni des associations politiques de l'opposition) créé en 1990, et HCR (Haut Conseil de la Résistance) mis en place en 1993—furent particulièrement inefficaces et affaiblis politiquement par de multiples dissensions internes. Le recul progressif de la politisation des syndicats est également à noter. Après 1990, la plupart des syndicats abandonnèrent les slogans politiques désavouant publiquement le régime. Ils se contentèrent de revendications purement économiques et sectorielles qui ne remettaient plus directement en cause le pouvoir. Ceci contribua à apaiser les tensions et les pressions politiques qui avaient jusque-là maintenu le régime Bongo aux abois.
L’incompréhensible affaiblissement de l’opposition gabonaise au cours des 15 dernières années (1989-2004), à une époque clé de l’histoire du pays où le changement aurait pu facilement s’obtenir au vu de la perte de crédit du régime auprès du peuple et le désir clairement exprimé par ce peuple de voir un changement s’opérer à la tête du pays, découle d’un certain nombre de paramètres plus ou moins identifiables : ils sont le résultat direct des dissensions qui ont mené à la débâcle généralisée de l’opposition et donc, au découragement subséquent du peuple.
LE FLEAU DES DISSENSIONS ET DES IDEOLOGIES CONVIVIALISTES AU SEIN DE L’OPPOSITION GABONAISE
L’opposition gabonaise a, au cours des 15 dernières années, souffert d’un triple mal : poids exagéré des ambitions personnelles, incapacité chronique de définir une ligne idéologique claire de conquête du pouvoir autour de laquelle elle pourrait s’unir et extrême corruptibilité de ses leaders.
Ambitions personnelles démesurées
En termes d’ambitions personnelles, la croyance mégalomaniaque des leaders politiques gabonais, des plus petits aux plus grands, en leur capacité de devenir président—et ceci malgré les évidences personnelles (manque de charisme et de crédibilité, etc.), politiques (manque de structure et d’idéologie, etc.) et sociologiques (manque de représentativité et de soutien, etc.) qui se dégagent du contexte politique national et qui suggèrent le contraire—a indubitablement pesé d’un poids meurtrier sur les groupes qui se sont définis de l’opposition au Gabon. Qu’il s’agisse de Paul Mba Abessole ou de Pierre Louis Agondjo Okawé, de Pierre Mamboundou ou d’André Kombila, de Pierre Claver Maganga Moussavou ou de feu Simon Oyono Abaga, en passant par tous les autres prétendants affiliés ou non affiliés, indépendants ou sans partis comme Martin Edzodzomo-Ela, ce qui a principalement caractérisé ces personnages est leur incroyable et presque maladive croyance en l’inévitabilité de leur destin présidentiel. Aucun n’a été capable de s’effacer devant l’autre et de construire des arrangements qui auraient pu mener à un partage du pouvoir au sein de l’opposition en cas de victoire électorale ou autre. Du coup, les dissensions issues des aspirations personnelles ont fait barrage à la possibilité d’une entente coalisée réelle entre les diverses forces de l’opposition. Ces dissensions se sont faites tellement présentes que les divers leaders en ont perdu la portée idéologique et la finalité politique qui est celle de toute opposition : la conquête et la prise du pouvoir par les urnes (en contexte de démocratie) ou par la force (en contexte de dictature).
Ces dissidences et dissensions au niveau du leadership ont eu l’effet pervers de rendre très individuelle la démarche politique du Gabonais politisé. On ne se fie plus à personne d’autre qu’à soi-même, et on s’individualise. La politique devient source d’avancement personnel et on oublie que la vocation politique est avant tout une vocation de service, et que le citoyen qui s’engage dans l’action politique doit avant tout penser au bien-être du plus grand nombre, c’est-à-dire au bien-être de la nation toute entière. C’est ainsi que l’individualisation de l’action politique autour d’aspirations et d’ambitions personnelles finit par affaiblir politiquement ceux-là même qui avaient le potentiel de mener le combat politique à bon port si seulement ils s’étaient détachés de l’intérêt personnel. Et c’est cet affaiblissement paradoxal des potentiels « présidentiables » qui les plaça à la merci de la machine corruptive d’Omar Bongo. Vu que la plupart des dissensions au sein des divers partis au Gabon ont tendance à tourner, non pas autour d’une idéologie nationaliste visant le progrès national, mais plutôt autour de la nécessité ou non de négocier avec Bongo un possible partage du pouvoir qui assurera une place au soleil à chaque « membre influent » de chaque groupuscule politique, on aboutit forcément à une situation où l’idéologie du changement cède la place à l’idéologie du ventre.
Le plus surprenant, c’est que la plupart des leaders politiques gabonais ne voient pas du tout la paradoxale antinomie qui existe entre partage du pouvoir et conquête du pouvoir. Puisque partager le pouvoir, pour un parti d’opposition, suppose une négociation avec son adversaire politique, une telle entente signifie forcément un abandon de toute prétention à la prise du pouvoir. Certes, certains opposants comme Paul Mba Abessole ont fait des pieds et des mains pour convaincre les Gabonais que la meilleure stratégie de changement consiste à entrer dans la gueule du loup pour mieux l’étouffer de l’intérieur. Mais cet argument apparaîtra comme particulièrement simpliste à l’observateur averti. Un régime vieux de 37 ans comme celui de Bongo est un monstre dont tous les organes travaillent à sa préservation et à sa pérennisation. Pour cela, et parce que poussé par son instinct de survie, un tel régime est prêt à tout pour faire taire toute opposition à sa démarche mafieuse. Quand ce régime n’assassine pas directement les opposants dangereux, il les corrompt à coup de postes politiques et de « dons » d’argents. On ne change donc pas le régime Bongo de l’intérieur. C’est ce régime qui vous change. Dès lors que vous y entrez naïvement et finissez par constater l’impossibilité de réformer le monstre, vous n’avez d’autre choix que vous fondre dans la masse mafieuse, où l’honnêteté est vue comme un crime et le travail bien fait puni par la « loi ». Ici, les plus criminels sont promus et les plus honnêtes démis. Des gens comme Casimir Oyé Mba, Emile Doumba, Paulin Obame Nguéma, et maintenant, Paul Mba Abessole ont tous fait les frais de ce type d’approches. Ils sont devenus bongoïstes à force de renoncements et ont fini par s’habituer à la grande vie offerte par l’argent volé aux Gabonais. Devenus complices du régime, ils s’en sont faits, consciemment ou inconsciemment, prisonniers. Ceci parce qu’ils ne se sont jamais posé une question fondamentale : est-il réellement possible de construire une politique d’opposition sur l’idée de rencontrer son adversaire, négocier avec lui ou intégrer son camp afin de le détruire ? Il semblerait que non. Une opposition véritable est faite pour s’opposer, car c’est en s’opposant qu’elle pousse au changement. Elle est également faite pour se poser en alternative crédible, et non de négocier, collaborer, se compromettre ou partager. Elle doit viser la prise de pouvoir et la voir comme le seul véritable outil de réforme, car seule la prise totale du pouvoir garantit l’application des idées émanant du groupe et une gestion de la nation conforme à son idéologie, du moment que le peuple aura donné son feu vert par le vote majoritaire ou par d’autres formes de prise de pouvoir. S’opposer veut aussi dire mettre en place des stratégies visant à acculer son adversaire à l’échec ou à l’abandon, surtout quand il s’agit d’une dictature comme celle de Bongo. Affirmer le contraire, c’est adopter une conception fataliste de la politique qui favorise le maintien au pouvoir d’Omar Bongo. Il faut donc supprimer de nos mentalités l’idée selon laquelle il faut négocier avec Bongo ou même la France, pour arriver au pouvoir au Gabon. Ceux qui pensent ainsi cachent mal une paresse politique et un manque de conviction évidents, car leur but n’est ni de gagner ni de conquérir le pouvoir, mais plutôt de le partager dans un sens qui les engraisse personnellement, au détriment du plus grand nombre. En cela, ils se font tout simplement les complices de la criminalité bongoïste, compromettant ainsi toute chance de changement véritable et immédiat au Gabon.
Carences idéologiques et inexistence d’une idéologie nationaliste de prise de pouvoir
Aux côtés, donc, des ambitions personnelles et mégalomaniaques des leaders politiques gabonais, l’on remarquera aussi le manque chronique d’une idéologie de prise de pouvoir par tous les moyens possibles (par les urnes si le jeu démocratique est respecté, ou par la force si le jeu démocratique est faussé). L’opposition gabonaise semble en effet incapable de définir véritablement pour le peuple la finalité réelle de son action politique, surtout dans un contexte politique perverti comme celui du Gabon.
