(Libreville, 12 août 2002 - L'Union) - LORS de la remise solennelle au chef de l'Etat, M. Omar Bongo, du Rapport de la Commission ad hoc paritaire Majorité /Opposition, par Me Louis-Gaston Mayila, le leader du Parti de l'unité du peuple (PUP), co-président de cette Commission, son alterego de l'opposition, le Premier secrétaire du RNB/Démocrates, Michel Essima Ossé a surpris par son absence.
Avec lui, c'est toute l'opposition en définitive qui a fait faux bond, alors que tout au long des travaux de ce Sommet de la classe politique qui ont duré dix jours, et jusqu'à la veille encore, rien ne laissait présager une telle attitude aussi brusque qu'inattendue de la part de ses principaux leaders.
Ces derniers, pourtant, via leurs représentants au sein de la Commission ad hoc, ont pris une part très active à la réflexion constructive et consensuelle sur le nouveau Code électoral censé constituer l'arsenal juridique et législatif indispensable à l'organisation à venir d'élections plus crédibles et transparentes dans le pays, à commencer par les municipales qui doivent avoir lieu d'ici au 30 septembre. Ces bons points dont on a crédité ce pan de l'opposition,. contrairement à ceux d'entre eux qui refusent le dialogue politique avec le pouvoir, ses propres leaders viennent, paradoxalement, de les dilapider.
Comment en sont-ils arrivés là alors qu'eux qui, notamment le leader affaibli et isolé du FAR, Léon Mbou Yembi, n'ont pas hésité à l'ouverture, il y a une dizaine de jours, à fustiger et à qualifier d'"ennemis du pays les tenants du radicalisme tous azimuts au sein même de l'opposition ?
NAÏVETÉ
Il s'agit aussi du réaménagement de la composition de la commission nationale électorale, que l'opposition voulait bicéphale, notamment par la création des postes de co-présidents et de co-rapporteurs. Une demande tout de même naïve de la part de ses leaders qui imaginaient que le gouvernement allait se faire hara-kiri et créer volontairement les conditions de la confusion à son détriment. En tout cas, la composition de la CNE a été également maintenue. Toutefois, le gouvernement a fait, concernant ce volet, d'importantes concessions qui ont entraîné certains aménagements.
Par exemple, " le président de la CNE sera désormais choisi, pour chaque élection politique, par la Cour constitutionnelle, parmi les hauts cadres de la Nation et non plus exclusivement seulement au sein des magistrats". Soit dit en passant, ce volet est une avancée en soi, d'autant que l'opposition dont on sait que c'est elle qui, au détour des "Accords de Paris" en 1994, avait introduit les juges dans le processus électoral, mais les récuse aujourd'hui avec véhémence.
Dorénavant également, le rapporteur général et son adjoint auront voix consultative, et surtout, le président de la CNE aura maintenant des comptes à rendre sur sa gestion quatre-vingt-dix (90) jours après le scrutin. Reste à savoir devant qui, mais ça c'est une autre affaire. Plus important, sa voix ne sera plus prépondérante.
A ce sujet, cependant, des différences e points de vue sont apparues sur la rédaction de l'article 12 y relatif, de telle sorte qu'un consensus ne s'est pas dégagé, et il était prévu qu' en plénière on reviendrait dessus ce qui n'a plus été possible, dès lors que opposition' ne s'est pas présentée.
Enfin, l'autre point d'achoppement concernait la remise des procès-verbaux des bureaux de vote aux membres des bureaux de vote, un point sur lequel aime à revenir l'opposition, et sur lequel il était difficile qu'elle obtienne gain de cause. Cela aurait été ouvrir la porte à tous les dérapages en matière de falsification de ces documents décisifs dans l'issue d'un vote. Mais grosso modo il est réel que pour l'essentiel des autres points, un travail colossal a été abattu par les deux camps en peu de temps.
APPEL DU PIED.
" je sais surpris de constater l'absence de l'opposition gabonaise dans cette salle. Je suis d'autant plus surpris que ce Rapport a été signé par tous les rapporteurs"
Rappelant qu'en démocratie des désaccords existent certes souvent et qu'il y en a eu dans ce cas, le chef de l'Etat a encore défendu sa philosophie fondée sur le dialogue politique, mais il a déploré cette politique spectacle qui relève plus d'un mouvement d'humeur que d'autre chose.
On se souvient qu'à l'ouverture, le leader du Parti gabonais du progrès (PGP), deputé-maire de Port-Gentil, avait émis un vœu ardent de l'opposition, en plaidant pour un report des élections locales, comme si elle était prête à tout pour l'obtenir. Ce souhait non satisfait hanterait-il certains esprits du bord opposé, au point de vouloir le remettre sur le tapis par ce coup d'éclat ? Au vu de cette position qui s'explique mal, des voix critiques se sont déjà élevées dans l'opinion pour se demander si ce n'est pas un appel du pied au chef de l'Etat pour un arbitrage dans ce sens. Rien n'est impossible, mais si c'est le cas, la méthode choisie manque d'élégance.
Par contre, si tel n'est pas le cas, cette attitude est encore plus contestable, car si tant est que ces leaders voulaient provoquer un incident, pourquoi n'avoir pas suspendu depuis le début la participation de l'opposition plutôt que de participer aux travaux en bénéficiant des avantages réservés à la classe politique en pareilles occasions?
C'est là que le bât blesse, et que l'opposition risque de s'aliéner l'opinion et de se faire taxer d'inconséquence et jugé "Irrespectable".
C'est d'autant plus vrai que dans l'opinion, par ailleurs, on minimise objectivement l'impact réel que peut avoir une telle volte-face émanant de personnalités politiques dont plusieurs éprouvent un mal fou à obtenir ne serait-ce qu'un mandat local, sans parler de celui de député.
Justement, lorsqu'on sait qu'en démocratie, celui qui gagne est celui qui doit gouverner, alors que le chef de l'Etat préfère associer les perdants à la gestion des affaires de l'Etat, comme c'est le cas avec l'actuel Cabinet Ntoutoume Emane II, on se demande d'emblée comment des partis qui s'en réclament, fussent-ils de l'opposition comme le PSD, peuvent saboter une telle action. "Dans le pays, que chacun sache ce qu'il veut (...) il faut que les Gabona!s sachent ceux qui veulent la paix ou pas", a notamment, déclaré le président Bongo. Et de conclure: "Lorsque l'occasion est donnée de travailler ensemble pour savoir où l'on veut conduire le pays, certains hommes politiques brillent par leur absence et travaillent (souvent) au dernier moment pour faire échouer les choses.
de l'un comme de l'autre camp, et qu'il est pour tout dire le résultat de leur labeur à tous.Dans l'opinion, on l'a noté, et le président Omar Bongo, le premier, a tressé des lauriers à la classe politique pour cela. En même temps qu'il l'a fait, le président de la République a déploré ce volte-face inattendu de l'opposition qui a cru bon de tenter dans une sorte de fuite en avant de se désolidariser à la dernière minute du travail qui porte aussi son empreinte.• Unanimes sur l'immense majorité des dispositions du Code électoral révisées, on a appris que les deux parties ne se sont pas accordées lors des débats en Commission sur certains points introduits par l'opposition, et qui ont finalement nécessité l'arbitrage du chef de l'Etat, la veille encore de la plénière. Il s'agit, pour commencer, de l'usage du bulletin unique de vote. A ce sujet, les dispositions actuelles de la loi ont été maintenues en l'état, selon le Rapport.