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Allocution du président de la République, chef de l'État
Auteur:  L'Union  | Date: 17 Août 2002  | Réactions ()
Section: Politique  | Source: L'Union

Gabonaises, Gabonais,

Mes chers compatriotes,

NOUS voici réunis pour célébrer ensemble la fête nationale de notre pays. Les moments où un peuple se rassemble, bat d'un même cœur, sont toujours des instants exceptionnels. Le 17 août de chaque année est pour nous l'un de ces moments. C'est un rendez-vous du Peuple avec lui-même, de chacun de nous avec l'autre et avec tous.

J'ai donc aujourd'hui rendez-vous avec vous, mes chers compatriotes, pour vous souhaiter une bonne fête du 17 août. Ce 17 août pour certains est instant de bonheur et de joie, de retrouvailles familiales, amicales ou professionnelles.

Pour d'autres qui sont malades ou dans la peine, c'est une période difficile. Mais où que vous soyez, j'ai pour claque Gabonaise et chaque Gabonais, en ce jour anniversaire, une pensée particulière.

Dans cette pensée vers vous, il y a à la fois de l'émotion et de la fierté. Émotion et fierté parce que je m'adresse à un peuple responsable qui, en faisant le choix de l'unité, de la stabilité et de la paix, a su privilégier le socle qui nous permet d'entreprendre toujours avec les meilleurs chances de réussite.

 

Mes chers compatriotes,

je ne vais pas aujourd'hui prétendre que nous avons tout réussi, mais il faut, sans aucun doute, rappeler aux uns et aux autres qu'ensemble, nous avons beaucoup fait.

Ensemble, nous avons créé et consolidé l'unité nationale. Ensemble nous avons préservé la stabilité et la paix dans notre pays. Ensemble, nous nous sommes engagés sur la voie de la démocratie. Ensemble, nous avons ouvert des routes, bâti ponts et aéroports, construit écoles et hôpitaux et c'est encore ensemble que nous continuerons de le faire.

Ces acquis sont notre patrimoine commun, notre richesse.

Mais je sais aussi quels sont encore vos problèmes, vos attentes, vos préoccupations, vos difficultés dans la vie au quotidien.

• Préoccupation pour vos enfants malades, pour vos filles et vos fils qui vont à l'école, au lycée, à l'université.

• Préoccupation pour votre sécurité et celle de vos biens;

• Difficultés pour vous loger, pour avoir un emploi ou tout simplement pour vous rendre au travail ;

• Difficultés pour circuler dans certains coins du pays, faute de bonnes routes.

De tout cela, vous le savez bien, j'ai pleinement conscience et nul ne peut douter de ma détermination sans faille à promouvoir l'amélioration constante des conditions de vie de mes compatriotes.

Le gouvernement actuel que j'ai voulu d'ouverture, donc plus proche de vous et plus efficace, s'y emploie dans tous les secteurs.

J'attends néanmoins de lui qu'il s'active avec toute la vigueur nécessaire dans le domaine de la sécurité des personnes et des biens. Les citoyens de nos villes et de nos villages ont peur. Il faut impérativement les rassurer et les sécuriser.

Les résultats scolaires médiocres de cette année, surtout dans les classes d'examen, interpellent, de manière particulière, le gouvernement.

Si les enseignants, les étudiants, et les élèves doivent retrouver le goût et l'ardeur au travail, le gouvernement doit entreprendre pour sa part avec pragmatisme et sans délai les réformes évidentes que le simple bon sens et le réalisme imposent. Dans cet esprit, nos universités doivent devenir, dès la rentrée prochaine, les instruments de l'ambition que j'ai pour la jeunesse gabonaise.

Sur le plan des finances publiques, assainissement et rigueur demeurent les maîtres mots. Je dis aussi que l'argent que nous procurent nos ressources naturelles est d'abord l'argent des Gabonais.

Il doit donc servir aux Gabonais. Il doit servir l'économie du pays, générer des activités productives et créatrices d'emploi.

C'est pourquoi il est vital de privilégier désormais le règlement de la dette intérieure. Mais ces règlements faits aux entreprises doivent, à leur tour, privilégier le Gabon. Cela signifie faire travailler au Gabon et pour les Gabonais l'argent du Gabon.

Je dis qu'il est inacceptable que, dès réception d'un règlement, une entreprise s'empresse de transférer les sommes reçues à l'extérieur. Un tel comportement fait que notre argent ne nous fait plus vivre.

L'objectif de l'Etat faisant du règlement de la dette intérieure une priorité est de dire « Gabon d'abord et rendre à César ce qui est à César ».

A l'évidence, ceci ne nous dispense pas d'honorer, comme par le passé, nos engagements extérieurs actuels. Le règlement de notre dette extérieure reste un passage obligé.

Je dis bien un passage obligé parce que nous avons des contraintes que nous avons librement et souverainement acceptées avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. J'ai déjà eu à dire et je le redis aujourd'hui, que le FMI et la Banque mondiale doivent aussi tenir compte de notre état. Nous avons, jusqu'à présent, honoré nos engagements mais il faut aussi que l'on sache que tout en honorant nos engagements extérieurs nous devons aussi travailler pour notre pays et cela, la Banque mondiale et le FMI doivent le comprendre. Ils semblent comprendre à demi-mot: il faut d'abord la dette extérieure et la dette intérieure ensuite

C'est pourquoi je voudrais souhaiter que tout en privilégiant les deux dettes, il y ait tout de même une qui soit prioritaire.