Au Gabon, en effet, il existe une opposition particulièrement amorphe lorsqu’il s’agit d’exercer sur le régime en place la pression nécessaire. De multiples occasions de changement se sont présentées à cette opposition, mais elles ont toutes fini à l’autel d’une supposée convivialité, convivialité qui a fini par anesthésier les esprits et découragé un peuple pourtant prêt au changement, mais plus que jamais exaspéré par l’incapacité chronique de cette opposition à se définir comme une véritable force d’alternance. C’est ainsi que depuis 1990 l’opposition gabonaise a systématiquement jeté à l’eau les belles opportunités qu’elle a eues de chasser Omar Bongo du pouvoir. A titre d’exemple :
1990 : La classe politique réunie lors de la conférence nationale, croyant naïvement en la fin du pouvoir Bongo, oublie de faire de cette conférence une conférence souveraine. Pire, elle oublie d’exiger la démission immédiate d’Omar Bongo et de mettre en place une constitution préventive qui empêcherait les futurs présidents de répéter les mêmes exactions criminelles qu’Omar Bongo. Ce fut là la première occasion ratée de, à la fois, se débarrasser du dictateur et imposer un véritable état de droit au Gabon qui garantirait de manière permanente les droits citoyens tout en assurant un équilibre sain entre les branches exécutives, législatives et judiciaires de l’état. Donner à Bongo la possibilité de terminer son mandat fut l’erreur la plus monumentale de l’histoire politique du Gabon. Pourtant, Bongo était tellement affaibli à cette époque, et la population unie derrière l’opposition, qu’il aurait suffi, pour en finir, de le menacer d’une insurrection généralisée s’il ne quittait pas immédiatement le pouvoir.
1990 : en mai, les émeutes qui, à Libreville et Port-Gentil, sévirent à l’annonce de la mort mystérieuse de Redjembé furent la première occasion véritablement violente au Gabon de pousser le régime à la fuite. Dans d’autres pays du monde, des opposants sachant saisir l’opportunité ont profité de tels mouvements populaires pour pousser le régime en place à la sortie. On citera notamment l’opportunisme de Boris Yeltsin en Russie, celui des opposants à Suharto en Indonésie, et plus récemment la démission forcée d’Edouard Schevarnadzé après que l’insurrection populaire encouragée par l’opposition l’y a obligé. Au Gabon, plutôt que de saisir cette occasion, les opposants les plus influents, soit par naïveté, soit par complicité avec le régime, appelèrent le peuple au calme au lieu de maintenir la pression et amener ainsi le régime à démissionner.
1990 : en septembre, à la suite d’élections législatives massivement truquées par Bongo, mais au cours desquelles le régime semblait malgré tout en ballottage défavorable après le premier tour, une partie de l’opposition menée par Paul Mba Abessole se prononce pour le boycott, tandis que l’autre votait pour la continuité de la participation au deuxième tour du scrutin. Pour les uns, cette participation aurait en effet pu voir la victoire finale de l’opposition si Paul Mba Abessole n’avait pas appelé au boycott, et pour les autres, le boycott de Mba n’avait rien changé à l’équation finale puisque le régime Bongo avait prévu de gagner par la fraude de toutes façons. Bizarrement, l’opposition n’entreprit aucune action réellement concertée et énergique pour obtenir l’annulation pure et simple du scrutin ou pour pousser le régime Bongo à la démission immédiate. Elle s’enlisa dans ses querelles internes et laissa Omar Bongo pavoiser en toute quiétude sur sa victoire malhonnêtement obtenue.
1993 : en décembre a lieu la première élection présidentielle multipartiste du Gabon depuis 1967. La fraude massive orchestrée par le régime voit Omar Bongo (51,18 %) s’imposer contre son principal challenger Paul Mba Abessole (26,48%). Face à ce « coup d’état électoral », l’opposition semble adopter une position décente vu que Mba Abessole se déclare vainqueur et initie même la formation d’un gouvernement parallèle, tandis que l’opposition se regroupe au sein du HCR (Haut Conseil de la Résistance). Mais toutes ces initiatives s’effritent devant les dissensions au sein même de l’opposition et les appels au calme lancés par certains devant un peuple prêt à tout casser et à en finir avec le régime Bongo. Pourtant, à Madagascar, l’on a vu le même scénario se produire, mais l’opposition malgache tint tellement bon que le président Ratsiraka dû plier bagage et s’exiler hors du pays. Au Gabon, il semble en effet que l’opposition n’aime ni les longs combats éprouvants, ni les confrontations avec le pouvoir, confrontations qui, pourtant, demeurent le seul moyen d’exercer une pression conséquente sur un régime comme celui de Bongo.
1994 : En conséquence des troubles constatés en 1993 et 1994 suite à l’élection présidentielle contestée, les accords de Paris se tiennent en septembre pour débloquer la situation politique plus que tendue dans le pays. A l’origine, les revendications de l’opposition tournent autour de considérations légitimes : transparence du processus électoral, renforcement de l'Etat de droit, sécurité, liberté de la presse, garantie de l'application des Accords eux-mêmes et révision du Code de la nationalité, parmi d’autres clauses importantes. Mais là encore, l’union de l’opposition s’effrite autour du fameux franc électoral, dont les partis font un point névralgique des négociations. Ce franc électoral deviendra progressivement par la suite un point de divisions importantes au sein des divers partis, dont les chefs détourneront parfois le financement, causant des schismes dévastateurs pour leurs formations. Et comme d’habitude, l’opposition oublie de s’organiser d’une manière qui puisse obliger Bongo non seulement à respecter ces accords, mais également à ne plus pouvoir manipuler la constitution gabonaise.
1998 : Suite à diverses manipulations de la constitution qui ont tendu à lui redonner les pleins pouvoirs et à une fraude électorale toujours plus scandaleuse, Omar Bongo (66,88% ) s’impose outrageusement face à Pierre Mamboundou (16,54%) lors de la deuxième élection présidentielle pluraliste du pays depuis 1967. L’opposition proteste mollement, mais est incapable de s’organiser et de s’unir pour poser des actes visant à invalider le scrutin, et au besoin, à déstabiliser totalement et immédiatement le régime Bongo.
2001 : décembre 2001, des élections législatives se tiennent. Même chanson : Le PDG d’Omar Bongo s’impose massivement par la fraude, devant une opposition qui ne sait plus s’unir, et donc qui ne peut rassembler. Malgré l’importante abstention observée (près de 70%) et les appels dispersés de l’opposition à l’annulation ou au boycott, c’est peine perdue. L’opposition est tout simplement trop désunie pour constituer un groupe capable de s’imposer devant le régime pour obtenir l’annulation. C’est suite à ces élections que celui qui, à un moment, fut le plus radical des opposants historiques au régime Bongo, Paul Mba Abessole, entre dans le gouvernement d’ouverture, signalant ainsi la fin de l’opposition aux apparences radicales née de la conférence nationale de 1990 et le début d’une opposition dite de la convivialité.
Depuis, sous les yeux indifférents de l’opposition, le régime Bongo a asséné des coups fatals supplémentaires à la nation, sans qu’aucune réaction conséquente ne vienne essayer de bloquer la nouvelle tendance au parti unique d’Omar Bongo : Le régime change unilatéralement la constitution, instaure le scrutin présidentiel à un tour, établit la présidence à vie d’Omar Bongo en réintroduisant la rééligibilité permanente. Pour combler le tout, l’opposition laminée et les syndicats phagocytés signent passivement des accords de trêve sociale qui, à n’en point douter, ressemblent bien à des accords consacrant le retour du parti unique au Gabon, avec la complicité active de tous les acteurs politiques et socioéconomiques du pays. En tout et pour tout, la tendance de l’opposition aux négociations perdues d’avance, sans d’abord s’assurer de s’organiser d’une manière qui puisse forcer Bongo à accepter leurs idées, a fait tellement de mal au pays que, de nos jours, le peuple s’est feutré dans un fatalisme maladif, convaincu que le changement ne viendra plus que de Dieu lui-même.
