"Le Gabon peut aller aux élections libres et transparentes à condition que tous les acteurs politiques jouent le jeu"
C'est le sentiment de Me Louis-Gaston Mqyilo, par ailleurs, co-président pour la majorité à la réunion de la classe politique placée en août dernier sous l'égide du président Omar Bongo, qui se réjouit du nouveau Code électoral ayant dessiné les nouveaux contours du jeu électoral dans notre pays. Le président du PUP s'exprime également sur les relations assez difficiles au sein de la galaxie présidentielle, des ambitions affichées par son parti lors des Locales prochaines.
ME Louis-Gaston Mayila, vous avez co-présidé au nom de la majorité les discussions de la classe politique rassemblée pour réviser le Code électoral. Cette réunion des leaders des partis politiques de la majorité et de l'opposition a accouché d'un nouveau Code électoral sur la base duquel auront lieu les élections locales à venir. Pensez-vous que ce nouveau cadre juridique puisse garantir enfin des élections transparentes ?
Il revient aux politiques de faire en sorte que les choses aillent dans le bon sens. Quand on fait de la politique c'est parce qu' on a la prétention de guider les autres. C'est parce qu'on a des idées sur des sujets qui préoccupent l'avenir de la cité. C'est en cela d'abord que l'homme politique doit être utile à ses semblables. Mon sentiment est que ce Code a été élaboré sur deux châssis. Le premier châssis était sous-tendu par le fait que le Code électoral que l'on avait élaboré après les Accords de Paris - et il se trouve que j'étais ministre de l'Intérieur et que donc j'avais des raisons de bien le connaître - avait révélé des limites évidentes et qu'il était devenu urgent de l'adapter. Mon successeur a modifié le Code en question qui est celui de 1998. Les deux se ressemblaient à tout le moins, mais finalement, à l'application, la classe politique dans son ensemble s'est rendue compte qu'il
y avait quelque chose qui posait problème. A un moment donné, j'ai dit qu'il n'était pas prudent d'aller aux élections avec ce Code-là. Maintenant, le président de la République, Omar Bongo, dans l'écoute qu'il a des populations, a demandé à son gouvernement de réviser le Code électoral de 1998. Ce pan de l'Exécutif a donc d'abord modifié 28 articles, et c'est sur la base de ces nouvelles dispositions que le chef de l'Etat a décidé d'inviter la classe politique pour une large discussion devant permettre d'enrichir ledit Code. Après plusieurs séances de travail riches d'enseignement, la majorité et l'opposition ont décidé en définitive de revoir l'ensemble des dispositions de ce Code, et ce sont donc en tout 88 articles qui ont été revus de fond en comble. A mon avis, c'est un instrument capable de mener ce pays aux élections. II ne s'agit pas d'un instrument permettant de gagner des élections, encore moins de favoriser la fraude électorale, mais c'est un outil qui permet en revanche de mieux organiser les élections dans notre pays. Enfin, si vous voulez tout savoir, le Gabon peut effectivement aller aux élections à condition que tous les acteurs politiques jouent le jeu.
Est-ce suffisant pour susciter la confiance recherchée dans l'outil électoral?
Le fait que nous demandions que la carte d'électeur soit permanente, que les gens ne soient inscrits que dans un centre, que l'on ne puisse plus faire de transport du bétail électoral, c'est déjà en soi sujet à donner satisfaction à tout le monde. II restait trois points sur lesquels nous ne nous sommes pas entendus et qui ont été soumis à l'arbitrage du chef de l'État. Le président de la République a rendu son arbitrage et cela, il faut le préciser, à la satisfaction des deux parties. L'opposition avait souhaité d'abord s'entretenir toute seule à ce sujet avec le président de la République, celui-ci le lui a concédé, ensuite il a reçu la majorité à son tour, nous nous sommes compris. Nous avons donc globalement battu un travail colossal et le mérite revient d'abord au chef de l'État qui a convoqué la réunion de la classe politique, ensuite aux 28 négociateurs de la majorité et l'opposition.
Je ne partage pas votre interprétation du comportement des leaders de l'opposition à la cérémonie solennelle de clôture.
Alors M. le président si vous ne voulez pas considérer leur absence à cette cérémonie comme un boycott déplorable, comment avez-vous vécu ce qui s'apparente à une fuite en avant, ou si vous pensez que nous nous trompons, comment selon vous, devons-nous expliquer leur volte-face ?
