Ce septuagénaire, membre-fondateur du Morena, premier parti d'opposition au Gabon, a renoncé à son combat.
L'OPPOSITION gabonaise donne décidément des signes flagrants d'essoufflement au regard des attitudes et décisions prises ces derniers temps par certains de ses leaders.
Hier, jeudi 29 août 2002, en fin de matinée, à son domicile de Lalala-Dakar, l'un de ses membres, Jean-Pierre Nzoghé Nguéma, naguère membre-fondateur du Mouvement de redressement national (MORENA), premier parti d'opposition au régime en place, a rejoint avec armes et bagages la majorité présidentielle en décidant de se ranger derrière le président Omar Bongo.
"Je tiens à réaffirmer au président de la République ma détermination indéfectible à me ranger derrière lui pour servir à ses côtés bien plus qu'auparavant (...)", a déclaré, le vieil opposant, visiblement très affaibli par le poids de l'âge et par le "combat politique" aux fortunes diverses qu'il mène depuis plus d'une vingtaine d'années.
Ce ralliement au pouvoir que la rumeur avait déjà répandue dans certains milieux politiques a été rendu public lors d'une rencontre avec la presse nationale, un moment fort attendu par le vieil opposant qui entendait saisir cette occasion pour "rompre le silence" dans lequel il s'était muré depuis son échec aux dernières législatives de 2001. Et surtout sa tentative ratée d'amener la Cour constitutionnelle à invalider l'élection de son tombeur François Mendoume Nzé, soutenu par son rival Adrien Nkoghé Essingone, du Parti démocratique gabonais.
Jean-Pierre Nzoghé Nguéma, dernièrement encore hiérarque du Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ) de Jules-Aristide Bourdès Ogouliguendé, avant son exclusion de ce parti justifie ce rapprochement dejà prévisible depuis plusieurs années, par le fait d'avoir atteint les objectifs qu'il s'était assignés et qui fondaient sa lutte.
Dans son exposé aux allures de bilan de son oeuvre politique, il ne manque pas de se réjouir de la restauration du multipartisme qu'il présente comme le premier objectif de son combat politique. Ce retour au pluralisme politique interviendra, à sa grande satisfaction, à la suite de la Conférence nationale. Au cours de cette grand-messe politique, on se souvient que l'homme s'était fait remarquer par ses diatribes virulentes contre le régime d'Omar Bongo et son autre adversaire Paul Mba Abessole, du Morena des Bûcherons qu'il accusait à l'époque d'être "à la solde du pouvoir".
Il s'était également engagé à susciter le réveil de la rive gauche de l'Estuaire par la promotion de son développement socio-économique à travers sa "Lutte" contenue dans un pro gramme d'action qui, avoue-t-il aujourd'hui, a eu l'aval du président de la République.
Ce programme a commencé à avoir un début de réalisation dès son élection en 1996 à l'Assemblée nationale, où il occupait les fonctions de 5e vice-président. Il compte à son actif, s'est-il enorgueilli, au plan administratif, le transfert du chef-lieu de district de Nfoulezem à Ndzomo. Au plan des infrastructures, la construction de la sous- préfecture à Ndzomo aujourd'hui en voie d'achèvement. De même que la dotation récente par le chef de l'Etat de 15 puissants groupes électrogènes.
Résolu à poursuivre son combat et à se consacrer au bien-être des populations de sa circonscription électorale, l'ancien opposant se targue d'avoir mis en chantier nombre de projets de développement "porteurs d'espoir".
Pêle-mêle, il a cité la réalisation, en faveur du canton, d'un réseau d'énergie électrique et d'approvisionnement en hydraulique villageoise, la construction en cours d'un complexe scolaire doté d'un internat. Ainsi que plusieurs autres projets qu' il n'a guère pu conduire à terme en raison de sa non réélection au palais Léon Mba.
Il estime par conséquent, et surtout à cause du boycott prôné par certains partis; dont celui des ses anciens compagnons du CDJ, lequel acte a suscité, par ailleurs, sa candidature sous l'étiquette indépendante, avoir été obligé d'abandonner sa "lutte".
De ce point de vue, Jean-Pierre Nzoghé Nguéma affirme que dès lors que ses deux objectifs ont atteint leur point de mire, il s'autorise à lever l'équivoque consistant à se faire passer pour un opposant virulent et irréductible. En clair, l'homme se démarque, jette son tablier aux orties pour rentrer dans les rangs de la majorité présidentielle.