Plus de trois semaines après l'appel lancé à plus de pragmatisme par le président Omar Bongo dans son message à la Nation du 16 août dernier, le gouvernement se doit de repenser son action pour sortir de cette sorte d'immobilisme qui "brise le nœud social et accroît le nombre de pauvres dans notre pays".
LE gouvernement du Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane effectue ce lundi 9 septembre 2002 en Conseil des ministres sa rentrée politique, laquelle s'annonce difficile dans une conjoncture morose l'obligeant à repenser son approche de la gestion du pays en vue d'une meilleure lisibilité.
Intervenant plus de trois semaines après le discours à la nation du président de la République, le 16 août 2002 message au cours duquel Omar Bongo avait interpellé le gouvernement sur la nécessité d'une action plus vigoureuse en matière économique et sociale, cette reprise devra dessiner les contours d'une rupture avec cette sorte d'immobilisme que tentent de masquer quelques actions engagées ça et là.
Dans son discours aux accents dénonciateurs lors de l'ouverture de la session ordinaire du Conseil économique et social (CES), le 3 septembre dernier, Me Louis-Gaston Mayila n'a pas hésité à mettre le doigt sur la situation de statu quo observée dans plusieurs secteurs de la vie nationale.
Effectivement, en dehors de la réalisation partielle des chantiers initiés dans le cadre des fêtes tournantes à Tchibanga et Makokou, de la poursuite des travaux de voirie dans la capitale et dans certaines localités du pays, des mesures prises dans le cadre de la lutte contre l'insécurité, ainsi que des efforts déployés pour améliorer les systèmes sanitaire, de l'éducation et de l'enseignement supérieur et pour rendre nos forces de défense plus opérationnelles, la population cherche des raisons d'espérer. Elle ne cache pas sa préoccupation face à la lenteur et au manque de dynamisme du cabinet Jean-François Ntoutoume Emane.
Une situation qui, selon le chef de file des "sans-voix" n'a fait que "briser le nœud social et accroître le nombre de pauvres dans notre pays". Celle-ci commande de la part de ce pan de l'Exécutif d'imaginer, a préconisé Me Mayila, de nouvelles stratégies de développement, pour ainsi dire, dans son approche manageriale de la Cité.
ADHÉSION COLLECTIVE
Cette efficacité indispensable devrait, à tout le moins, faire place aux proclamations de bonne volonté ou professions de foi des ministres. Celles-ci ne suffisant plus pour faire face à la précarité, aux difficultés rencontrées par les populations dans leur vie au quotidien en raison de la progression non maîtrisée des besoins sociaux l'inadaptation croissante de notre système éducatif, la montée préoccupante du chômage, avec comme corollaire, l'installation de la pauvreté. Elle devrait se traduire par des actions concrètes et par le renforcement des mesures déjà initiées.
En invitant dernièrement le gouvernement à prendre sérieusement en compte les attentes des populations, le chef de l'Etat, semblait traduire si bien une préoccupation répandue dans l'opinion nationale et qui corroborait l'idée de plus en plus partagée selon laquelle huit mois après sa formation, l'équipe Ntoutoume Émane II en place n'a pas encore totalement réussi à susciter l'adhésion collective autour de son action.
De l'avis de nombreux observateurs, le scepticisme encore affiché par les populations par rapport à la capacité réelle de l'équipe gouvernementale actuelle, semble être lié à plusieurs facteurs qui risquent à terme de constituer de sérieux handicaps pour son efficacité.
En effet, la prise en compte des attentes passe avant tout par une action gouvernementale cohérente et par une détermination sans faille des membres du cabinet Jean-François Ntoutoume Emane à aller plus loin dans l'effort de solidarité en direction des couches les plus défavorisées de la population suscité par le président de la République lui-même.
Or, au regard des déclarations et décisions unilatérales prises par nombre de ministres, le chef du gouvernement Jean-François Ntoutoume Émane voit la cohésion de son Cabinet mise à rude épreuve. Il devra saisir l'occasion de cette rentrée politique pour remettre de l'ordre dans ses rangs.
Car 1'ambiance faite de chausses-trappes, de coups bas, de tracts et autres manœuvres décriées ici et là dans plusieurs départements ministériels, font courir le risque de freiner la détermination affichée au sommet de l'État pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les Gabonais.