L'opposition n'a pas boycotté. Je le répète, c'est vous qui dites mal les choses. L'opposition avait pris l'engagement de participer aux discussions, elle est venue à ces négociations. L'opposition dont les leaders ont pendant longtemps plaidé pour que le chef de l'Etat convoque ces importantes assises, est venue négocier pendant dix jours matin et soir. Elle a signé tous les documents, et croyez moi, il n'y a pas eu un seul document que n'aient pas signé ses responsables. Alors, de quel boycott parle-t-on?
Encore une fois, M. le président nous affirmons qu'elle a au moins brillé par son absence à la cérémonie de clôture, et vous n'allez pas le démentir ici.
C'est vrai, mais il n'y a pas lieu de vouloir le prendre comme un boycott. En revanche, la meilleure lecture à faire de cette stratégie est tout simplement de comprendre, qu'il y en a parmi eux qui n'aiment pas les flashs, il y en a d'autres encore qui éprouvent une certaine méfiance à l'égard des caméras et d'autres enfin dans le même camp qui tenaient à éviter la lumière des projecteurs. Je ne m'explique pas autrement cette absence, surtout après que nous avons passé beaucoup de temps à travailler de façon constructive et consensuelle.
Mais pourquoi n'avez-vous pas dénoncé cette attitude, non seulement vous, mais l'ensemble des Partis de la majorité qui ont tout de même péché ici par le silence?
Pourquoi devrions-nous monter au créneau alors que rien, ne s'est passé. L'opposition a été invitée à la négociation, elle est venue, elle a négocié. Que vouliez-vous encore qu'elle fasse d'autre. Je n'ai pas retenu de critiques d'elle sur les 88 articles modifiés, et je n'ai pas non plus entendu jusqu'ici un seul des responsables de l'opposition ayant pris part à cette rencontre s'élever contre ce qui a été fait.
L'objectif de ces discussions était fondamentalement de réconcilier les électeurs avec les élections. Or, durant la dernière opération de révision des listes électorales qui s'est achevée dimanche 15 septembre dernier, on a noté un manque d'engouement des populations à aller s'inscrire. Cela n'est-il pas inquiétant pour l'avenir de ce scrutin, et même pour la démocratie dans le pays ?
Je ne partage pas non plus ce pessimisme que vous exprimez. Attendons dans peu de temps, et l'on jugera de l'engouement des populations le jour du vote.
Est-ce à dire que l'abstention ne vous inquiète Plus, alors que vous même l'aviez énoncée l'an dernier à l'occasion de la cérémonie de présentation des vœux au président de la République ?Mon inquiétude était due au fait que l'abstention avait atteint des proportions intolérables car nous étions à 80%. Ce n'était plus normal. Nous n'avons jamais atteint un tel record par le passé. Mais je dois également vous rappeler que l'abstention n'est pas un phénomène propre au Gabon. Il a connu également des proportions jamais égalées au Mali, un pays ami où l'expression démocratique a toujours été présentée comme un exemple en Afrique subsaharienne.
Vous aviez relevé en son temps que cette forte abstention était un message auquel les politiques devaient rapidement répondre. Quelles réponses les politiques peuvent-ils donner pour mettre un frein à ce phénomène ?
Le nouveau Code électoral que nous avons élaboré à l'initiative du président Omar Bongo est une réponse au message des populations. Il ne saurait être le seul dans la mesure où les populations attendent des signaux forts de la part des hommes politiques. Nous, hommes politiques, avons le devoir de crédibiliser notre message au risque d'être accueillis par des jets d'œufs pourris. Pour ma part, je m'efforce chaque jour de crédibiliser mon action en direction des populations. L'autre réponse est que le président de la République ne choisisse plus les ministres uniquement parmi les parlementaires. Il doit aussi puiser dans la société civile.
On note que, malgré la refonte de l'article 48 présentée comme une réponse à la question lancinante du transfert des électeurs, cette préoccupation reste permanente à la veille des élections locales. Pensez-vous pouvoir venir réellement à bout de cette gangrène ?