De l’extrême corruptibilité de l’opposition gabonaise : le fléau des idéologies convivialistes
La convivialité est le nouveau fléau de la politique gabonaise. Semée par Mba Abessole, dont le seul but semble avoir été de venir au Gabon pour détruire au profit de Bongo les velléités de changement que le peuple avait exprimées, la convivialité a gagné du terrain. Maintenant, c’est la loi du « tous pour moi, et moi pour moi » qui prévaut au Gabon.
Le parcours vieux de 15 ans de l’opposition gabonaise est donc parti de l’étape d’une opposition aux apparences radicales et sans idéologie de prise de pouvoir à celle d’une « opposition manioc », qui se contente de manger. Mba Abessole, convivialiste en chef, a su manipuler son monde. Profitant de son statut de prêtre au service de Dieu, il a su exploiter au profit du régime le profond christianisme des Gabonais. C’est ainsi qu’au cours des années il a multiplié les appels à la non violence et à la convivialité, ce qui a naturellement mené à l’abandon collectif de l’opposition. Si Mba Abessole, le prêtre, « mange » maintenant avec Bongo alors qu’il s’était jadis posé en justicier de Dieu, que reste-t-il d’autre aux autres prétendants à faire qu’à se conformer à l’esprit de la « mangerie » mafieuse au Gabon?
Du coup, tout le monde se précipite en ordre dispersé sur la soupe bongoïste de peur de ne jamais pouvoir « manger » comme les autres, et le tour est joué : fin de l’opposition et continuité des guéguerres internes entre ceux qui font du pied à Bongo dans l’espoir d’être accepté dans le giron des « mangeurs », et ceux qui, tout en voulant manger, veulent quand même voir un minimum de changement s’opérer. Bongo, du coup, devient l’arbitre du comportement des uns et des autres : Si vous voulez « manger », leur dit-il, alors taisez-vous et faites votre part de promotion de la Majorité présidentielle, car ce n’est qu’à ce prix qu’il y aura du « pain » pour tous. Et Mba Abessole de s’exécuter car, ayant déjà goûté aux joies ludiques de la Mairie et du gouvernement, il veut maintenant tout avoir, ou presque : aux oubliettes le poste de président ; cela prendrait trop de temps et l’âge avance. On se contente désormais du poste de Premier ministre promis par Bongo, et l’on travaille dur pour ça . De « présidentiable », Mba Abessole, sans honte, se rabaisse au poste de « premier-ministrable» et devient le porte-parole de Bongo : en tant que Directeur de campagne du dictateur qui fut son ennemi, il va tout faire pour le faire réélire, sinon adieu le poste de Premier ministre. L’échec est évident.
Il est, à ce propos, faux de croire que le pouvoir Bongo se soit reconsolidé ou renforcé. En fait, ce n’est pas le régime Bongo qui s’est reconsolidé, loin de là. Ce régime est aujourd’hui au plus faible de son histoire et facilement prenable par ceux qui auraient le courage d’oser. C’est plutôt l’opposition qui s’est effondrée, faute de combattants à convictions. Pour que le supposé renforcement du régime soit crédible, il faudrait qu’il soit fait la démonstration claire que 1) Le peuple a recommencé à croire en Bongo, et 2) que Bongo peut obtenir des scores électoraux non truqués et, donc, véritablement représentatifs de la volonté populaire. Les manipulations constitutionnelles et électorales du régime depuis 1990 portent plutôt à croire que Bongo se sait incapable de gagner dans la transparence et se sent obligé de voler les élections pour rester au pouvoir. Par ailleurs, les abstentions, qui ne cessent de progresser depuis 1998, atteignant 70% aux législatives de 2001 pour ensuite se situer à près de 95% lors des élections locales de 2003, semblent indiquer un désengagement du peuple vis-à-vis de la chose politique, du moment que ce peuple a remarqué que son vote n’a jamais compté dans le processus électoral depuis 1990. Ces 95% d’abstentions constituent un double désaveu à la fois du régime (incapable de se réformer et de développer le pays en 37 ans de pouvoir sans partage) et de l’opposition (incapable ou trop hésitant de rassembler en vue d’une solution finale). Bongo est alors « obligé » de gagner par défaut puisqu’en face de lui personne ne fait la tête.
Les tergiversations et la corruptibilité d’une opposition laminée et sa prise de refuge derrière le honteux dicton qui dit que c’est à Paris que le pouvoir gabonais se conquiert, révèlent bien plus qu’une incapacité. C’est bel et bien d’un manque de vision et de combativité qu’il s’agit ici. Malheureusement, les mythes cultivés par les leaders de l’opposition, qui soutiennent que c’est la France qui maintient Bongo au pouvoir, ont fini par avoir l’effet pervers de faire croire à la population que le changement n’est plus possible au Gabon et qu’il faut attendre que Bongo meure ou se décide à partir de son bon vouloir, ou alors que la France veuille bien débarrasser le Gabon de ce fléau. Et puisque ce type de commentaires a le double effet de tuer l’espoir du peuple tout en présentant les leaders eux-mêmes comme des gens incapables qui ne dépendent que du bon vouloir de la France ou de Bongo pour arriver au pouvoir, alors le seul gagnant de l’histoire devient Omar Bongo, victorieux de tous sans coup férir. C’est dire que les théories convivialistes des opposants gabonais sont, en fait, des théories escapistes créées de toutes pièces pour justifier le « partage » du pouvoir avec Bongo : Puisque Bongo ne peut pas partir parce que c’est la France qui le soutient, disent nos opposants, alors le mieux pour nous, leaders politiques, est de nous associer au régime Bongo pour le « ronger » de l’intérieur. Ainsi naquit la convivialité des « rongeurs », qui croient tromper le peuple alors que tout le monde sait que ces alliances contre-nature ne visent qu’un seul but : l’intérêt personnel.
Le fléau de la convivialité va ainsi de pair avec la corruption politique qui sévit actuellement au Gabon. Tous les groupes politiques, qu’ils soient fantaisistes ou sincères, en ont été victimes, et les leaders des formations politiques reconnues ne se cachent même plus du public pour afficher leur corruptibilité. En 2001 par exemple, les opposants partis rencontrer Omar Bongo pour négocier la transparence des élections législatives en ressortent divisés à cause du franc électoral (500 millions de CFA) que Bongo leur jeta en pâture. Les désistements et les ralliements au régime n’en finissent plus : de Léon Mebiame sorti de son « opposition » obscure à Bongo, à Maganga Moussavou en passant par le chef des « conviviaux » Paul Mba Abessole lui-même, la danse des convives à la table de dépècement du Gabon garnie par Omar Bongo n’en finit plus.
Une seule chose est sûre : parce qu’elle manque cruellement de convictions politiques nationalistes, l’opposition gabonaise ne pouvait réellement aller nulle part. Au Gabon jusqu’à présent, faire de la politique a voulu dire une seule chose : devenir ministre ou se remplir les poches. La jeunesse gabonaise s’est habituée à voir la politique comme la seule voie d’enrichissement possible. Du coup, le mythe de l’appel du pied est né au Gabon. Pour les Gabonais expatriés par exemple, ce mythe consistait à se mêler de politique en se déclarant opposant juste pour se faire remarquer par le régime, et dès que l’on était approché, on abandonnait vite les paroles d’opposant pour se rallier avec fracas au régime. Est donc née au Gabon une classe d’opposants convivialistes que l’on peut regrouper en quatre catégories :
- Les opposants en transit : souvent installés à l’étranger comme étudiants et végétants sans réelle source de survie, ils sont spécialistes de l’appel du pied car ils se font remarquer par de grosses, mais fausses invectives contre le régime. Ils rejoindront cependant tout de suite le régime à la moindre occasion, dès lors qu’ils sont approchés par ce régime. C’est le cas d’André Mba Obame, hier opposant véreux au régime au sein de la communauté estudiantine gabonaise en France, aujourd’hui chantre inconditionnel d’Omar Bongo.