Mes chers compatriotes,

je ne vais pas citer ici un à un tous les secteurs de la vie publique, économique et sociale qui nécessitent une action vigoureuse de l'Etat et du gouvernement.

Je rappelle seulement à Monsieur le Premier ministre et à tous les ministres que l'Etat est en charge de l'intérêt supérieur de la Nation. J'ajoute qu'aujourd'hui plus qu'hier, les aspirations légitimes doivent être entendues.

Ces aspirations ne sont pas seulement matérielles. Elles sont aussi éthiques et morales. Elles trouvent leur assise et leur justification dans nos valeurs et nos traditions. C'est pour qu'elles soient concrètement prises en compte que j'ai créé un ministère de la Lutte contre la corruption, ce mal qui ronge les sociétés d'aujourd'hui.

A travers l'action conjuguée de ce ministère et de celui de la Réforme administrative, le gouvernement doit redonner vie et vigueur à l'administration, cheville ouvrière de l'action de l'ensemble de l'Etat.

• Réviser les textes pris il y a longtemps, singulièrement à l'époque du monopartisme pour en faire des instruments adaptés au pluralisme politique,

• Légiférer sur les secteurs clés de notre économie, pour améliorer leur productivité et leur rentabilité,

• Mettre en place des codes sectoriels toujours plus attractifs pour l'investissement,

• Moderniser notre administration voilà des tâches concrètes à entreprendre sans délai dans la mise en oeuvre de la Refondation.

Du reste, en passant du monopartisme au multipartisme, nous avons ensemble jeté les bases de cette Refondation. Depuis lors, nous nous sommes principalement occupés des aspects politiques, électoraux, voire électoralistes. Aussi, tout en reconnaissant l'intérêt du débat démocratique, le moment me semble venu de lui consacrer moins de notre temps.

La Refondation devra donner des signaux forts pour mettre notre pays à la hauteur des enjeux et des attentes du Peuple gabonais. Cela doit se concrétiser essentiellement sur les plans économique, social et du développement humain.

Vous y trouvez là les motivations de ma décision à reprendre la célébration de la fête nationale de manière tournante dans nos différentes capitales provinciales.

En vigueur pendant la période du monopartisme, ce principe amène l'État à réinvestir, de manière conséquente, dans nos provinces. Aujourd'hui, à l'heure de la démocratie plurielle, l'objectif est d'améliorer l'aménagement et les équipements de nos provinces.

Dans ce cas comme dans d'autres, c'est ainsi que j'entends se traduire dans des actes concrets le mouvement de la Refondation.

La moralisation des mœurs politiques, administratives et financières dans notre pays doit être un moteur pour la Refondation tant souhaitée.

Et puis, vous le savez bien, notre pays ce n'est pas que l'État. Notre pays, c'est chacun de nous.

La Refondation que je prône ne peut être l'affaire du seul Etat, du président de la République ou du gouvernement.

Les réformes que le gouvernement met en place, les actions qu'il conduit ne peuvent atteindre leur plein effet que si tous les Gabonais s'y impliquent. Notre société doit alors faire à l'éthique et à la morale toute sa place pour être une société nourrie aux valeurs de l'effort, de l'excellence, de la probité et de la rigueur.

Face aux difficultés, il faut à présent que chaque citoyen modifie la nature de sa relation personnelle avec la chose publique. II faut aussi savoir, des erreurs passées, bâtir une nouvelle vision du contrat social basé sur des valeurs humaines telles que la responsabilité, le patriotisme, la paix et le progrès.

En tout état de cause, la Refondation de l'Etat passe nécessairement par la refondation de la conscience des femmes et des hommes de notre pays, ce que j'ai toujours appelé le changement des mentalités.

En effet, pour réformer l'Etat et donner force à l'administration, pour combattre les détournements et les vols, pour lutter contre la pauvreté et créer le progrès, nous avons besoin d'une société qui valorise tout à la fois le travail, les talents, le mérite et la solidarité.

Mes chers compatriotes,

Quelles que soient nos difficultés présentes, quels que soient les défis de l'avenir, je veux placer ce 17 août 2002 sous le signe de l'espoir. L'espoir, c'est notre capacité à changer aujourd'hui pour changer notre avenir, et faire l'avenir de nos enfants.

Je salue chaleureusement les populations de l'Ogooué-Ivindo et de la Nyanga qui nous offrent cette année leur hospitalité. Je ressens une joie immense à vivre avec elles ces moments de ferveur patriotique et républicaine.

L'année prochaine, en 2003, à l'occasion du 17 août, le Moyen-Ogooué et la Ngounié nous accueilleront à leur tour. Et je partagerai alors avec leurs populations le bonheur de célébrer ensemble notre fête nationale.

Mes chers compatriotes,

je vous souhaite une bonne fête de l'Indépendance.

Vive la République, Vive le Gabon.

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