EXPECTATIVE
Pour autant, quelques signes forts sont observés. Au niveau de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur, la rentrée prévue au plus tard en début octobre des établissements d'enseignement primaire, secondaire et universitaire, s'annonce sous de meilleurs auspices. Cela, en raison des actions et réformes déjà initiées et qui méritent d'être soutenues au sein de ces départements au cour de la politique de formation de la jeunesse gabonaise, la future élite du pays.
A l'Éducation nationale, cette volonté a reçu un début d'affirmation avec les décisions prises par le ministre Daniel Ona Ondo qui s'est résolument engagé sur la voie du renouveau, en procédant à de sérieuses mutations. Ces changements qui suscitent de vives récriminations dans le monde éducatif, répondent, selon lui, aux réformes souhaitées parle président de la République dans son discours du 16 août 2002.
A l'Enseignement supérieur, l'expectative est plus grande à la veille de la réouverture effective des universités courant octobre 2002. Vincent Moulengui Boukossou, le nouveau titulaire de ce ministère, qui jusque-là a bénéficié d'une situation de sérénité, est attendu sur le terrain de l'application effective des instructions du président de la République, soucieux de la situation et de l'avenir de la jeunesse.
Ce dernier se doit de tout mettre en oeuvre pour doter les universités (UOB, USTM et USS) et certaines écoles spécialisées, notamment l'INSG, l'ENSET, l'IST, l'ENS, l'ENSS, de bâtiments et équipements appropriés. Ces structures conditionnent la reprise des cours après la fermeture, il y a près d'un an, des deux grandes universités du pays, avant la réforme initiée au lendemain de la grève déclenchée par les enseignants et les chercheurs.
Cette attente est aussi celle à laquelle doit faire face le ministre de la justice, garde des Sceaux, au sujet de l'Ecole nationale de magistrature fermée depuis plus d'un an aujourd'hui en raison de travaux de réhabilitation de cet établissement de formation des cadres du corps judiciaire du pays.
Sur le plan des Finances publiques, le ministre d'État, Paul Toungui, doit procéder à l'élaboration de la loi de finances, laquelle devra concilier les exigences du Fonds monétaire international (FMI) et les réoccupations nationales de réduction de la pauvreté, de la précarité et de la relance de l'économie du pays.
Alors que le ministre Martin MabaLa, en charge de la lutte contre la pauvreté, la corruption (...), qui dispose désormais du cadre juridique indispensable à l'exercice de son département, et son collègue DE la Fonction publique, Pascal Désiré Missongo, se doivent, chacun, de hâter la réforme au cour du dispositif répressif contre les détournements des deniers publics et la corruption pour l'un, de la redynamisation et de la modernisation de l'appareil administratif de l'État, pour l'autre. Cette seconde réforme piétine en raison de la présence de forces d'inertie, mors qu'elle est au cœur du vaste projet de Refondation auquel Ie président Omar Bongo attache le plus grand intérêt.
Dans la foulée de la lutte contre l'insécurité, le ministre de l'Intérieur Idriss Ngari, devra se lancer à son tour dans l'aboutissement de la réforme de la police nationale qui, depuis sa nomination avenue de Cointet, avait été cataloguée comme un des chantiers majeurs de son ministère.
A l'évidence, au terme de ces courtes "vacances", l'heure est plus que jamais o l'action.
• Cette atmosphère proche de la cacophonie, il faut le dire, dénote d'une absence marquée de cohésion et solidarité gouvernementale déclinée, notamment par l'affaire née autour de la dispense de contrôle entre les départements du Commerce, des Finances et de l'Agriculture. De même que les attaques voilées de certains ministres contre leurs prédécesseurs, et le "blocage ou la lenteur" dans l'aboutissement de dossiers initiés avant leur arrivée, etc.• Ce retour de vacances politiques intervenant sur fond d'expectative sur le front social notamment, en raison aussi bien de la prochaine rentrée des classes le 30 septembre à l'Éducation nationale, à l'Enseignement supérieur à la mi-octobre, que du développement de la précarité, devrait se solder par une impulsion vigoureuse dans l'action de ce gouvernement que le chef de l'État a voulu d'ouverture et donc plus proche des Gabonais, et plus efficace.