- Les cyber-opposants : spécialistes des pseudonymes et vivant à l’étranger ou au Gabon dans la peur de montrer leur couleur politique à cause des possibles répercussions, les cyber-opposants s’exprimeront exclusivement sur Internet, mais n’auront jamais le courage de le faire à visage découvert. Ils seront parfois porteurs de bonnes idées pour le Gabon, mais parce qu’ils ne veulent s’engager dans quoi que ce soit de politique ou de concret, ils créent par la force des choses un vide politique qui profite à Bongo. Ils ne se rendent pas compte que si Bongo devait demain faire face à une communauté gabonaise expatriée ou nationale forte, unie et consolidée autour d’un seul groupe, ou organisée politiquement dans des groupes à convictions, le régime Bongo s’écroulerait de par la force de l’opposition qui en découlerait. Ils ne comprennent pas non plus que ce n’est pas la simple écriture sur Internet qui constitue une opposition. Ce qui constitue l’opposition, ce sont les gens derrière l’écriture et ces gens doivent avoir le courage de se battre à visage découvert, de s’organiser et de mener des actions concrètes pour constituer une force de changement crédible. L’Internet, dans ce cas, ne devient qu’un outil, et non une finalité. Un certain nombre d’anciens membres « importants » du BDP sont dans cette catégorie. Dès lors que le BDP a pris de l’ampleur au Gabon, ces membres ont soudain pris peur parce qu’ils ne pensaient pas que le BDP dépasserait l’étape des invectives sur Internet. Certains ont quitté le mouvement parce qu’ils croyaient que le BDP resterait un simple mouvement sans autre but que la pure et simple cyber-opposition. Ils ont eu peur, ont-ils dit, de ne plus pouvoir renouveler leurs passeports ou de ne plus pouvoir entrer au Gabon voir leurs parents. D’autres l’ont quitté pour aller se vendre à Bongo, trop apeurés par la simple idée de devoir un jour se confronter au régime Bongo. Il valait alors mieux s’allier ou se vendre à ce régime, plutôt que de le combattre frontalement.
- Les opposants double-jeu : ceux que le régime crée de toutes pièces pour « faire semblant » d’être opposants. Ils agissent un moment comme opposants, puis au dernier moment retournent leurs vestes. Les Maganga Moussavou font partie de ceux-là.
- Les opposants conviviaux : Ceux-là prônent la non violence et la collaboration avec le régime, soi-disant pour préserver la paix et l’unité nationale. Ils disent être capables de changer les choses de l’intérieur. Ils condamneront tout appel à la violence et à la désobéissance civile et s’allieront au régime pour préserver « la paix » de leurs ventres. Paul Mba Abessole était de ceux-là.
- Les opposants républicains : Ceux-ci se déclarent de l’opposition républicaine, ce qui veut dire qu’ils se refusent à utiliser des moyens « illégaux » pour combattre Bongo. Ils préfèrent travailler dans le cadre de la loi gabonaise pour défaire Bongo et utiliseront les plaintes déposées à la Cour constitutionnelle et les motions de censure à l’Assemblée nationale comme moyens d’actions principaux, sans plus. Mais puisque la loi du Gabon est faite pour maintenir Bongo au pouvoir, et puisque Bongo lui-même et son régime bafouent ces lois au gré de leurs humeurs, on voit très vite que toute approche légaliste est vouée à l’échec et que vouloir combattre Bongo dans le cadre de la loi qu’il a créée pour lui-même est un exercice en futilité. Pierre Mamboundou est de ceux-là.
- Les opposants « taupes » : ceux que Bongo place dans les divers partis de l’opposition pour espionner les partis, et au besoin, susciter des scissions et dissensions pour les affaiblir s’ils menacent de devenir trop présents dans le contexte politique gabonais. Siméon Ekoga, et d’autres transfuges du BDP que l’on connaît, étaient de ceux-là.
- Les opposants opportunistes : Ceux qui adhèrent à des partis politiques ayant le vent en poupe comme le BDP, juste le temps de se faire remarquer comme « membres influents », pour ensuite aller vendre cette « influence » au régime en vue d’un bénéfice professionnel ou financier personnel. Paul Okili-Boyer, autre transfuge du BDP, est de ceux-là.
- Les opposants pressés : ceux-ci sont une catégorie particulière d’opposants opportunistes, qui ne voient en la politique qu’une opportunité d’avancement personnel. Quand ils se retrouvent dans des mouvements fortement idéalistes ou nationalistes comme le BDP qui sont prêts à combattre à court, moyen ou long terme, ils ne montrent pas la patience nécessaire et cherchent toute opportunité de rencontre avec Bongo pour négocier une situation personnelle. Quand donc leur leader refuse de négocier avec Bongo ou de le rencontrer, ils l’accusent d’extrémisme et l’abandonnent pour aller se vendre individuellement au pouvoir. Ces opposants voient ainsi leurs leaders comme un frein à leur épanouissement personnel, montrant ainsi que leur engagement politique est un engagement intéressé et qu’ils n’ont pas la patience de se battre pour un Gabon meilleur pour tous.
- Les opposants présidentiables : Ceux-là se voient déjà présidents du Gabon et ne sont prêts à laisser la place à qui que ce soit d’autre, même s’il est démontré que leur charisme et leur représentativité sociologique laisse à désirer. Ils refuseront donc de s’allier aux autres partis de l’opposition de peur de ne plus pouvoir briguer le poste présidentiel ou de se faire évincer par le leader d’un autre parti si ce dernier est plus populaire. C’est ce type d’opposants qui, depuis, 1990, n’arrive pas à s’entendre au Gabon. On y trouve Agondjo, Mamboundou, et tous les autres leaders qui aujourd’hui refusent de s’allier pour former un bloc unitaire prêt à tout pour en finir avec la dictature bongoïste.
- Les opposants « terrés » ou « opposants de l’ombre » : cette catégorie est constituée de personnes qui croient fermement que le changements est nécessaire, mais n’ont pas le courage de se lever, de se montrer à ciel ouvert par peur de perdre leur emploi, de ne plus pouvoir aller au Gabon s’ils vivent à l’étranger, ou d’aller en prison. Ceux-ci, de l’ombre, encourageront les opposants déclarés en secret, et auront comme dicton : « allez-y, nous vous soutenons », ou bien, « j’attends de voir jusqu’où vous irez et si vous êtes sérieux, alors je vous rejoindrai. » Ce que ce type d’opposants ne comprend pas est que le sérieux, c’est à eux de l’imposer, et qu’attendre que les autres fassent d’abord le travail veut dire qu’on ne veut pas soi-même avoir à le faire. On ne rejoint ainsi le bateau que quand celui-ci est presqu’arrivé au port.
- Les opposants démissionnaires : Ceux-là abandonnent tout simplement la lutte dès que le combat se fait trop long ou dès que leur avancement personnel se met à souffrir de leur action politique. Sans forcément rejoindre le régime en place, ils quitteront leur parti ou se mettront en « veilleuse », le temps d’assurer leur situation professionnelle ou d’attendre que le terrain soit un peu plus déblayé par les autres.
- Les opposants « responsables » : Ceux pour qui « responsabilité » rime avec respect envers Omar Bongo. Pour eux, il faut respecter Bongo parce que c’est le président du Gabon, et que la politique peut se faire dans un cadre négocié avec le pouvoir sans que l’on perdre son âme d’opposant. On peut même, disent-ils, changer les choses de l’intérieur en se joignant au régime pour gérer ensemble le Gabon ou en faisant « des propositions » que le régime pourrait utiliser pour s’améliorer ou se réformer. Il faut donc bannir les insultes et le radicalisme. D’ailleurs, des noms de partis comme « Bongo Doit Partir » ne sont pas des noms responsables ni sérieux.
Tous ces traits de caractères d’opposants « conviviaux », présentés ici de manière artificielle, peuvent se retrouver et se cumuler dans la même personne ou dans des personnes différentes. Mais ce qui ressort essentiellement de ces diverses « personnalités » caractéristiques de l’opposition officielle ou non officielle au Gabon, c’est la fragilisation à outrance du combat politique contre la dictature d’Omar Bongo qui en résulte. De par leurs aspirations et ambitions personnelles, de par leur manque d’idéalisme nationaliste et de par la peur générale d’oser, les divers opposants de la nation, qu’ils soient au Gabon ou à l’étranger, qu’ils soient déclarés ou non déclarés, contribuent à la pérennisation du pouvoir Bongo de par les diverses prises de position qu’ils adoptent. D’où l’échec collectif qui est celui de l’opposition gabonaise. S’il y a une seule certitude dans le Gabon d’aujourd’hui, cette certitude est la suivante : La convivialité a tué l’opposition gabonaise et l’a transformée en « opposition manioc » uniquement préoccupée par son « ventre », c’est-à-dire l’argent et les postes politiques.