La classe politique ne dans son ensemble a pris conscience des conséquences de ce phénomène dans la régularité des opérations électorales. Nous avons oeuvré dans le sens voulu par tous en faisant en sorte qu'un électeur ne s'inscrive que dans un seul centre de vote, que la carte d'électeur soit permanente. Maintenant, m'est impossible d'assurer que le transfert du bétail électoral, comme on dit souvent, ne se fera plus. le ne puis le confirmer car je ne peux présager de la bonne foi de tous les acteurs politiques, de la discipline qui règne dans l'un ou l'autre parti politique.
A quelques mois des élections locales, la question des listes électorales est toujours posée avec la suppression annoncée du Centre technique des élections. Votre commentaire ?
Ce fut un souhait de la classe politique. Nous espérons maintenant que le ministère de l'Intérieur va mettre en place une direction générale des Élections de manière à ce qu'elle prenne en amont comme en aval, l'initiative dans le processus électoral.
Après votre refus de signer la Charte de la majorité, le PUP a pris part dernièrement à la réunion des dirigeants de la majorité présidentielle. Sur quel aspect vous êtes-vous fait entendre plus précisément ?
Dans la perspective des élections locales, il était de bon ton que les chefs de partis de la majorité présidentielle débattent des modalités de notre participation au vote Prochain. Il fallait que les vrais partis de la majorité, c'est-à-dire, ceux qui ont une réelle présence sur le terrain et non ceux qui ont le label du ministère de l'Intérieur et prennent de l'argent sans être nulle part sur le terrain, échangent, discutent et s'entendent sur la stratégie de campagne de la majorité présidentielle. Au cours de la réunion, j'ai indiqué à ceux qui voulaient m'entendre que j'étais d'avis pour dire que les listes communes se fassent. Je crois qu'il y a des chances que nous soyons entendus dans ce sens. Car, dans l'ensemble, la volonté qui s'est dégagée est qu'on le fasse dans les localités où l'on peut le faire.
Est-ce à dire que les relations toujours assez difficiles entre le PUP et les autres partis se sont améliorées? Comment avez-vous vécu la présence à vos côtés du RNB-RPG, alors que le parti de Paul Mba Abessole était encore, il n'y a pas longtemps, le principal adversaire de la majorité ?
La majorité n'est pas un syndicat de partis politiques. La majorité, telle que je la conçois aujourd'hui, est une entente autour d'un homme, le président Omar Bongo. Si le président de la République fait appel à une force politique, c'est qu'il a ses raisons. Dans ces conditions, pourquoi voulez-vous que je m'offusque? Je ne peux pas m'opposer à la venue de Mba Abessole dans la majorité présidentielle. Au sein de cette majorité, il n' y a que des partis politiques favorables au président Bongo. Mon parti est de ceux-là même si
j'ai refusé de signer la Charte. D'ailleurs, j'avais déjà signé un accord avec Omar Bongo, lui-même. La réunion entre les chef s de partis de la majorité présidentielle a permis d'aplanir certains aspects autour de nos rapports. Ce n'est pas parce que nous avions refusé de signer la Charte que le PUP ne fait lus partie de la majorité. D'ailleurs, la Charte n'est pas un document constitutif de la majorité, c'est un document qui a été signé à la veille d'une consultation électorale.Je ne suis pas opposé à l'approche individualiste que soutient le Parti démocratique gabonais, qui voudrait que l'on se combatte d'abord au premier tour, puis qu'on se mette d'accord pour le second tour. Je ne pense pas que celle-ci soit contraire à l'idée que le président `Bongo se fait de la majorité formée autour de lui. C'est vrai que l'on peut ne pas faire des listes communes avec tout le monde, mais, à mon humble avis, il est nécessaire que ceux qui sont favorables à l'union dès le départ s'entendent et confectionnent des listes communes. J'estime qu'il sera plus facile après de composer le Conseil municipal et d'élire le sénateur, par la suite.
A la veille des Législatives, le président du CLR, jean-Boniface Asselé et vous, étiez favorables à la stratégie unitaire au contraire de celle défendue par le PDG qui soutenait l'union uniquement au second tour. Etes-vous toujours opposé à cette approche individualiste ?
Est-ce que ce sentiment est partagé par tous les acteurs politiques de la majorité ?
Le problème aujourd'hui n'est pas de se mettre d'accord ou pas. Il est important que chaque formation politique s'exprime sur la question, que chacun des leaders politiques dise ce qu'il pense. Nous sommes au moins cinq ou six partis politiques à partager cette vision. le crocs qu'aujourd'hui beaucoup de choses ont évolué. II s'agit de susciter une dynamique forte dès le ter tour.
