Le Premier ministre, M. Ntoutoume Emane reste en fonction. Il a défendu, hier, le choix des personnalités de ce cabinet où arrivent des leaders connus de partis.
LE président de la République a maintenu son Premier ministre lors du remaniement intervenu hier, samedi 4 septembre, au sein du gouvernement, dont la composition a tout de suite été rendue publique par M. Ntoutoume Emane. Ce qui se dégage de son maintien en poste, ainsi que de celui des ministres qui passent volontiers pour être des politiques de haut-rang, en particulier les ministres d'Etat sortants, montre que le chef de l'Etat conserve sa confiance au Premier ministre actuel au noyau dur de son cabinet.
Celle-ci, donc, aura au plan politique la lourde tâche de p parer le terrain en vue de l'élection présidentielle prévue en 2005, au cours dé laquelle les ministres devront défendre le bilan de ce septennat présidentiel. Le choix des personnalités de ce cabinet gouvernemental en est la preuve. Du moins, à en croire le Premier ministre, lui-même, lorsqu'après avoir donné lecture de son équipe en direct à la télévision nationale, il a expliqué sur le ton le plus convaincu que " le président de la République a voulu, une fois encore, ajuster équipe gouvernementale aux réalités du moment". Avant de préciser: " la composition d'un gouvernement n'est jamais fortuite ou le fruit du hasard ".
A un peu plus d'un an de la bataille de 2005, il est évident que le chef de l'Etat a pris le. temps de construire un gouvernement qui représente largement la majorité présidentielle, en tenant compte des accords passés avec les partis qui soutiennent son action en prélude à cette échéance capitale. Il s'agit d'une coalition fidèle à la tradition d'ouverture du président, renouvelée aussi, avec l'arrivée des figures bien connues des joutes électorales.
C'est ce qui justifie que le Premier ministre ait beaucoup insisté sur le fait que la construction de ce gouvernement n'a en rien été improvisée. Dans cette perspective de l'élection résidentielle, on note l'entrée de fortes personnalités doublées de chef de partis représentés au Parlement. Notamment le leader du Parti social démocrate (PSD), Pierre-Claver Maganga Moussavou, récent signataire de la Charte portant plate-forme politique et Code de bonne conduite de la majorité présidentielle. Ou encore le président du Centre des libéraux réformateurs (CLR). L'un et l'autre sont de vieux baroudeurs sur le terrain, et possèdent l'expérience de la gestion des affaires publiques.
Ministre par le passé à deux reprises, le premier avait été débarqué à la suite des événements douloureux de Mouila lors des élections locales en 2002, le second fut ministre à plusieurs reprises sous le monopartisme. Conséquemment, ils opèrent un retour spectaculaire dans l'appareil d'Etat. Ce faisant, le nouveau cabinet conserve la même cohérence, bâtie autour du Parti démocratique gabonais, pour autant la présence de tous les grands partis de la majorité donne à penser, a priori, que le débat sur les choix du gouvernement n'a plus lieu d'être.
Qui plus est, l'Etat traverse une période de crise économique aiguë ayant conduit les autorités a se tourner vers le Fonds monétaire international (FMI), avec lequel un Programme d'ajustement structurel de 14 mois a été conclu, il a quatre mois de cela. En effet, celui-ci exige la poursuite rigoureuse du redressement des finances publiques par la réduction, entre autres, du train de vie dispendieux des différentes administrations.
PARTICULARITES FORTES• En outre, répondant avec anticipation à une éventuelle interrogation concernant l'incidence financière qu'induit l'entrée en fonction de nouveaux ministres alors que se pose le défi du respect strict de ce Programme avec le Fonds, le Premier ministre se veut rassurant : "cette situation n'entraînera pour l'Etat aucun coût supplémentaire (...) Toutes les dispositions ont été prises pour qu'il en soit ainsi, au regard (...) des engagements pris vis-à-vis du FMI ", a fait savoir le chef du gouvernement. Cette ultime précision n'est pas non plus fortuite, car le Fonds est parfois critique en ce qui concerne l'évolution de la masse salariale dans le pays.
De même, soucieux de rassurer les partenaires sociaux, le Premier ministre a indiqué que l'entrée en scène de nouveaux ministres ne remet nullement en cause le Pacte de stabilité qu'est la Trêve sociale tripartite conclue entre le gouvernement, le patronat et les syndicats conscients de la nécessité d'assainir les finances publiques pour faire face à la crise qui sévit avec acuité.
A une autre question implicite concernant l'opportunité de ce réajustement gouvernemental et l'augmentation légère du nombre de ministres, là également, le Premier ministre a répondu sans attendre "chaque pays a ses particularités, le fait politique ne peut impunément les ignorer, tant elles influent sur le mouvement d'ensemble de la société ". Ainsi qu'on s'en doute, ce gouvernement pluriel de la majorité présidentielle comporte une assise politique plus large. A côté du PDG qui constitue sa colonne vertébrale, l'ADERE, le RPG, le CLR et le PSD y figurent.
Plus que jamais, le moins qu'on puisse dire à ces partis politiques et ? saute aux yeux, est qu'ils sont face à un contrat à remplir pour la bataille de 2005. Auparavant, l'enjeu véritable pour le Premier ministre est d'être apte à faire vivre ensemble ces partis politiques au sein de ce gouvernement. Mais surtout à faire travailler autrement les ministres en équipe d'ici à l'élection présidentielle, autrement qu'on l'a vécu avec les velléités d'indépendance affichées dans les rangs. Justement, c'est d'autant plus vrai, que les derniers développements au sein de la majorité présidentielle ont achevé de convaincre les observateurs que certains de ces ministres se battent hâtivement pour la conquête du " 2 Décembre". Au-delà de la bataille de 2005 pour la réélection du président, si tant est qu'il est candidat déclaré à sa propre succession à la magistrature suprême.