Devant, donc, tous ces manquements qui compromettent la possibilité d’un changement immédiat au Gabon, une observation s’impose : s’il est impossible au Gabon aujourd’hui d’en finir avec le régime Bongo par les voies démocratiques normales à cause de la décadente carence que notre pays connaît en matière d’état de droit (élections transparentes et libres, application des lois, équilibre des pouvoirs, autoritarisme et dictature, corruption politique, etc.), et si le régime Bongo est incapable de se démocratiser et de se réformer par lui-même, tellement il est enfoncé dans un carcan de criminalité sans pareil dans le monde, que reste-t-il comme choix aux Gabonais en dehors du radicalisme nationaliste ?
LE RADICALISME NATIONALISTE : SEULE SOLUTION POUR UN CHANGEMENT VERITABLE ET IMMEDIAT AU GABON
Le premier constat à faire ici est que nos opposants, hélas, ont trop peur de souffrir. C’est une opposition qui a peur d’oser, parce qu’elle a peur de la souffrance qui pourrait en résulter, pas tellement pour le peuple puisque ce peuple souffre déjà, mais pour elle-même. Ainsi, quand des coups d’état éclatent ailleurs, l’opposition gabonaise se précipite de dire qu’au Gabon, nous avons de la chance parce que nous n’avons jamais eu de coup d’état. Quand une insurrection populaire violente chasse du pouvoir des présidents dictateurs en Indonésie ou en Géorgie, on se précipite de dire que le Gabon est vraiment un pays chanceux, parce que nous n’avons jamais connu d’insurrection violente.
Mais curieusement, les gens qui tiennent de tels propos sont souvent incapables de dire réellement et concrètement en quoi le Gabon peut être considéré comme un pays chanceux. Les misères que subissent les Gabonais chaque jour, les morts du paludisme et du SIDA par manque de soins hospitaliers, la pauvreté généralisée qui fait qu’au Gabon il y ait encore 60% de gens vivant sous le seuil de pauvreté, ne sont-ils pas des souffrances qui ont coûté et continuent à coûter plus de vies humaines que ce qui pourrait arriver le temps d’un coup d’état ou d’une insurrection populaire? Les bénéfices à moyen ou long terme de la fin du régime Bongo ne dépassent-ils pas, et de loin, les dégâts humains et matériels qui pourraient arriver le temps d’un coup d’état ou d’une insurrection qui durerait deux jours, une semaine, un mois, voire un an ? Et si le Gabon doit en arriver à de telles extrémités pour obtenir le changement, cela n’en dirait-il pas long sur la monstrueuse bestialité du régime Bongo, qui préfèrerait voir des dizaines de morts au Gabon plutôt que de quitter le pouvoir, malgré l’évidence d’un soulèvement populaire qui lui en intimerait l’ordre ? Si Omar Bongo, donc, résiste au point de conduire le pays à la guerre civile ou à l’insurrection violente, alors le seul coupable serait Omar Bongo, et non le peuple qui essaie tout naturellement de se libérer de sa dictature. C’est donc Omar Bongo qui devrait payer pour tous les dégâts en matériel et en vies humaines qui résulteraient de sa résistance à la volonté populaire, et il faudra que les Gabonais le jugent alors pour ses crimes contre la nation.
Il faut donc une autre approche, et d’autres méthodes. Le principe de la non violence tel que jadis présenté par Mba Abessole a certes des mérites, mais uniquement quand on a en face de soi des humains qui savent respecter les règles du jeu démocratique tout en se préoccupant sincèrement du devenir de toute une nation. La non violence suppose en effet un dialogue franc entre des forces politiques qui mettent en avant l’intérêt national au détriment de l’intérêt personnel ou partisan. Parce qu’il est plus facile de s’entendre sur l’intérêt national, seule réalité objective, la priorité aurait dû être pour toutes les forces politiques et socioéconomiques de la nation de se concentrer sur les problèmes auxquels fait face le Gabon. Puisque ces problèmes découlent directement du déficit démocratique qui immobilise le pays dans la léthargie depuis 37 ans, seule une entente des forces vives de la nation sur une réforme de fond aurait pu mener au salut national. La réforme, quant à elle, suppose la mise en place d’un état de droit qu’aucun régime ne peut manipuler à sa guise. Dès lors qu’il existerait ce type d’état, le jeu démocratique serait respecté et le meilleur gagnerait toujours. Mais devant un régime qui se refuse à jouer le jeu démocratique, devant un régime qui veut se maintenir au pouvoir à tout prix, la non violence n’a plus de sens et la négociation perd de tout son sens. La solution, pour un pays comme le Gabon, se trouve alors dans l’adoption d’une idéologie basée sur le radicalisme nationaliste.
Le radicalisme nationaliste, tel que défini par le BDP-Gabon Nouveau, part de la reconnaissance que rien de bon ne peut plus se passer au Gabon tant que le régime Bongo est au pouvoir. Par conséquent :
- Vu que le régime Bongo est incapable de se réformer par lui-même, il faudra en face de lui une opposition capable de le pousser, soit à la réforme, soit à la sortie, ce qui revient au même car un Gabon réformé verrait la chute immédiate du régime Bongo par le jeu électoral dès lors que le respect des règles du jeu démocratique serait garanti par l’état réformé.
- Ceci implique la recherche du changement par tous les moyens possibles (moyens « légaux » et/ou « illégaux », moyens pacifistes et/ou violents), quelque soit le temps que cela prendra.
- Le mouvement radical ne reconnaît pas Omar Bongo comme le président légitime du Gabon. De son accession illégale à la présidence en 1967 aux fraudes qui l’ont vu se maintenir au pouvoir depuis 1990, Omar Bongo n’a jamais fait la démonstration de pouvoir gagner des élections au Gabon sans passer par une fraude massive. De ce point de vue, son maintien au pouvoir est à la fois illégal et illégitime. Omar Bongo ne peut donc être considéré comme président du Gabon, mais plutôt comme dictateur jamais élu qui s’impose à un peuple qui, pourtant, n’en veut plus. Et parce que le mouvement radical sait que Bongo ne peut gagner aucune élection véritablement transparente au Gabon, le mouvement radical ne peut se satisfaire que du départ inconditionnel d’Omar Bongo et de son régime du pouvoir.
- Le mouvement radical gabonais doit donc baser son action politique sur un refus absolu des compromissions qui résultent de négociations avec le pouvoir en place. Il est donc impératif pour lui d’éviter de négocier quoique ce soit avec un tel régime. Si jamais il y a rencontre, cette rencontre ne peut être que pour discuter de manière radicale, publique et connue de tous les Gabonais les modalités du départ immédiat d’Omar Bongo et de son régime du pouvoir.
- Face à une dictature comme celle de Bongo, la prise de pouvoir par tous les moyens possibles doit être la finalité ultime, car les idées nationalistes du mouvement ne peuvent s’appliquer que dans un état entièrement contrôlé et géré par lui. Ceci exclue donc toute idée de partage du pouvoir, car un tel partage noierait l’idéologie du mouvement, tandis que le mouvement lui-même finirait phagocyté par le régime en place, aboutissant ainsi à un statut quo qui condamnerait le peuple à une souffrance perpétuelle.
C’est la position qu’a adopté le BDP depuis sa transformation en parti politique en 2002 et la création subséquente de son gouvernement de salut national. Il est évident que les diverses sortes d’opposants convivialistes cités plus haut ont du mal à comprendre ce positionnement radical du BDP. Pour eux, le convivialisme et la négociation, ainsi que les compromissions qui en résultent, sont nécessaires et inévitables quand on veut arriver au pouvoir. Le BDP, cependant, pense autrement et refuse cette approche simpliste du pouvoir politique.
Evidemment, à cause de ce positionnement radicaliste, le mouvement a lui-même déjà été plusieurs fois la victime du type d’opposants convivialistes décrits plus haut : En 2003, Siméon Ekoga et Okili-Boyer étaient exclus du BDP après qu’il avait été découvert qu’ils travaillaient en fait pour le régime Bongo comme « opposants taupes » au sein du BDP et qu’ils s’apprêtaient à déclencher une dissension au sein du mouvement pour essayer de l’affaiblir. La suite, on la connaît : Siméon Ekoga fut reçu en grandes pompes au Gabon par le régime Bongo et présenté faussement aux Gabonais à la télé et dans les journaux comme le nouveau leader du BDP. L’on raconta aux Gabonais que grâce à ce changement de leader, le BDP se ralliait désormais au pouvoir et mettait fin aux « errements » extrémistes du Dr. Daniel Mengara, cet homme terré au New Jersey qui prônait la guerre civile, les coups d’état, la division ethnique et la violence contre Bongo comme moyen d’arriver au pouvoir. Siméon Ekoga se présentait ainsi comme celui qui allait négocier « responsablement » avec Bongo l’avenir du Gabon. On sait où cette « négociation responsable » a abouti : 300 millions en poche et absorption totale dans le régime Bongo, avec à l’appui un soutien financier pour créer un parti « fantôme » qui ne put jamais décoller.