Au regard de 1'évolution du dossier, ne craignez-vous pas de subir le diktat du Parti démocratique gabonais ?
Il ne faut pas confondre diktat et poids d'un parti politique. Le PDG a un certain poids dû moins à ses militants qu' à son président fondateur qui est le chef de l'État. On ne peut pas le nier aujourd'hui son poids est incontournable. Mais, lorsque nous prenons des décisions en passant par le vote, le PDG a une voix comme tous les autres partis politiques de la majorité présidentielle. Je peux vous affirmer que ce parti ne peut pas nous imposer un quelconque diktat.
Soit. Si le principe des listes communes est retenu, est-ce sur la base d'une plate-forme commune que celles-ci se feront? Peut-on s'attendre à des primaires ?
La majorité est une structure organisée, qui regroupe les partis qui soutiennent la politique du président Omar Bongo. C'est d'abord sur cette évidence que devront se faire les listes. Il n'y aura pas de primaires. Aujourd'hui au sein de la majorité présidentielle l'on s'accorde pour dire qu'il serait bon que l'on aille ensemble aux élections locales. Je peux me retrouver avec l'Adere dans une circonscription électorale donnée et ce même parti avec un autre dans une autre localité. La volonté est partagée.
Ne craignez-vous pas que cette volonté, certes partagée, ne laisse la porte ouverte à des alliances contre-nature ?
Je ne crois pas qu'une alliance contre-nature soit possible parce que les hommes politiques agissent, selon moi, avec une perspective bien précise...
Certes, mais on vu par exemple, du côté de Port-Gentil, le PDG faire voter le maire de cette ville...
Nous faisons en politique la théorie des baïonnettes intelligentes. Cela dépend de l'explication que l'on donne à l'ordre qu'on vous intime. Vous avez bien vu qu'à Fougamou, on m'a demandé de voter pour Doupamby en m'expliquant pourquoi il fallait le faire. J'ai trouvé que c'était légitime, je l'ai fait et il a été élu.
Justement, en parlant de Fougamou, on constate que votre parti a des difficultés à conquérir cette ville. Est-ce encore un objectif principal pour vous au cours des locales futures?
Non ! Pourquoi voulez-vous que fasse de la mairie du Fougamou mon obsession. Je suis président du Conseil économique et social, que voulez-vous que je fasse avec la mairie de Fougamou. Qu'un autre pupiste veuille prendre cette mairie ne pose aucun problème. Mais ceci n'était pas valable, il y a cinq ans au moment où j'aurais pu être maire de Fougamou si j'avais fait alliance avec l'Adere. Aujourd'hui, je n'ai plus l'âge de vouloir gagner à tout prix. Mes objectifs varient en fonction des nécessités.
Au regard de l'implantation nationale de votre parti, pensez-vous pouvoir vous impliquer avec la même détermination dans toutes les circonscriptions électorales? N'avezvous pas de localités précises à conquérir ?
Nous nous impliquerons partout avec la même volonté, la même détermination. Nous avons aujourd'hui cinquante-deux (52) conseillers, nous aimerions en avoir une centaine, voire plus. Nous analyserons la situation dans chaque, ville.
Vous êtes une personnalité de premier plan sur la scène politique nationale, mais, en revanche, votre parti politique a du mal à sortir la tête de l'eau. Comment expliquez-vous cette situation ?
La politique n'est pas aussi simple, car deux plus deux ne font pas forcément quatre en politique mais souvent trois. Vous ne pouvez pas juger de l'importance d'un parti politique seulement par le nombre de ses ministres, ses parlementaires etc.. L'importance d'un parti politique se juge aussi à l'aune de sa capacité à peser fortement sur l'échiquier politique national. Mon parti n'a pas du mal à décoller. Peut-être qu'on ne veut pas justement qu'il décolle, car si vous ajoutez à Louis-Gaston Mayila, le poids d'un parti fort cela pourrait gêner énormément. Il faut le comprendre ainsi.
Soit, M. le président. Mais autant vous relevez avec une certaine fierté cet esprit consensuel qui a caractérisé ces discussions, autant il a lieu de souligner le fait que cette même opposition que vous saluez a boycotté la fin cette réunion.