(Libreville, 13 août 2002 - L'Union) - TROIS jours seulement après la fin du Sommet de la classe politique à la présidence de la République, samedi 10 août, marqué en plénière par l'absence surprenante et inattendue de l'opposition, des voix critiques ont commencé à s'élever au sein de cette même opposition quant à la responsabilité de ce coup d'éclat inopportun qui jette une ombre de longue portée sur l'image brouillée des opposants dans le pays.
La tentative de sauvetage du leader du PGP, Me Pierre-Louis Agondjo, faisant savoir, hier lundi 12 août, au téléphone, que l'opposition est prête à rouvrir le dialogue avec le pouvoir témoigne de l'ampleur du désarroi qui s'est emparé de ces opposants.
Intervenant au lendemain de leur attitude collective de sabotage du travail accompli par la Commission ad hoc paritaire Majorité/ Opposition en vue du renouvellement du Code électoral, son empressement à proposer ce dialogue ne lui a pas épargné les critiques. Pour la plupart féroces.
On l'accuse, en effet d'être le principal responsable du refus de l'opposition de se rendre en plénière alors que la veille encore, quatre de ses principaux leaders, qui venaient d'être reçus en audience par le président de la République s'étaient engagés à y participer. A part les points d'achoppement qui ont opposé les commissaires de la majorité et ceux de l'opposition, et qui concernaient le bulletin unique, le réaménagement de la Commission nationale électorale, la distribution des procès verbaux à tous les membres des bureaux de vote, et sur lesquels point n'est besoin de revenir, ses adversaires parmi ses pairs ne comprennent pas son changement de position aujourd'hui.
Et dans une tentative de se démarquer de ce comportement aux antipodes de la démocratie qui a été le leur, deux personnalités politiques de l'opposition ont exprimé une opinion partagée par nombre d'entre eux, à savoir : "Notre attitude est un coup d'épée dans l'eau". Une façon à peine voilée d'exprimer leur repentir aux yeux de l'Exécutif pet de l'opinion.
Requérant l'anonymat, elles ont affirmé et déploré que cette démarche n'ait pas été mûrie au préalable, et qu'elle ait été décidée sur un coin de tête, quelques heures a peine avant la plénière, ce qui évidemment pose le problème de leur responsabilité politique.
C'est au siège du Congrès pour la démocratie et la justice, à "Petit-Paris Massango", que tout s'est ficelé. Selon ces mêmes sources cette décision préjudiciable en terme d'image et de crédibilité pour l'opposition a néanmoins été prise à l'issue d'un tour de table inspiré des anciennes méthodes staliniennes dont le PGP est coutumier, et après un vote à main levée au cours duquel deux camps se sont affrontés.
D'un côté les modérés, c'est-à-dire les partisans de la participation jusqu'au bout de l'opposition à cette réunion dans laquelle elle s'est impliquée et a obtenu des avancées notoires, notamment le simple fait d'être parvenu à faire réviser 80 articles du Code électoral et non plus 18 comme supposé l'être selon la base de travail préconisée au départ par le gouvernement.
Au sein de ce camp qui a été mis en minorité, a-t-on appris, le leader du CDJ, jules-Aristide Bourdès Ogouliguendé et l'unique député du PSD à l'Assemblée nationale, Albertine Maganga Moussavou, en particulier, se sont employés en vain à tenter de convaincre les autres de l'intérêt d'aller continuer les discussions en plénière. Son parti, pour ainsi dire, a été la seule formation politique à s'être prononcé en faveur d'une présence de l'opposition en plénière.
En face, les faucons, de loin les plus nombreux , ont fait pencher la balance. Avec pour chefs de file les chefs des deux tendances du Moréna, le député déchu du Ntem Nvézé, à Bitam, sous la précédente législature, Martin Zé Mémini, et Molière Boutamba, connu pour son irrévérence en pareilles circonstances, mais surtout Michel Essima Ossé, le co-président de l'opposition au sein de la Commission ad hoc et le leader du PGP Me PierreLouis Agondjo Okawé, justement.
Ce dernier, souligne-t-on, a joué un grand rôle dans cette affaire. Son principal et unique argument a consisté à dire : Nous n'avons rien obtenu". Autrement dit, il avoue que c'est donc l'échec de l'opposition en ce sens qu'elle n'aurait pas été capable de persuader le camp d'en face du bien-fondé d'aller d'après lui de l'avant. Mais, dans les coulisses, le leader du PGP aurait été fortement critiqué au sein même de son propre parti, par son n°2, l'ancien député de Mougoutsi, Benoît Joseph Mouity Nzamba, et même par un cadre du parti, Eugène Capito.
Au sein de la majorité présidentielle, en tout cas, ce comportement n'a surpris personne, encore moins les originaires de Port-Gentil, ville dont il est le député-maire. On le connaît de longue date comme étant un agitateur né, et non pas comme un opposant constructif. Cela dit, ses partisans s'inquiètent dorénavant des conséquences que ce couac risque d'avoir pour son avenir politique. D'autant plus, et ce n'est un secret pour personne, qu'il doit son élection de maire de la capitale économique aux voix des conseillers municipaux du PDG et RNB/RPG. D'où les appréhension, de son entourage qui craint, à raison, que les conseillers de ces deux partis de la majorité ne lui fassent payer son "ingratitude".