Les précédentes élections locales d'il y a six ans avaient déjà révélé la montée de ce phénomène récemment confirmé par les dernières élections législatives. Devant le peu d'engouement perçu durant la période légale des inscriptions sur les listes électorales qui a pris fin dimanche dernier, le nouveau Code électoral suffira-t-il à l'occasion des élections municipales à répondre à ce défi qui se pose à notre démocratie?
LA période d'inscription sur les listes électorales qui s'est achevée dimanche 15 septembre 2002 sur toute l'étendue du territoire national a été l'ultime opération organisée par le ministère de l'Intérieur, de la Sécurité publique, et de la Décentralisation pour permettre aux concitoyens en âge de voter de figurer sur le fichier électoral dans l'optique des élections municipales qui pointent à l'horizon.
S'étant étalée sur vingt et un jours, selon les dispositions légales du nouveau Code électoral, elle est intervenue après la phase initiale de révision des listes au lendemain des dernières élections législatives marquées par un taux d'abstention record jamais atteint lors des précédentes élections politiques organisées dans le pays depuis le retour au multipartisme.
À l'approche des futures élections municipales, qui seront probablement reportées au-delà de la date butoir du 30 septembre fixée par la Cour constitutionnelle, dans l'opinion, tout le monde quasiment s'accorde à dire que le taux de participation à ces élections locales pour le renouvellement des Conseils départementaux et municipaux, sera encore l'un des grands enjeux de ce scrutin.
A priori, c'est vrai, et au sein même de la classe politique on en est conscient. Du moins si l'on en croit la volonté affichée au sommet de l'appareil d'Etat avec la convocation par le président de la République, Omar Bongo, de la concertation de la classe politique avec les chefs des partis de la majorité et de l'opposition dont l'objectif était justement de parvenir à la révision du Code électoral.
Au-delà de cette révision annoncée, c'est un nouveau Code électoral qui a vu le jour, et en tout 88 articles ont été révisés. En particulier ceux qui posaient problème, dont celui ayant trait au transfert des électeurs qui a fait beaucoup de torts au pays, et causé beaucoup d'accidents au cours des dernières élections locales, comme cette tragédie vécue il y a six ans sur la route de Ntoum. Un véhicule fou bondé de compatriotes déplacés tel du "bétail électoral" pour aller voter en masse dans l'arrière-pays avait fini sa course les quatre fers en l'air, et du coup une vingtaine de compatriotes, jeunes pour la plupart, avaient péri sur le champ.
Mis à part ce gros travail abattu consensuellement par les deux camps pour tenter de redonner davantage de crédit aux résultats des élections, reste tout de même cette autre épine que constitue la crédibilité desdites élections, au vu du fort taux d'abstention que l'on observe. Celui-ci tend malheureusement à devenir récurrent en même temps que le mal s'aggrave.
Pour ne parler que des élections locales partielles d'il y a six ans, ce taux oscillait déjà autour de 72, 5%, ce qui n'était pas passé inaperçu aux yeux des hautes autorités du pays. Le président Omar Bongo, le premier, l'avait relevé en se demandant si avec un tel taux d'abstention les résultats issus des urnes reflétaient au fond la réalité. Il avait même ironisé là-dessus en qualifiant le scrutin de "rigolade"au regard du nombre insignifiant des votants.
Qui plus est, les dernières élections législatives ont révélé la dangereuse montée du phénomène. Au sein même de la classe politique, des voix critiques de plus en plus nombreuses ont aussi fait part de leurs vives réoccupations devant cette situation. Me Louis-Gaston Mayila, le leader du Parti de l'unité du peuple, et président du Conseil économique et social est de ceux-là.
L'année dernière, devant les plus hauts responsables du pays rassemblés à l'occasion de la cérémonie de présentation des vœux au président de la République, il avait solennellement indiqué que le fort taux d'abstention - autour des 80% - enregistré aux législatives était un message politique à plusieurs inconnues envoyé aux politiques par les populations.
Semble-t-il, pour exprimer haut et fort leur désintérêt accentué et leur perte de confiance envers les hommes politiques de l'opposition et de la majorité qui passent à leurs yeux pour être des vendeurs d'illusions. Dans un entretien, le leader du PUP est revenu hier sur ce problème important.
Me Louis-Gaston Mayila a laissé entendre que le nouveau Code électoral est une réponse à ce message des populations préoccupées par la situation économique difficile que traverse le pays, et qui attendent un relèvement du Smic pour leur permettre de faire face au poids des difficultés quotidiennes qui les assaillent.
Alors que les élections municipales approchent, et depuis que s'est enfin achevé la période de révision et des inscriptions sur les listes électorales, une question est revenue sur toutes les lèvres. Quel sera le taux de participation des électeurs aux prochaines élections ?
C'est aux leaders des partis davantage qu'à l'administration d'y répondre car un faible taux serait avant tout l'échec des partis politiques qui ont démissionné de leur fonction d'éducation civique au-delà des résultats que les uns et les autres pourraient obtenir. Sans présager de quoi que ce soit, on a noté que rares sont les chefs des partis qui sont montés au créneau pour inciter leurs militants au jour le jour à aller s'inscrire.