Le BDP a également déjà connu bon nombre de crises internes dues aux tiraillements occasionnés par les opposants à tendance convivialiste qui y avaient adhéré. En effet, le mouvement, comme tous les autres partis et mouvements politiques du Gabon, a dû faire face à des membres correspondant à des opposants « taupes », « pressés », « opportunistes », « démissionnaires » ou autres, qui reprochaient à sa direction son « radicalisme » et qui voulaient que le mouvement s’engage dans la « real politique » à la gabonaise, ce qui veut dire, rencontrer Bongo pour négocier le partage du pouvoir et des postes politiques. C’est ainsi que :
- En 2001, un groupe de convivialistes infiltrés dans le BDP essaie de pousser le mouvement à changer de nom, parce que, selon eux, le nom « Bongo Doit Partir » ne fait pas sérieux. Evidemment, le mouvement comprit que ces individus travaillaient en fait pour Bongo, qui est la seule personne que ce nom dérange et qui souhaite à tout prix que le BDP l’abandonne. La direction du BDP tint bon, et le nom demeura.
- En 2003, lors de la réunion du BDP à Bordeaux, un groupe de convivialistes « taupes » menés par Siméon Ekoga essaie de faire changer, non seulement le nom du mouvement, mais aussi de faire abandonner au mouvement son gouvernement de salut national. Mais cette tentative échoua car le mouvement savait que ces actions de sabotage préparaient en fait le chemin de la dissension dont Siméon Ekoga et Okili-Boyer se firent les auteurs immédiatement après la réunion de Bordeaux, sous les ordres directs d’André Mba Obame et de l’ambassadeur Adzé.
- En décembre 2003, le mouvement connaît des soubresauts internes parce que la direction, notamment le Dr. Mengara, aura refusé d’aller rencontrer Omar Bongo le 8 décembre à Paris. Les opposants « pressés » du mouvement semblaient voir en ce type de rencontre « une opportunité » soit pour le mouvement de se grandir (?!), soit pour eux-mêmes de pouvoir gravir rapidement les échelons politiques si le mouvement se compromettait dans des ententes secrètes avec le pouvoir. Là encore, la direction rejeta ce type d’arguments trop simplistes et refusa l’invitation d’Omar Bongo.
- En mai 2004, Omar Bongo lance une nouvelle invitation de rencontre au Dr. Mengara pour une rencontre à Washington. Le mouvement, qui se réunissait ce même mois dans le cadre de ses activités politiques, vote à l’unanimité pour rejeter l’invitation d’Omar Bongo. Pour s’assurer que la rencontre n’aurait pas lieu, le mouvement pose des conditions draconiennes au régime, ce qui aboutit en effet à une rencontre avortée. Mais encore une fois, des « opposants pressés » ou « taupes », qui ont eux-mêmes initialement voté pour rejeter la rencontre, contournent les directives du mouvement et s’en vont rencontrer Omar Bongo en secret et sans autorisation de la direction. Cette démarche indisciplinée, on s’en rend bien vite compte, tournait comme toujours autour d’aspirations personnelles qui cachaient mal le manque de convictions politiques réelles.
Si donc, comme le montrent ces exemples tirés de l’expérience interne du BDP, l’opposant gabonais, ou plutôt le Gabonais qui se définit comme opposant, doit à tout prix rechercher la rencontre avec Bongo pour « se grandir » politiquement, cette démarche ne constitue-t-elle pas un aveu d’échec ou d’incapacité à se « grandir » hors du système Bongo ? Vu que la plupart des partis politiques gabonais, qu’ils soient nés de la conférence nationale ou non, ont démontré une tendance inquiétante à vouloir faire de Bongo l’arbitre des maux causés par Bongo lui-même, n’y a-t-il pas alors risque de voir Bongo continuellement mener le jeu politique au Gabon en devenant l’arbitre de tout ce qui se passe au Gabon ? Les partis politiques dits de l’opposition, en se référant à Bongo pour résoudre tous les problèmes relatifs au manque de démocratie au Gabon, ne voient-ils pas que c’est ce même Bongo qui tue la démocratie au Gabon ? Comment peuvent-ils s’attendre à ce que ce même Bongo tueur de démocratie devienne celui qui sauvera la démocratie au Gabon ? Ces partis ne comprennent-ils pas que le jour ne viendra jamais où Bongo se fera démocrate, car l’établissement d’une véritable démocratie au Gabon voudra automatiquement dire la fin du régime Bongo ? Omar Bongo n’étant plus capable de gagner une élection totalement transparente au Gabon, vu que n’importe qui pourrait le battre dans un tel contexte, que lui reste-t-il comme atout autre que la dictature permanente ? Toute élection sous Bongo au Gabon ne vaut plus rien, car l’on sait d’avance qu’elle sera truquée, d’où l’abstention électorale devenue chronique des Gabonais. Pour le peuple, à quoi sert le vote si le résultat est connu d’avance ?
Il y a donc une nouvelle démarche à adopter quand il s’agit de traiter avec le régime Bongo. Cette démarche, pour être effective, doit partir des observations suivantes :
- Quand pour obtenir des concessions sur la transparence électorale, les partis politiques se rendent au palais de marbre du bord de mer pour quémander les droits des Gabonais auprès de Bongo, ne sont-ils pas déjà voués à l’échec de par cette démarche puisque c’est Bongo qui est en position de force dans ce contexte ?
- Quand les leaders de partis politiques s’adressent à la Cour constitutionnelle pour remédier à la fraude électorale de Bongo, s’attendent-ils réellement à ce que Bongo laisse cette Cour le débouter de son pouvoir ?
- Quand Bongo invite le Dr. Mengara à une rencontre politique, les membres du BDP qui souhaitent une telle rencontre croient-ils réellement que c’est en allant rencontrer Bongo que tous les problèmes du Gabon évoqués répétitivement depuis 37 ans seront résolus en un seul jour et que Bongo quittera immédiatement le pouvoir sans opposer de résistance ? Ne voient-ils pas que toute tentative de Bongo de rencontrer un opposant craint est avant tout une tentative de corruption visant à voir comment il peut faire taire un tel opposant soit en l’achetant, soit en le phagocytant?
Si donc, ni les négociations au palais, ni les accords de Paris, ni les prononcements de Cour constitutionnelle, ni les rencontres d’opposants avec Bongo n’ont pas pu réussir à convertir le dictateur gabonais en démocrate, que reste-t-il d’autre à faire en dehors d’adopter une philosophie de combat qui utilise comme outil principal un radicalisme nationaliste à toute épreuve ?
Le changement au Gabon, Agongjo et Mba Abessole eux-mêmes l’ont dit à une certaine époque, ne viendra plus par les urnes. Le BDP ajoute que le changement au Gabon ne viendra pas non plus par la négociation ou les rencontres infructueuses avec Omar Bongo, vu que ces rencontres ne visent qu’un but : recréer le parti unique au Gabon par la « mafiosification » de la classe politique gabonaise. L’état Bongo étant un état mafia, toute son énergie se déploie non pas dans le sens de répondre aux attentes des Gabonais, mais plutôt dans un sens qui vise à phagocyter, éteindre, éliminer toute voix discordante, pour faire vivre l’état mafia. Si, donc, le désir de chaque homme politique gabonais qui se dit de l’opposition est véritablement de rechercher le changement démocratique permanent au Gabon, alors la seule solution se trouve dans un radicalisme qui bannit toute forme de rencontre, de négociation ou de compromis avec le régime dictatorial d’Omar Bongo.
