(Libreville, 1 août 2002 - L'Union) - LES voies de la politique sont, elles aussi, impénétrables. Et ce ne sont pas le père Paul Mba Abessole et Pierre-Claver Maganga Moussavou qui diront le contraire. C'est à l'aune de ce postulat qui ne dit pas son nom, que des militants bûcherons rencontrés au siège du RNB/RPG à Libreville, et coïncidence du PSD également après l'ouverture du Sommet de la classe politique, que ces derniers ont apprécié le positionnement de leurs leaders politiques respectifs.
Deux positionnements mûrement réfléchis, visiblement et qui traduisent d'emblée la stratégie politique adoptée par le RNB/RPG d'une part, et par le Parti social démocrate d'autre part. Le leader du RNB/RPG a revendiqué haut et fort au détour de cette concertation de la classe Politique l'ancrage du parti des Bûcherons dans la majorité.
Son Secrétaire exécutif, Paulin Obiang Ndong, s'est chargé d'expliquer avant-hier les raisons de ce choix politique. Il l'a présenté comme étant la principale conséquence de l'entrée au gouvernement d' "Ouverture de son leader, le père Paul Mba Abessole et deux autres hiérarques de son parti.
Ce dernier, en effet, a été nommé ministre d'État, ministre des Droits de l'Homme, chargé de missions. Du coup, il a tenu à préciser dans un message à l'adresse des militants que cette présence au sein de l'appareil d'Etat impose désormais aux Bûcherons de soutenir sans réserve toutes les initiatives politiques gouvernementales.
En outre, en s'affichant au cours de cette réunion solennelle aux côtés de la majorité, Paul Mba Abessole est même allé plus loin, en apparaissant comme un membre à part entière de la majorité présidentielle. C'est-à-dire celle que le président de la République crée autour de lui et qui transcende le PDG et la majorité parlementaire, pour englober l'opposition conviviale, et s'étendre à la société civile. Soit.
Certes, ce positionnement de Paul Mba Abessole ne déboussole plus les militants bûcherons qui lui sont restés fidèles après les années de crise qui ont scindé le RNB en deux, mais on a tôt fait de rétorquer que la concertation de la classe politique n'a rien à voir avec l'action gouvernementale, car c'est d'abord une initiative personnelle du président de la République.
DÉMARCATION
Il s'est refusé à s'associer aux membres de la majorité qui se concertaient à huis clos en vue de la désignation de ses représentants au sein de la Commission ad hoc. Face aux journalistes, il s'est évertué à rétorquer à ceux qui l'accusent d'avoir dévoyé le Parti pour l'inféoder au pouvoir.
Dans son plaidoyer, son principal argument a consisté a faire valoir qu'à l'Assemblée nationale, son unique élue, Albertine Maganga Moussavou (son épouse), siège dans le groupe parlementaire le plus radical, notamment celui du PGP. Qui plus est, s'est-il souvenu, c'est d'ailleurs sous la bannière d'opposant qu'il a été appelé à faire partie du gouvernement d' "Ouverture .
A l'évidence, c'est un discours destiné avant tout à resserrer les rangs de sa famille politique menacée de schisme depuis son entrée dans ce gouvernement , mais il a surtout le mérite de se remémorer le contexte particulier qui a amené ces deux leaders de partis à être associés à la gestion des affaires de l'Etat.
Leur entrée au gouvernement, fait justement suite à l'ouverture à l'opposition décidée volontairement par le président Omar Bongo, alors que rien ne l'y obligeait, au lendemain des élections législatives précédées par deux concertations de la casse politique, et largement remportées par le PDG.
RISQUES
Ce repositionnement du RNB/RPG et de son leader rejoint l'idée plus ambitieuse de majorité présidentielle, car même en dehors de l'action gouvernementale, ils n'entendent plus se dissocier des initiatives de l'Exécutif. Elle s'inscrit donc, pour tout dire, dans la perspective de leur leader de coller plus que jamais au pouvoir.
Au PSD par contre, on approuve bien sûr aussi la démarche de leur champion. En reconnaissant lui-même qu'il doit être solidaire de l'action gouvernementale, mais en ne reniant pas pour autant son appartenance à l'opposition grâce à laquelle il est redevenu ministre d'Etat, Pierre-Claver Maganga Moussavou inscrit par contre le PSD dans une logique de majorité de gouvernement.
Sa stratégie est fondée sur un réalisme certain, elle vise ni plus ni moins à faire toujours tenir un rôle de leadership au PSD dans l'opposition. Lors des deux précédentes concertations de la classe politique, avant les législatives où il a mordu la poussière à Mouila, pourtant son fief, il avait su tenir ce rôle en étant le porte-parole au sein de la Commission ad hoc.
Cette fois-ci, encore le PSD entend assumer de nouveau cette position, avec l'entrée de son député Albertine Maganga Moussavou au sein du Bureau de la Commission, au poste de co-vice-présidente. Cela dit, reste que cette position du leader du PSD comporte tout de même un risque. Sera-t-il bien compris en jonglant entre l'opposition et le soutien que son parti doit apporter malgré tout aux initiatives de l'Exécutif ?
• Dans les rangs bûcherons, la démarche du père Paul Mba Abessole a été qualifiée de cohérente, car confirmant la volonté affichée d'assumer entièrement la responsabilité collective dans la conduite des affaires de l'Etat. En filigrane le Secrétaire exécutif du parti a indiqué qu'elle traduit davantage un souci des Bûcherons de se démarquer définitivement de l'opposition, étant donné que la conception qu'ils se font de l'idée de majorité dépasse le simple cadre de leur participation actuelle au gouvernement.• Manifestement, c'est cet argument qui a par contre guidé le leader du PSD qui s'est repositionné au sein de l'opposition. Ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural, Pierre-Claver Maganga Moussavou a pris le contre-pied de son collègue en s'en réclamant.