Le radicalisme nationaliste que nous prônons suppose donc :
- Des leaders financièrement ou professionnellement indépendants : trop souvent, les hommes politiques gabonais ne sont pas des hommes capables de s’assumer professionnellement ou financièrement hors de la politique. Ainsi, quand on regarde la plupart des hommes politiques au Gabon aujourd’hui, on se rend compte que l’immense majorité d’entre eux n’a jamais été capable de s’assumer avant de venir à la politique. Certains comme Omar Bongo ne se sont faits que grâce à la politique. D’autres comme André Mba Obame ont été directement parachutés du statut d’étudiants au chômage en France à celui d’hommes politiques gagnant des millions de CFA par mois. Dans le pays même, les postes « normaux » (professeurs dans les universités, cadres dans l’administration, etc.) ont tendance à se politiser car on ne les obtient que dès lors qu’on promet allégeance au grand « Mollah Omar ». C’est ainsi que les Gabonais se retrouvent financièrement et professionnellement prisonniers d’une pratique étatique basée sur les nominations politiques. Du plus bas au plus haut de l’échelle administrative, on ne peut accéder à un emploi que si on est « nommé » par Omar Bongo. C’est donc une centralisation de l’emploi qui a comme but le contrôle total et effectif de l’administration publique, pour que n’y entrent que les gens jugés « acceptables » par le régime. Ainsi, on n’obtient un poste facilement que si on « coopère » ou si on se « conforme ». La compétence ne compte plus, seule compte l’appartenance politique, ethnique ou filiale. L’administration publique devient ainsi une administration de « nommés politiques », qu’il s’agisse de la simple infirmière ou du Directeur de cabinet d’un ministre. Parce qu’ils n’ont aucun autre moyen de survivre hors du système Bongo, nos hommes politiques deviennent des sortes de « prisonniers politiques » qui, même quand ils se disent de l’opposition, ne valent rien devant Bongo car ils doivent tout à Bongo. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux sont incapables de survivre une fois que Bongo leur a « coupé les ponts ». La plupart reviennent toujours à Bongo quand la vie hors du système devient intenable. Le cas de Léon Mebiame est particulièrement édifiant à ce titre.
En cela, ces politiciens « arrivistes », qui vivent tous dans la précarité parce que dépendant de Bongo, sont très différents de la nouvelle génération d’hommes politiques que symbolise le Dr. Mengara, Coordonnateur du BDP-Gabon Nouveau. Ces nouveaux hommes politiques, en se définisssant à l’étranger par la démonstration de leurs compétences aux Etats-Unis, en France et dans le monde, ne peuvent être considérés comme des arrivistes. Avant de faire de la politique, ils sont d’abord des hommes responsables s’étant établit professionnellement en dehors du giron politique gabonais. Ce sont donc des hommes qui s’assument indépendamment du régime Bongo. Ils sont donc beaucoup plus susceptibles de résister aux tentations corruptives de la politique gabonaise puisqu’ils n’ont pas, à priori, besoin de l’argent de Bongo pour vivre ou nourrir leurs familles. Ainsi, le fait que quelqu’un comme le Dr. Mengara ne vive pas une situation de précarité économique est une assurance de sincérité dans l’engagement politique car des gens comme lui ont plus à perdre qu’à gagner en s’engageant dans la politique. Une profession de professeur aux Etats-Unis, par exemple, assure au Dr. Mengara de travailler encore pendant 20 ou 30 ans, avec à la prime une bonne retraite d’assurée. Par contre, devenir politicien au Gabon au sein d’un régime comme celui de Bongo l’exposerait non seulement à la perte d’un emploi stable, mais aussi à la précarité qui découle de l’instabilité de la fonction politique au Gabon. On peut être nommé ministre dans le régime de Bongo et le perdre à l’occasion d’un coup d’état qui ne manquera pas de survenir dans les temps qui viennent. On peut aussi perdre ce poste un an ou deux ans plus tard selon les humeurs d’Omar Bongo ou de combines politiques visant à écarter les gens aux tendances honnêtes. On se retrouve alors sans travail et sans source de revenus vu que le système Bongo n’est pas fait pour permettre à qui que ce soit de survivre en dehors du régime.
Ceci pour dire que la fonction politique ne doit pas être vue comme une carrière et qu’il est important que chaque personne qui s’engage dans le combat politique à idéologie radicale s’assume et soit capable de s’assumer avant même que d’entrer en politique. Ou alors, il faut que la personne soit psychologiquement préparée et se mette dans un état mental qui fasse qu’elle soit prête à subir toutes les brimades politiques du régime sans fléchir. Mais très peu de gens en sont capables.
- Prise de pouvoir comme ultime objectif, et par tous les moyens possibles : le radicalisme politique veut aussi que la prise de pouvoir ne soit pas négociée. Le dicton selon lequel le pouvoir ne se donne pas, mais s’arrache, est ici une vérité qui reste de rigueur. Le combattant politique radical ne va pas, comme le font les opposants gabonais, à une table de négociations pour négocier les choses d’une manière qui fait la part belle à son adversaire. A la conférence nationale, les Gabonais ont fait la part trop belle, probablement par naïveté, à Omar Bongo. Dans toutes les autres négociations, y compris les Accords de Paris, la part belle qui fut encore faite à Omar Bongo laissait entrevoir un amateurisme politique qui ne disait rien de bon sur l’opposition gabonaise, trop encline à se contenter de compromissions plutôt que de forcer l’adversaire à céder du terrain de manière radicale. D’où l’importance d’une approche plus radicale car le mouvement radical se doit de tout faire pour non seulement pousser, par des pressions diverses, son adversaire à négocier, mais aussi, une fois sur la table des négociations, imposer sa volonté à son adversaire en ne lui laissant aucun autre choix que la démission immédiate ou la chute violente. Ainsi, qu’ils soient bédépistes ou non bédépistes, les politiciens qui voient dans les rencontres avec Bongo des « opportunités » ne peuvent aller bien loin en politique, car ils montrent ainsi une tendance à la compromission qui est dangereuse pour non seulement leur mouvement (risque d’absorption par le régime), mais aussi pour leurs idées (abandon des idées nationalistes qui recherchent un changement positif pour la nation et non pour des individus). En d’autres termes, Omar Bongo ne peut accepter de céder le pouvoir ou de réformer positivement le pays que s’il y est poussé par les forces radicales unies et solidaires dans l’idée d’en finir, une bonne fois pour toutes et par tous les moyens possibles. La prise de pouvoir en elle-même n’est pas essentielle, mais elle s’impose presqu’inévitablement car pour pouvoir faire valoir et appliquer sans pertes les idées nationalistes qui l’animent, le mouvement radical nationaliste doit pouvoir avoir les pleins pouvoirs et les coudées franches qui découlent de la réforme. A ce citre, toute forme de compromission politique (partage du pouvoir, « changer les choses de l’intérieur », opposition conviviale, etc.) est un frein au changement et condamne la nation à la paupérisation politique, économique et socioculturelle permanente.
Malheureusement, le peuple gabonais traumatisé a finit par s’habituer à s’attendre à très peu de ses leaders politiques, au point que des indignités comme celles commises par Mba Abessole sont passées, sous l’œil non averti de certains, comme des prouesses politiques, alors que l’homme a totalement abandonné la lutte pour se ranger du côté de celui qu’il accusa jadis d’être le « satan » du Gabon. Si, pour vaincre son adversaire, on doit d’abord faire corps avec lui, il y a comme un doute. Par ailleurs, la présence de Mba Abessole dans le régime Bongo n’exonérera pas du tout Mba Abessole des crimes commis par le régime Bongo : quand Bongo met en prison des étudiants syndicalistes alors que Mba Abessole se trouve être le Ministre des droits de l’homme au Gabon, cela ne rend-il pas Mba Abessole directement responsable de ces arrestations, lui qui est sensé veiller à ce que les droits politiques, économiques et sociaux des Gabonais soient respectés ? Et que dire des changements de constitution et autres manipulations politiques qui ont fini par ramener le Gabon au parti unique tout en privant le peuple de ses droits constitutionnels ? Mba Abessole lui-même l’aavait dit, on ne peut pas se dire opposant quand on fait partie du gouvernement. C’est dire que Mba Abessole a totalement épousé la pensée bongoïste et qu’il est désormais bongoïste. A ce titre, il doit être vu comme responsable tout autant qu’Omar Bongo de toutes les exactions commises depuis qu’il est dans ce gouvernement et qu’il voit le régime tuer ce qui reste des libertés du peuple, sans broncher. En bref, Mba Abessole n’a jamais eu, comme la majorité des opposants gabonais, l’intention de prendre le pouvoir au Gabon. En 1990, il était de mèche avec Bongo pour créer le RSDG, parti unique. Ce n’est qu’à l’occasion de l’opposition farouche du peuple à cette idée que Mba vira de bord pour se joindre aux opposants anti-RSDG. Aujourd’hui, il est de nouveau de mèche avec Bongo pour ramener le parti unique au Gabon. La question, pour Mba Abessole, devient donc, sur quel bilan bongoïste va-t-il faire campagne pour son maître, vu qu’il n’y a aucun bilan à défendre ? Que cela soit sur le plan économique, politique ou social, il y a eu d’énormes reculs. C’est un bilan indéfendable. L’alliance Bongo-Mba Abessole n’a donc rien de nouveau à vendre aux Gabonais, en dehors du thème devenu lassant de la paix. Mais les Gabonais mangent-ils la paix, surtout quand on sait que cette « paix » veut dire : « taisez-vous et laissez-nous manger en paix » ? Ce n’est donc pas avec Mba Abessole que Bongo partira du pouvoir de sitôt. L’alliance entre les deux hommes est une alliance satanique, et seule une opposition véritablement radicale pourra sauver le Gabon de ce fléau.
- Le pouvoir ne se prend pas à Paris, il se prend au Gabon : l’un des signes les plus troublants de l’incapacité de l’opposition gabonaise a été de faire perdurer le mythe selon lequel le pouvoir au Gabon ne peut se prendre qu’à Paris. Cette croyance fataliste a montré à quel point l’opposition actuelle n’est pas encore prête à véritablement travailler à la conquête du pouvoir. Cette opposition gabonaise a, par conséquent, échoué de par une naïveté excessive qui a consisté à croire en la bonne volonté et à l’humanité d’Omar Bongo. Elle s’est tout simplement attendue à ce qu’Omar Bongo veuille bien de lui-même quitter le pouvoir. L’opposition n’a jamais songé à véritablement l’en chasser par tous les moyens possibles. C’est cette même naïveté qui a fait que cette opposition croie en la bonne volonté de la France, en prenant la France à témoin sur tout ce qui se passe au Gabon, adoptant ainsi une attitude attentiste. Pourtant, la contradiction est évidente : s’il est vrai, comme le disent nos opposants, que c’est la France qui décide qui vient au pouvoir au Gabon, alors pourquoi s’adresser à cette même France pour qu’elle chasse Bongo du pouvoir alors qu’elle a déjà fait le choix de soutenir Bongo ? Si donc, le Gabon ne peut compter ni sur la bonne volonté d’Omar Bongo, ni sur celle de la France, il ne reste que deux choix possibles : se taire et attendre calmement que Bongo meure dans dix ou quinze ans, ou chercher le moyen de le chasser du pouvoir tout de suite, que la France soit d’accord ou pas. Face à un homme animé de bestialité comme Omar Bongo, il est tout simplement impossible d’obtenir, sans pression ou violence, quelqu’avancée politique que ce soit qui aille dans le sens de l’intérêt national. L’histoire même de notre pays est là pour le démontrer : Le Gabon n’a retrouvé le multipartisme que grâce aux violences et mouvements sociaux de 1989-1990, et les accords tronqués de Paris ne sont survenus que parce que Bongo sentait le pays prêt à exploser. Ceci suppose donc que pour obtenir des gains politiques face à Bongo seule la violence compte car c’est le seul langage qu’Omar Bongo comprend. La réussite de l’opposition ne viendra donc que si elle s’unit et s’organise radicalement en vue de la prise de pouvoir par tous les moyens possibles. Attendre que Bongo veuille bien changer ou meure au pouvoir est une option de paresse politique et condamne les Gabonais à des souffrances trop longues tout en appauvrissant irrémédiablement le Gabon. A la mort de Bongo, l’opposition n’aura plus rien à offrir aux Gabonais car prendre le pouvoir dans 10 ans, c’est gérer un Gabon totalement démoralisé, exsangue, malade, appauvri, et sans fierté. Le Gabon n’aura plus de richesse pétrolière ou naturelles capables de soutenir le développement et il aura perdu au moins la moitié de sa main d’œuvre morte de SIDA, de paludisme ou de pauvreté. Une bonne partie de cette main d’œuvre formée et qualifiée se sera également exilée dans des pays comme la Guinée Equatoriale, la France ou l’Amérique pour fuir la misère du Gabon. Est-ce là ce que notre opposition veut pour son pays ?
Combattre optimalement le régime Bongo nécessite donc désormais une nouvelle approche politique de la part de ce qui reste de l’opposition gabonaise. Cette opposition ne peut plus se permettre de se réfugier derrière l’argument selon lequel, c’est la France qui maintient Bongo au pouvoir. Certes, c’est là une vérité à ne pas ignorer au regard de l’influence encore grande de la France sur le Gabon. Cependant, ce que l’opposition doit comprendre est que le soutien de la France à Omar Bongo n’est ni une fatalité, ni une certitude. D’abord parce que, quand tout est dit et redit, on se rend bien vite compte que ce n’est pas la France qui gère mal les richesses du Gabon, mais Omar Bongo. Certes, le Gabon n’obtient que très peu de richesses après que la France s’est servie, mais ce peu qui reste au Gabon est suffisant pour développer viablement et durablement la nation. Si le Gabon est sous-développé aujourd’hui, la responsabilité directe et principale en incombe à Omar Bongo, pas à la France, vu que c’est lui qui a à la fois mal géré le pays et vendu ce pays à la mafia française. Pour prendre le pouvoir au Gabon, ce ne sera plus à Paris qu’il faudra aller le chercher, mais bel et bien au Gabon où Bongo et son régime doivent être acculés à la démission. La France, comme tout pays exploiteur, sait reconnaître où est son intérêt. L’intérêt de la France, c’est un Gabon dans lequel la France peut continuer à faire son business. Cela suppose un minimum de stabilité politique et économique. La France soutiendra donc forcément la personne qui est au pouvoir et qui assure la continuité de ses intérêts. Si c’est Bongo qui assure ces intérêts, et la France voit que Bongo est politiquement en position de force, quel serait l’intérêt de la France à aller mettre quelqu’un d’autre au pouvoir qui n’a même pas fait la démonstration de sa force ou de sa capacité à mettre Bongo en péril? Ce qu’il faut donc, c’est mettre la France devant le fait accompli : affaiblir Bongo au point que la France n’aurait d’autre choix que « lâcher » le dictateur au profit du nouvel « homme fort ». Vu que la France ne viendra jamais unilatéralement chasser Bongo pour les Gabonais, il faudra que les Gabonais ne laissent aucun autre choix à la France que celui de « lâcher » Bongo. Les Malgaches l’ont fait grâce à la détermination du leader de l’opposition et du peuple acquis au changement. Ils imposèrent à la France le changement et la France n’eut d’autre choix que de dire à Ratsiraka, le président sortant, de s’en aller. Il faudra créer la même situation au Gabon.
Si donc, les Gabonais veulent le changement véritable, il leur appartiendra de s’unir autour de leaders incorruptibles et foncièrement nationalistes qui privilégieraient l’intérêt national et le bien-être de tous. De cette union des forces du changement réunies autour d’une idéologie radicale et nationaliste découlera forcément le changement escompté, changement qui viendrait alors, soit de la pression multiforme exercée sur le dictateur, le poussant ainsi à démissionner « volontairement » par la force des choses, soit par des actions radicales visant à chasser le dictateur du pouvoir par tous moyens radicaux possibles.
C’est cela le vrai défi qui attend ce qui reste de l’opposition gabonaise. Elle devra se transformer et se radicaliser, pour rendre véritablement nationalistes ses aspirations (intérêt de tous avant tout), et s’arque bouter fortement autour de la réalité selon laquelle le pouvoir n’est pas une chose qui se donne. Le pouvoir doit se conquérir, parfois au prix de violences multiformes qui, si elles sont faites avec des intentions positivistes parce que nationalistes, ne peuvent que mener à une ère nouvelle de prospérité économique et politique pour un pays comme le Gabon, qui plus que jamais subit les néfastes conséquences des 37 ans de dictature qu’elle a traversés jusque-là. Cette misère vieille de 37 ans, les Gabonais peuvent y mettre fin en une seule journée, en une seule semaine ou en un seul mois s’ils le veulent, pourvu qu’ils acceptent de souffrir un peu pour aboutir au bonheur permanent. Un jour ou l’autre, toute nation traverse des soubresauts politiques qui amènent la souffrance, mais cette souffrance éphémère est parfois nécessaire car c’est, dans bien des cas, le passage obligé qui mène à la vraie stabilité, celle-là même qui profite à tous car synonyme de développement durable, de paix et de bien-être pour tous.
Travaillons donc à ce noble objectif, pour que puisse enfin vivre la nation gabonaise.
Ensemble, nous vaincrons.
Eveillons-nous, Gabon !
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